1959

1959

dimanche 9 octobre 2011

Paris-Brest-Paris Audax 1931 : René Chardon, un pionnier !

Ce message aurait dû paraître au début du mois de juillet, juste avant que je ne me lance dans l'aventure du PBP Audax avec le vélo de René Chardon. Hélas, trois hélas... j'ai été contraint de renoncer à ce beau projet (mais ce n'est que partie remise, promis !). Alors, souvenons-nous, c'était il y a plus de 80 ans !

1931, un jeune agriculteur de Seine et Marne décide de participer au Paris-Brest-Paris Audax dont c’est la première édition.
René Chardon est né le 23 avril 1908, il fait du vélo depuis son plus jeune âge. Il pratique autant le cyclisme de compétition que la randonnée cyclotouriste.
L’année de ses 23 ans il décide donc de s’aligner au départ du PBP Audax au côté du président de son club, Lagny Thorigny Sportif, Paul Dunas.
Afin de préparer la grande épreuve, il multiplie les randonnées au long cours, participant notamment au Brevet des Randonneurs Français, organisés par l’Audax Club Parisien depuis 1921. Ces Brevets des Randonneurs Français sont les ancêtres des Brevets de Randonneurs Mondiaux !
Le 3 septembre 1931, à 4h15, les deux équipiers du Lagny Thorigny Sportif prennent le départ de PBP Audax 1931 aux côtés de 89 autres cyclotouristes. Mais ce n’est pas vraiment le cas si j’en crois l’anecdote rapportée par Bernard Déon dans son livre "Un siècle de brevets d'Audax cyclistes" qui indique que :
"...Au premier contrôle à Dreux, après 76 km, quelques attardés rejoignent leurs camarades. Parmi eux, Dunas et Chardon que leur hôtelier n'a pas réveillés et qui ont été autorisés à partir après le peloton...".

En cette année 1931, il y eut donc trois pelotons sur le parcours de Paris Brest Paris : celui des pros qui vit triompher l'Australien Opperman, celui des randonneurs (sous l’égide de l’ACP) et celui des Audax.
Plutôt qu’un long discours pour conter les aventures de nos deux Seine-et-marnais et de leur compagnons, je préfère reprendre ici des articles de presse conservés précieusement par René Chardon.
Je ne sais malheureusement pas de quels titres il s'agit !

Les Audax sont partis pour effectuer Paris-Brest et retour
On sait qu'en marge de la formidable épreuve Paris-Brest et retour se déroule, sur le même itinéraire, une compétition réservée aux Audax, sportifs luttant pour la gloire, puisqu'ils ont comme prix un insigne-souvenir.
Quatre-vingt-onze vaillants que ne rebute pas la lourde tâche d'effectuer cette sortie de 1.200 kilomètres se sont engagés.
En voici la liste avec leur numéro de brassard :
1. Burger ; 2. Arnal ; 3. Zehnder ; 4. Lemal ; 5. Vergés ; 6. Milhirows ; 7. Fournier ; 8. Collin ; 9. Echivard ; 14. Bailly ; 15.Seumarin ; 16. Richard ; 17. Maillochon ; 18. Bouthier ; 19. Bourgeot ; 20. Lannier ; 21. Galland ; 22. Gourre; 23. Alinovi ; 24. Wiszner ; 25. Briand ; 26. Fèvre ; 27. Noret ; 28. Duprés ; 29. Magne; 30. Gallard ; 31. Moulin ; 32. Dunas ; 33. Duquennoy ; 34. Ohardenal ; 35. Con-ry ; 36. Cauzac ; 37. Althen ; 38. Adam ; 39. Maître ; 40. Leblanc ; 41. Columeau ; 42. Poiret; 43. Faverjon ; 44. Judrin ; 45. Rousselle ; 46. Vernant ; 47. Olivieri ; 48. Martin ; 49. Baloche. 50. Colboc ; 51. Pain ; 52. Vigneron ; 53. Goirre ; 54. Chardon ; 55. Viallon ; 56. Rivierre ; 57. Séasseau ; 58. Hervé ; 59. Bayelle ; 60. Villeneuve ; 61. Verneull R. ; 62. Verneuil M. ; 63. Tozzi G. ; 64. Tozzi H. ; 65. Tozzi P. ; 66. Théret ; 67. Marion ; 68. Daude ; 69. Hixon ; 70. Réchaux; 71. De Malherbe; 72. Philippe ; 73. Carpentier ; 74. Minard ; 75. Grimm ; 76. Legoffre ; 77. Mériaux ; 78. Trébessos ; 79. Cocault ;
80. Rodriguez ; 81. Borsetti ; 82. Ronneaux ; 83. Leroy ; 84. Peltier ; 85. Gouzay ; 86. Delpuyette ; 87. Wehrle ; 85. Requier ; 89. Mouzay ; 90. Lecouteux ; 91. Pippo.
Les opérations préliminaires du départ se sont déroulées ce matin au Petit Journal de 3 h à 3 h 45. Après quoi, les concurrents se rendirent en cortège à la Porte Maillot où le départ réel fut donné à 4 heures.
On sait que la moyenne horaire de marche a été fixée à 20 kilomètres avec arrêt tous les 50 kilomètres environ.
Deux repos de quatre heures chacun sont prévus au cours des deuxième et troisième nuits.
En outre, des contrôles de route assurés par les capitaines, des contrôles secrets sont prévus, les uns avec timbrage des carnets remis au départ, les autres avec signature.
A signaler particulièrement, au départ des Audax, la présence de Gaston Rivière, second de Paris-Brest en 1901.

Les Audax à allure réglementée
A LAMBALLE
Sont passés ensemble à l'heure pré­vue : 6 h. 37 m. aller.
Burget, Arnal, Zehnder, Milhiroux, Oxenhendier, Toutain, Maillochon, Bourgeot, Gourre, Alivoni, Briand, Fè­vre, Noret, Duprès, Gallard, Dunas, Duquennoy, Chardenal, Conry, Adam, Leblanc, R,ousselle, Martin, Baloche, Colboc, Plain, Vigneron, Coirre, Char­don, Viallon, Bayelle, Villeneuve, G. Tozzi, H. Tozzi, P. Tozzi, Daudé, Hizon, Réchaux, Philippe, Carpentier, Minard, Grimm, Legoffre, Mériaux, Trébessos, Rodriguez, Borsetti, Leroy, Peltier, Wehrle, Mouzay, Lecouteux, et Pippo.
A 9 h. 30 arrive à la papa Rivierre, très fatigué. Les autres sont loin.
A abandonné au contrôle de Lamballe : Gallard.
A GUINGAMP
Dès 8 h. 30, l'animation grandit aux environs du contrôle installé à l'hôtel de l'Avenue, sous la direction de M. Jean Le Cam et à 9 heures, c'est une foule nombreuse qui attend les Audax parisiens.
Le premier groupe se présente à 9 h. 31, en retard d'une demi-heure sur l'horaire prévu, retard imputable à la pluie. Ce groupe est composé des suivants :
17. Maillochon; 53. Goirre; 22. Gou­ré; 73. Carpentier; 55. Vialïon ; 33. Duquennoy; 49. Balloche; 80. Rodrigue ; 19. Bourgeot ; 70. Réchaux ; 68. Daudé; 60. Vilieneuve; 72 . Philippe ; 32. Dunas; 26. Fèvre; 87. Wehrle ; 74. Minard; 54. Chardon; 25. Briand; 38. Adam; 35. Conry; 59. Payelle; 28. Duprez; 76. Legoffre; 90. Lecouteux; 51. Pain; 77. Mériaux.
Les passages se succèdent ensuite et à 10 h 10 tous les arrivés prennent le départ vers Brest.

A MORLAIX
C'est devant une double haie de spec­tateurs garnissant les trottoirs de la rue de Brest que s'est présenté au con­trôle de Morlaix le premier Audax, Rodrigues, à 12 h. 50.
Un groupe de 20 routiers suivait à 5 minutes.
A 14 h. 30, trente-cinq hom­mes au total se dirigeaient sur Brest.
Le moral des Audax demeure bon, mais tous se plaignent du vent debout qui les a gênés terriblement.
Le contrôle à Morlaix était assuré par M. Thomas, délégué de l'U. V. F., assisté de M. Le Guiner, membre de l’U. V. F. et de M. Le Bars, de l'U. S, M.
Le départ a été donné par M. Bourgot, député-maire.

A BREST, LE PELOTON EST REDUIT DES DEUX TIERS
Brest, 4 septembre. — Malgré le temps exécrable une foule qu'on ne peut évaluer attendait stoïquement sous la pluie l'arrivée des routiers appartenant à l'Union des Audax cyclis­tes parisiens.
Le vent debout gêna énormément la marche des cyclistes et c'est avec un retard de 55 minutes que les pre­miers se présentent au pointage des feuilles de route tenues par MM. Kerlerou, Pouliquen, Chevallier Lucien, Chevallier Fernand et Maudire, de l'U. V. F.
Les premiers arrivants nous si­gnalent que les capitaines de route pour la partie Rennes-Brest ont abandonné à cause du mauvais temps.
Ensuite, un coup de téléphone des officiels nous signale que le contrôle de Brest sera prolongé de 1h30; c'est donc à 22 h10 que les derniers devront être poinçonnés.
Ordre des arrivées à Brest : 1er Menaut, ; 2e Fèvre; 3e Chardon; 4e Legoffre; 5e Chardenal; 6e Villeneuve; 7e Goure; 8e Oxenheudler; 9e Duguénoy. 10e Goure; 11e Adam; 12e Pam; 13e Dunas; 14e Philippe; 15e Trebesso; 16e Alinoir; 17e Conry; 18e Minard; 19e Richaux; 20e Vigneron; 21e Dupré; 22e Werhle; 23e Payelle; 24e Lecouteux; 25e Bourgeot, à 17 h. 50; 29e Rodriguez, même temps.
30e Carpentier, à 17 h. 58; 31e Mailloche, même temps; 32e Peltier, à 18 heures
A 18 h. 10 un premier peloton, composé de 22 coureurs, conduit par les capitaines de route Parain, âgé de 56 ans, et Defeye, reprend le chemin de Paris ; puis à 18h25 un deuxième peloton, composé de 8 coureurs, démarre également, tandis que Amal et Oxenheudler se réchauffent au contrôle en attendant d'autres concur­rents, ne tenant pas à faire la route tous les deux sous un temps pareil.
A 18h51, arrive Hixon qui paraît très fatigué.
Maudire.

Un peu avec eux sur la grande route
Douze hommes, ont surgi dans la nuit, marqués par douze feux pointant dans le noir… à 15 kilomètres d'Alençon.
« Attention ! les cafouilleux », nous crient les capitaines de route Aprest et Durecu qui, nous ayant ensuite reconnus, François Corrue, de l'UVF, et moi, s'emprèssent de nous présenter ceux qui, parmi les survivants, composent actuellement le peloton de tête : Alinovi, Duprès, Conry, Goirre, Philippe, Mériaux, Trebessos, Lecouteux, Legoffre, Villeneuve, Fèvre, Duquennoy
A 23h20, les douze cyclotouristes, toujours groupés, arrivaient à l'Hôtel de la Renaissance, où était installé le contrôle; une belle ovation, de la foule enthousiaste les accueillait aussitôt.
Nous pointâmes ensuite : Pain à 23h30; Minard et Viallon à 23h 36, Réchaux, Chardon et Dunas à 23h44 ; Arnal à minuit ; puis : Adam, Carrpentier; et Bayelles à 0h15; Wehrlé à 0h30 ; Maillochon à 2 h. 35.
Et chacun de conter ses impressions.
Voici les tuyaux recueillis : Le vent debout rendit la tâche des routiers très difficile à l'aller, au point qu'à Brest les premiers étaient en retard de 1 h. 15 sur l'horaire. 'Au retour par contre, le vent fut favorable, et à Rennes le groupe était en avance d'un quart d’heure .
Etendu sur une banquette de café je note : Burger, président de l’UACP a abandonné; de même que Rousselle, qui mena trop souvent ; Lasmer, vice-président de l'A.C.P., tombé à Broons ; de Malherbe, Gaston Rivierre, Milhiroux, l'homme aux huit-reflets ; etc.
Mais le silence s'est fait quelque part... Le café du contrôle, trop bruyant, n'abritera pas les concurrents que, gentiment, les officiels ont dirigés vers la salle des Fêtes, pour un repos de quelques heures.
M. Poisson, correspondant de L’auto, affiche les dernières dépêches concernant la course Paris-Brest et retour, et chacun d'en commenter aussitôt le contenu, tout en détaillant au mieux les machines que les Audax ont abandonnées sur le trottoir.
A 3 h. 30, nous repartions en compagnie de tous les arrivants, regroupés.
Randonnée sans histoire, tous les rescapés étant absolument frais, dispos.
Nous touchâmes Mortagne à 5h20 et Verneuil à 7h50.
Là, filant vers Paris, pour l'arrivée, nous quittâmes nos camarades avec beaucoup de regret. — René Chesal.
LES AUDAX ont terminé, hier, leur randonnée PARIS-BREST et RETOUR
SALUEZ, S.V.P.
Lorsque ceux-là sont arrivés, qui venaient de faire aussi 1200 kilomètres, on ne les attendait guère à Buffalo. Il y avait tantôt deux heures qu'Opperman s'était enfui sous des tombereaux de vivats, Mottiat, héros passé, et Frantz, héros du jour, devisaient assis sur une balustrade ; on pouvait se demander, tant paisibles étaient leurs traits, lequel des deux arrivait de Brest; des Pélissier et des Leducq occupaient la piste et l'attention des idolâtres.
C'est le moment que les Audax ont choisi pour arriver. Entre deux courses, on a fait faire un tour de piste aux vingt-quatre rescapés. Naturellement, on les a applaudis et de bon cœur; pourtant ce n'était pas les grands cris, les grands bans, le grand délire ; ce n'étaient que les Audax, des piqués et des amateurs.
Ils n'avaient point de maillots qui tapent à l'œil. Ils n'étaient pas couverts de cette boue qui fait exploser l'enthousiasme. Leurs visages n'étaient pas déchirés de rictus. Ils étaient habillés, coiffés et chaussés comme tout un chacun qui se sert dun vélo pour aller à son «business». Celui qui n'avait qu'une culotte à se mettre et qui en avait laissé le fond sur sa selle, n'a pas voulu participer au défilé, par pudeur. Un autre qui portait un maillot en trois couleurs, a endossé, par dessus, un pull-over terne pour qu'on ne l'accuse pas «d'en installer ». Un autre n’avait pas de bas sous un knicker-bocker avachi. Qu'est-ce qu'ils avaient comme engins ? De bons gros cycles envahis par l'attirail que méprise an pur-sang : des pneus bal­lons, des dérailleurs, des appareils sonores, des usines électriques, des sacoches ventrues, des garde-boue, des phares gros comme des soupières, est-ce que je sais ?
Quels sont les as, parmi ces gars-là ? Il n'y en a pas, du moins officiellement : celui qui se sent une forme part en tête et Ies autres suivent sa roue et sa moyenne. On fait la pose tous les cinquante kilo­mètres, on s'arrête pour déjeuner et pour dîner ; pour trois nuits, dans le vent et sous la pluie, on s’est contenté de quelques bottes de paille, pendant deux fois quatre heures, dans un coin de dancing provincial.
On ne pouvait pas les mettre dans on lit pour deux raisons : parce qu'on n'aurait pas pu les en sortir et les regrouper, et aussi parce qu’une chambre d'hôtel, c'est des frais inutiles.
Des frais inutiles dans Paris-Brest et retour ? Sans blague ? Et les maisons ? Et les marques ? Les maisons, les marques, c'était eux-mêmes, ouvriers, mécanos, employés, représentants de commerce. L’un dans l’autre, l'équipée qui a duré depuis jeudi à l'aube jusqu'à ce soir au coucher du soleil, leur a coûté 500 francs. C'est une somme pour une bourse moyenne !
Alors, il y avait les prix ? Mais oui, une petite breloque émaillée, dont la valeur est égale au déboursé de l'engagement. A ceux qui sont partis on a remboursé l'engagement, ils étaient 81; aux 23 qui sont arrivés, on a remis la breloque.
Quand, sur le parcours, les As les ont croisés, la première fois, à Lamballe, ils ont dit :
« Tiens, v'là les Audax !... »
La deuxième fois, à Houdan, les As sont passés à côté et les ont pris pour des cafouilleux suiveurs.
Oh! nous sommes d'accord ; pour Paris-Brest et retour, ils ont mis quatre-vingt-cinq heures, quand Opperman n'en a dépensé que cinquante ; mais s'ils sont allés moins vite, ils sont restés plus longtemps ; ils se sont arrêtés, ils se sont reposés; s'ils I’ont fait, du benjamin, qui a 18 ans, jusqu'à l'ancêtre qui en avoue 43, c'est qu'ils l'ont bien voulu. S'ils ne recherchent ni les ponts d'or ni la popularité, c'est que ça ne les intéresse pas ou qu'ils n'ont pas la classe.
Et après ? -L'auriez-vous fait, vous, Paris-Brest et retour, même dans ces modestes conditions, pour le plaisir, pour un peu d'hébétude et d'éblouissement à l'arrivée, pour très peu de spectacle et beaucoup de sport ?
Oui ? Alors, vous auriez pu, quand les Audax sont arrivés hier à Buffalo, leur servir un peu plus d'acclamations. Vous savez, votre enthousiasme, maître Populo, Opperman peut en avoir sa part énorme, et tous les autres l'avoir encore tout entier, comme pensait le père Hugo.
L'auriez-vous fait, vous, Paris-Brest et retour, en 85 heures de pluie et de vent pour un rien de gloire ?
Non ? Alors, quand les Audax sont arrivés, vous auriez pu ôter votre casquette.— M. B.


CEUX QUI TERMINERENT
24 cyclotouristes ont terminé l'épreuve qu'ils s'étaient imposée, hier soir à 17h au vélodrome Buffalo.
Les conditions atmosphériques nettement défavorables pendant la première partie du parcours ont rendu l'épreuve très pénible; cependant, au retour, une juste récompense attendait ceux qui avaient su triompher de mille maux ; le vent, en effet, sans être très fort, soufflait favorablement.
Nous commenterons plus longuement demain, le premier Paris-Brest-Paris Audax, nous contentant aujourd’hui d’indiquer le nom de ceux ayant terminé les 1200 km dans le délai imposé. Les voici :
Arnal, Chardon, Maillochon, Alinovi, Fèvre, Duprès, Dunas, Duquennoy, Conry, Adam, Pain, Goirre, Vialon, Villeneuve, Réchaux, Philippe, Carpentier, Minard, Legoffre, Mérîaux, Trébessos, Pelletier, Wehrlé, Lecouteux.


PARIS BREST ET RETOUR
La France entière est aujourd’hui informée des moindres détails de cette course au renom mondial, la plus dure, la plus longue et la plus pénible qui existe et qui se dispute une fois tous les dix ans. A côté des coureurs professionnels qui terminèrent au nombre d'une douzaine, nous avions cette année une catégorie « Audax », c'est-à-dire routiers amateurs payant tous les frais de leur poche, n'ayant rien d'autre à attendre comme prix de leurs efforts qu'un insigne en argent et un super-brevet. Il y eut 91 inscrits qui, partis le jeudi 3 septembre, revinrent seulement au nombre de 23 le dimanche soir à Paris où des milliers de sportmen leur firent une ovation indescriptible.
Nous étions tous inquiets du résultat qu'allaient obtenir nos deux représentants de Lagny et c'est avec la plus vive satisfaction que toute la presse sportive nous apporte l'heureuse nouvelle de leur succès.
René Chardon et son président, Paul Dunas, ont donc accompli Paris-Brest et retour en moins de 85 heures de course. Surmontant toutes les défaillances, luttant contre les éléments déchaînés, ils ont démontré à tous leur courage formidable et la persévérante régularité de leur machine humaine. Une petite fête intime et spontanée permit à quelques-uns de leurs admirateurs de leur offrir les gerbes de la victoire et malgré leur fatigue visible, leurs yeux émus nous témoignèrent leur grande satisfaction. M. Dunas sut dire aux jeunes gens de son club que bien des fois, au cours des nuits interminables, il avait songé dans son dur calvaire à l'exemple qu'il donnait à sa société et aux sportifs de la région, et cette pensée l'aida à surmonter toutes les défaillances. Bel exemple, en vérité, que nous aimerions voir commenter plus grandement et surtout voir suivre plus souvent par notre jeune génération. Le brave vétéran Dunas a maintenant terminé sa carrière active avec un palmarès d'amateur que personne n'a encore égalé, puisqu'il est le seul « Audax » possesseur de tous les brevets. Et son élève Chardon, à 23 ans, peut être fier des succès qu'il a déjà obtenus.
Dans quelques jours, l'occasion sera donnée à tous leurs admirateurs de leur prouver leur reconnaissance et de les fêter comme il convient. Sportifs régionaux, soyons fiers d'eux et encourageons de tels exploits.

2 commentaires:

  1. C'est une belle épopée que celle-ci. Quand on voit les machines sur lesquelles ils roulaient, ils n'en ont que plus de mérite.
    C'est beau d'être passionné...

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  2. Sympa ce rappel de l'histoire de notre passion !

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