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jeudi 24 mai 2018

Destination ECHOUBOULAINS

E - CHOU - BOU - LAINS
J'ai parfois aperçu à un carrefour un panneau annonçant ce village. Mais je crois jamais n'y être passé, ni à pied, ni à vélo, ni en voiture. Pourtant le nom me plaît beaucoup. C'est encore mieux ainsi :
E - CHOU - BOU - LAINSe
Alors quand Laurence m'a dit qu'elle voulait faire une grande balade en Seine et Marne en évitant les bosses, j'ai tout de suite pensé aller vers là-bas :
E - CHOU - BOU - LAINS(e)
En route donc, dès ce samedi matin, vers le sud de la Brie.
Après Gastins, nous avons roulé sur des routes que nous n'avions jamais encore empruntées.
Paysages un peu... industriels.
Surtout lorsque nous passons à proximité de la raffinerie pétrolière de Grandpuits. Sous ce soleil ce n'est pas trop lugubre.
Mais nous préférons quand même la Seine et Marne des petites fleurs.
Bien vite nous arrivons sur des routes comme nous les aimons, la circulation automobile est ici minimale et en ces temps où l'on parle de sauvegarder la biodiversité, ces haies le long des routes sont une heureuse surprise ! Pour la biodiversité, bien sûr, car il doit y en avoir des petites bêtes là-dedans, mais aussi pour protéger le cycliste des vents mauvais.
Ce petit coin, en bordure de la forêt de Villefermoy, est fort verdoyant et bleu.
A chaque fois, je pense à cette chanson de Ferrat, sur un poème d'Aragon : "Devine".

Un grand champ de lin bleu parmi les raisins noirs
Lorsque vers moi le vent l'incline frémissant
Un grand champ de lin bleu qui fait au ciel miroir
Et c'est moi qui frémis jusqu'au fond de mon sang

Devine

Un grand champ de lin bleu dans le jour revenu
Longtemps y traîne encore une brume des songes
Et j'ai peur d'y lever des oiseaux inconnus
Dont au loin l'ombre ailée obscurément s'allonge

Devine

Un grand champ de lin bleu de la couleur des larmes
Ouvert sur un pays que seul l'amour connaît
Où tout a des parfums le pouvoir et le charme
Comme si des baisers toujours s'y promenaient

Devine

Un grand champ de lin bleu dont c'est l'étonnement
Toujours à decouvrir une eau pure et profonde
De son manteau couvrant miraculeusement
Est-ce un lac ou la mer les épaules du monde

Devine

Un grand champ de lin bleu qui parle rit et pleure
Je m'y plonge et m'y perds dis-moi devines-tu
Quelle semaille y fit la joie et la douleur
Et pourquoi de l'aimer vous enivre et vous tue

Devine

E - CHOU - BOU - LAINS(e) :
Nous y sommes ! Petite visite de ce charmant village qui comptait, si j'en crois "Le dictionnaire de la Seine et Marne" (Editions Delattre) , 536 habitants en 2016 (après en avoir eu 621 en 1890). 


Habitants que l'on nomme les Echouboulinois.
Il est 13H20, la température est de 17°C et le vent souffle du Nord-est à une vitesse de 13Km/h. Il va nous être contraire sur le chemin du retour. Zut, alors...
Il nous faut reprendre des forces et nous choisissons cette belle pelouse pour notre traditionnel pique-nique.
La vue sur le village d'Echouboulains est très agréable, un petit côté "La force tranquille".
Quand nous reprenons la route, nous passons près de cette superbe ferme et nous retrouvons des chemins plus familiers à partir de Coutençon.

Malgré tout, nous sommes surpris par le mauvais état de la route entre Coutençon et Montigny Lencoup. Pendant plus d'un kilomètre, nous roulons sur une "Route déformée" si l'on en croit le panneau. En fait, cette route est complètement défoncée. Heureusement le temps est sec !

Ici, c'est une vieille plaque de cocher qui nous indique la direction à suivre pour arriver à Gurcy le Chatel, sans quoi nous nous serions sans doute retrouvés sur une grande route. Merci à nos anciens cantonniers, ces panneaux sont quand même installés depuis presque deux siècles... et ils sont encore lisibles.
A  Chalautre la Reposte, nous empruntons une jolie petite route qui nous mène tranquillement à Donnemarie Dontilly. Petite route que j'avais vainement cherchée à plusieurs reprises à Donnemarie : j'ai bien repéré les lieux aujourd'hui.
Nous faisons une petite pause près de l'ancienne gare de Donnemarie.
J'y étais passé voici quelques mois lorsque j'avais suivi le cours de l'ancienne ligne de chemin de fer qui menait  De Bray sur Seine à Sablonnières
Souvent nous nous sommes égarés dans cette petite ville du Montois mais, ça y est nous arrivons à traverser Donnemarie Dontilly sans en faire trois fois le tour avant de nous retrouver sur une route que nous ne voulions pas prendre. En plus, c'est encore un vieux panneau qui nous rassure que nous sommes sur le bon chemin.
La région que nous traversons s'appelle le Montois et donc nous... montons, en traversant Thénisy, puis en allant vers Sognolles. Après le parcours redevient plat, nous revenons en Brie.
Après les traversées de Maison Rouge, de Chenoise et de la forêt de Jouy, routes souvent parcourues, nous arrivons à Bezalles.
En prenant cette route que nous n'empruntons jamais, je me souviens d'une vieille légende que j'ai découverte voici bien longtemps dans le livre "La Brie qui rêve".
 "Au commencement du siècle, Bezalles n'était pas comme aujourd'hui encadré par un triangle de belles routes qui permettent aux habitants de se porter dans toutes les directions sans même crotter les jantes des roues de leurs voitures. L'unique chemin alors praticable traversait le village  pour descendre vers l'église isolée, entourée du cimetière, dans la prairie à quelques centaines de toises au-dessous...
"Le loup et le chien" Jean de La Fontaine - Montigny lès Condé (02) AVRIL 2018

En ce temps-là, les loups étaient très communs dans la contrée. De la forêt de Chenoise, à deux pas, ils se répandaient la nuit dans les alentours qu'ils terrorisaient au point que les bonnes femmes n'osaient pas sortir de la veillée sans être en troupe, ou escortées de leurs maris portant des lanternes à feu clair pour tenir à distance les loups qui craignent la lumière.
En ce temps-là également, la paroisse avait pour chantre, sacristain, sonneur d'angélus, le père Bastien Thomas, qui cumulait ses emplois cléricaux avec celui de cantonnier communal, lequel emploi n'exigeait pas grande science géométrique, puisqu'il consistait à combler les plus profondes ornières avec des pierres brutes et à élaguer par-ci par-là, les ronces et les épines qui obstruaient par trop les abords des chemins.
Bastien Thomas avait pour compagne une bique qu'il appelait Bellotte et qui le suivait partout où il allait, broutant le long des talus quand le maître terrassait, ou s'engraissant de l'herbe du cimetière pendant que le sacristain remplissait ses diverses fonctions dans l'église. Mais, de par l'ordre du curé, l'entrée dans le saint lieu était formellement interdite à la bête cornue dont le bêlement intempestif parodiait par trop le chant nasillard des clercs paroissiaux.
Eglise de Bannost - Avril 2018
Ceci dit, entrons en matière. C'était le 1er décembre, jour de la fête de saint Éloi, très honoré dans ce pays de culture. Le curé de Bannost, qui desservait Bezalles, attendu pour déjeuner chez un grand fermier voisin, avait pour ainsi dire escamoté l'office. Bastien Thomas, aussi vif que son curé à quitter l'église, s'était rendu, toujours escorté de Bellotte, chez le fils de son ancien maître, Jean Verrier, cultivateur, qui n'oubliait pas le vieux serviteur de la famille et le jour de la fête de saint Éloi, « ne faisait boire que du vin et pas de cidre à son invité ». Grâce à la bonne cuisine arrosée d'un vin frais et abondant, l'après-midi avait passé vite, et, le soir, l'heure de l'angélus aurait été oubliée sans l'intervention de Mme Verrier. La fermière, plus orthodoxe que ses hôtes, aurait cru la journée maudite, si, chaque soir, à l'heure voulue, ses enfants n'avaient répété au son de la cloche paroissiale L'Ave Maria traditionnel.
 Ce soir-là, il faisait grand froid; la bise du nord-ouest enfilait en plein la petite vallée où se trouve l'église. A la sortie d'une pièce bien chaude, le père Thomas en pleine digestion se sentit tout à coup comme glacé; pour une autre cause que nous allons bientôt connaître, la bique se serrait contre ses jambes et augmentait encore le trébuchement bien explicable de son maître. Arrivé à la porte de l'église, le vieux sacristain eut l'envie d'y faire entrer Bellotte de plus en plus blottie contre lui. Mais se rappelant à temps l'énergique défense du curé, il plaça sa fidèle compagne le mieux qu'il put à l'abri du froid, et, l'ayant attachée au moyen d'une corde à une petite croix de bois, il pénétra dans l'église, laissant la porte entrebâillée pour ne pas trop isoler la bique dont les bêlements n'avaient rien d'anormal. Comme le sonneur avait encore quelques minutes pour attendre l'heure de l'angélus, il entra dans la sacristie où rien n'avait été rangé à la suite de l'office du matin. Là, le père Thomas ayant, histoire de se réchauffer, vidé le restant de la burette au vin, il s'assit, la tête un peu lourde, dans le fauteuil du curé où il s'assoupit bientôt assez pour ne plus percevoir les cris de plus en plus alarmants de sa bonne amie aux abois.
Un loup, un affreux loup, rôdait dans ces parages. Sentant l'odeur de la chair fraîche, il fit le tour du cimetière dont la porte était fermée. Vainement il essaya de la pousser. La bique, qui depuis longtemps le devinait, maintenant distin­guait dans l'ombre ses yeux qui brillaient comme deux escarboucles; elle multipliait ses efforts pour se dégager de son entrave : la croix s'ébranlait, mais ne s'arrachait pas. Enfin quand d'un bond le loup eut franchi la clôture, un dernier effort désespéré de Bellotte fit casser la croix près de terre et permit à la pauvre bête de se sauver dans l'église, traînant derrière elle la croix attachée à la corde. Cette croix sautant par bonds comme si elle eût été secouée par une puissance mystérieuse fut nuisible au loup qui recevait ou dans les pattes, ou dans le museau, ou dans les yeux, des chocs qui augmentaient sa fureur, mais paralysaient ses efforts.
Ne trouvant pas son maître là où elle le croyait, Bellotte, de plus en plus affolée, fit demi-tour dans le chœur pour regagner le cimetière où elle allait être impitoyablement dévorée sans un miracle peut-être unique dans les annales de n'importe quelle religion.
La bique ayant franchi le seuil de la porte se trouve tout à coup arrêtée. C'en est fait d'elle ! Un dernier bond, et le loup tient sa proie. Mais au lieu de saisir la bête, c'est contre du bois qu'il se frappe le nez : une des branches de la croix, ayant agrafé le battant ouvert de la porte, l'avait fermée et séparé ainsi le bourreau de la victime.
"La Brie qui rêve" - Illustration de Claude Müller
 Par la faible ouverture que laissait l'épaisseur du bois de la croix, le carnassier pouvait sentir et voir à quelques pieds devant lui la pauvre biquette tremblante, anéantie, n'ayant heureusement plus la force de tirer sur la petite croix de bois blanc presque déclouée par les grands chocs qu'elle avait reçus. Un seul témoin de cette scène, mais bien loin : la lune, pour bien voir le drame qui se dénouait dans ce coin-là, projetait ses rayons les plus clairs à travers les grands peupliers défeuillés.
Enfin, le père Bastien Thomas, réveillé par le bruit, sortit de la sacristie et distingua dans l'ombre un animal qui lui parut fantastique : c'était le loup qui, terrorisé par l'apparition de la lumière, se dressait furieux contre la porte de l'église. Ne comprenant rien encore à ce qui venait d'arriver si ce n'est qu'il y avait du danger pour sa Bellotte dont il entendait les gémissements au-dehors, Bastien Thomas enjamba la fenêtre de la sacristie, courut couper la corde qui tenait à la croix et ferma à clef la porte de l'église, laissant ainsi enfermé le méchant loup, honteux et confus d'avoir été la dupe d'une pauvre bique.
Inutile de raconter en détail ce que firent le lendemain les habitants de Bezalles pour détruire le loup qui fut fusillé par les fenêtres de sa prison. A la grande joie des enfants, son cadavre fut traîné par les chemins à travers les pays de Bezalles, Beauregard, Boisdon et Bannost.

Si ce fait aussi curieux que véridique s'était passé en Angleterre, on aurait conservé la peau du loup, empaillé la bique après sa mort et conservé la croix dans un musée. Mais à Bezalles la croix fut replantée à sa place dans le cimetière où depuis longtemps elle est tombée en poussière, la peau du loup fut enfouie avec la bête maudite, et quand Bastien Thomas vint à mourir de la bronchite qu'il avait attrapée ce soir-là, la bique, devenue stérile, après de si grandes émotions, fut impitoyablement vendue, tuée, salée et mangée comme si elle eût été le plus simple animal.
La vieille église, célèbre dans toute la contrée par le miracle que nous venons de raconter ci-dessus, sera bientôt démolie. Faute de réparations opportunes elle tombe en ruine. Ses débris, transportés dans un autre endroit, serviront à l'édification d'un temple plus à proximité de la fervente piété des habitants de Bezalles; puis la charrue effacera jusqu'au souvenir de l'endroit où l'on vit, chose pourtant bien rare en ce monde : l'humble triompher du méchant."

Une variante de cette légende prétend que c'est le curé de Champcenest qui captura le loup et alla le pendre au hameau situé entre ce village et Beton Bazoches, appelé depuis... Loupendu !
Cette histoire, contée par Paul BRU dans ce livre, est une légende voyageuse, on en  trouve  diverses variantes partout en Europe. 
A Bezalles, le 23 septembre 1882, un arrêté préfectoral ferma l'église, située dans le cimetière et à la fin de 1892, une nouvelle église fut construite à l'emplacement actuel, au coeur du village.

Depuis, elle est dédiée à Sainte Marie Madeleine, la disciple de Jésus. Comme sur nombre des ses représentations, la sainte est accompagnée d'une tête de mort. Si j'en crois Wikipédia : "...le crâne symbolise le temps destructeur et la vanité de tout attachement humain aux choses périssables. Il peut être également l'attribut de la mélancolie ou connoter la repentance, la méditation et la préparation à la mort. Il est l'attribut de Marie de Magdala dans les représentations de Marie-Madeleine pénitente."
 Mais à Bezalles, les bâtisseurs de la nouvelle église à la fin du XIXème siècle ont ajouté à la gauche de Marie Madeleine une sculpture de la chèvre...

...et, à sa droite, c'est le loup qui trône. A égalité, en somme, car sans le méchant loup, point de biquette héroïque !
Le loup serait revenu en Brie comme je l'ai évoqué dans un précédent billet : Gare à vous, biquettes ! Car aujourd'hui toutes les églises sont fermées et les bedeaux ainsi que les curés sont de plus en plus rares.
Quant à nous, nous n'en avons pas vu, de loup, pas plus que de biquette, de bedeaux, ni de curés !
Par contre, tout près de l'église de Bezalles, il y a un distributeur automatique de pommes de terre : s'il a quelques pièces, le loup pourra toujours manger des patates !...

mercredi 25 avril 2018

Mon 200 du mois d'avril

Voici quelque temps que je n'étais pas venu sur ce blog. C'est vraiment vrai que les retraités sont des personnes très occupées. Entre le vélo et le... vélo, je ne sais plus où donner de la tête !
Ainsi ce samedi 21 avril, j'ai fait une longue et belle balade à vélo : "Mon 200 du mois d'avril" et même plus car ce fut un Brevet de Randonneurs Mondiaux de 400 kilomètres. 
Je suis donc arrivé chez l'ami Gérald à Fontaine les Grès (Aube) à 4H30 pour prendre le départ de ce BRM. Quand il m'a annoncé que j'étais le seul participant, je n'ai pas été plus étonné que cela, pour le BRM 300 du mois de mars, nous n'étions que 6.
J'ai dans la sacoche les trois cartes IGN qui me permettront de ne pas me perdre...
J'ai également préparé mes petites fiches pour suivre l'itinéraire de ce BRM (mon GPS-Papier !).
Alors, à 5H du matin, j'ai pris le départ, tout seul dans la nuit, pour une longue journée de vélo. 
Bien vite le soleil se leva pour éclairer ma route et me réchauffer. Le vent soufflait faiblement et le parcours était plat sur la plaine de Champagne.
Après avoir roulé en direction du nord , je pris la direction de l'ouest à partir du village de Courgançon, près le la Fère Champenoise, pour me diriger vers la Côte d'Ile de France.
C'est à Barbonne Fayel que je devais faire tamponner ma carte de route pour le premier contrôle de ce Brevet.
Ce qui fut fait à la boulangerie du village à 7H25. J'avais un peu plus de 60 kilomètres au compteur. Le bistrot étant pour l'heure fermé, je ne m'attardai pas ici.
Je connais les lieux et sais qu'une longue côte m'attend au sortir de Barbonne. Côte qui doit me mener en Brie.
Je choisis donc de faire ma première pause après avoir franchi cet obstacle, en l'occurence au milieu de la forêt de la Traconne.
La rosée du matin mouille mes pieds mais je prends le temps de me restaurer et de me reposer un peu.
Les châteaux d'eau de Nesle la Reposte
Puis je prends la route de Pont sur Yonne (Lieu du deuxième pointage) en passant à proximité de Provins, je suis vraiment le régional de l'étape.
Passant à proximité de Beauchery Saint Martin, je pense au LOUP ! Voici quelques jours, je découvrais que le site "Observatoire du loup" signalait la présence du loup en Seine et Marne dans un billet daté du 12 mars 2018... WAOUUUUUUUH !
Dans ma tenue rouge de l'ACP, l'animal pourrait me prendre pour... oui ! pour le petit Chaperon rouge ! Pour peu qu'il soit un peu bigleux, un peu de mauvaise foi aussi, car pour me confondre avec la petite fille... avec la Mère-grand, peut-être... et le loup a dévoré la bonne femme aussi. Alors, méfiance ?
En faisant des recherches pour préparer ce billet, j'ai découvert que l'information a été démentie dans le journal "La République" en date du 27 mars 2018 par l'Office national de la chasse et de la faune sauvage : Le loup a-t-il laissé son empreinte dans le Provinois ?
Les loups ne seraient donc pas près d'entrer dans Paris ?

Et me voici parti à fredonner.
Pas de loups, donc, sur ma route mais quelques automobilistes pressés aux environs de Provins et puis après Gouaix, le calme est revenu et je franchis la Seine à Noyen pour prendre la direction de la vallée de l'Yonne par de jolies petites routes. Et je pense (Oui, tout seul sur la route, j'ai le temps de penser...) au dernier numéro de la revue 200 que j'ai acheté quelques jours plus tôt.
"La route est belle" : ça me va bien pour cette randonnée !
De la Seine à l'Yonne elle ondule, elle tourne et vire. Je vais bon train et arrive sans peine à Pont sur Yonne après m'être arrêté une seconde fois pour revêtir une tenue estivale et manger un petit sandwich.
A 10H50, je pointe dans un bar à l'entrée de Pont, j'ai déjà parcouru  près de 140 kilomètres et pour l'instant tout va bien.
Ici j'épate un client qui déguste son ballon de rosé (après la rosée du matin , le rosé de 11H00 !) qui me demande :
- Vous faites combien de kilomètres ?
- 400.
- 14... seulement ?
- Non, 400 !
- 400 ? Et vous faites combien de kilomètres par jour ?
- 400...
- Vous allez faire 400 kilomètres aujourd'hui ?
- Oui.
- 400 kilomètres... à vélo ! Et tu entends ça, patron, le monsieur il va faire 400 kilomètres à vélo... AU-JOUR-D'HUI !
Maintenant, la route est buissonnière, je prends la direction de Château Renard, près de Montargis, dans le Loiret.
Et c'est un régal de pédaler dans ces jolis paysages.
Ma moyenne reste toujours élevée, aux environs de 25 KM/H, mais je prends le temps de lever le nez du guidon pour PROFITER...
C'est ainsi que je découvre quelques vieilles Plaques MICHELIN.
Ainsi que quelques beaux villages endormis sous cette météo presque caniculaire.
Il n'y a quasiment personne sur la route, ni autos, ni vélos, ni camions.
 C'est une belle journée pour un mariage.
A cet instant, la SELLE, je préfère l'avoir sous les fesses. J'ai même le temps de me raconter quelques blagues stupides comme celle-là...
J'ai pointé ma carte de route à 13H30 à Château Renard, dans un bar PMU où les rares clients sont scotchés à un écran qui diffuse une course de chevaux. Je n'y traîne pas, je n'ai pas l'impression d'y être le bienvenu.
J'ai parcouru la moitié de ma randonnée et je choisis de m'arrêter pique-niquer au bord de la rivière Aveyron, affluent du Loing qui coule dans le Loiret, à ne pas confondre avec l'autre Aveyron...
Je quitte le Loiret à regret car me voici revenu dans l'Yonne et ses routes aux revêtements nettement plus rugueux.
Mais les paysages continuent d'être fort agréables et c'est un plaisir de faire une petite pause au bord du canal de Briare.
Voilà bien longtemps que je n'avais pas admiré les 7 écluses de Rogny. Mais il ne faut pas s'attarder, le prochain contrôle est proche.
Après l'Aveyron, me voici le long du Loing en direction de Saint Fargeau. La route devient plus fréquentée par les voitures, de longues lignes droites, tout en ondulations, ralentissent ma progression et ce ...SCROGNEUGNEU... revêtement de route qui "ne rend pas" !
Le paysage est toujours aussi charmant mais la route est moins belle. 
C'est un peu fatigué que j'arrive au quatrième point de contrôle de ma randonnée. Au carrefour là-bas, je dois prendre à gauche vers Joigny. Je sais qu'il y a là un café et un restaurant où me désaltérer (mes gourdes sont vides) et pointer ma carte de route. Hélas, les deux établissements sont fermés. Il me faut faire le détour par le village de Saint Sauveur.
Durant l'été 2013, nous avions réalisé un petit voyage de La Ferté Gaucher vers la Puisaye et nous avions campé dans ce village avant de visiter le chantier du château de Guédelon et le musée Colette (L'écrivaine ayant vécu ici). On peut trouver ci-dessous le lien vers le récit de ce beau voyage :
VOYAGE EN PUISAYE 2013
Mais aujourd'hui, pas le temps de faire du tourisme, ou alors si peu... Je cherche un bistrot ! Et j'en trouve un au coeur du village. Je me désaltère... il était temps, je commençais à me dessécher ! Et je reprends la route. Le coup de pédale est meilleur mais la route toujours aussi ondulée.
Je fais un rapide arrêt à la gare de Toucy d'où part le TRAIN TOURISTIQUE DE PUISAYE.
A essayer lors d'un prochain voyage ?
Mais aujourd'hui, je continue à rouler vers la vallée de l'Yonne après avoir gravi une rude bosse à la sortie de Toucy.
 Enfin, j'aperçois au loin la ville de Joigny. Enfin, ça va descendre un long moment ?
Oui, pas de problème, ça devient vraiment roulant mais il me faut à nouveau refaire les niveaux, dans un cimetière bien sûr ! Qui a bu, boira... Et aujourd'hui, j'ai bu, j'ai bu !
Joigny, dernier pointage. Il est 18H50, je viens de parcourir 300 kilomètres et je suis certain de parcourir la plus grande partie de la centaine de kilomètres restants avant la nuit.
Je prends la route de Migennes pour m'arrêter au bar-restaurant où nous pointons lors du BRM 400 de l'ACP. Hélas cet établissement n'existe plus. Il me faut faire demi-tour pour valider mon passage à Joigny par le tampon de la boulangerie située près du pont sur l'Yonne. Surtout ne pas s'énerver par ce petit contretemps.
Au bord de l'eau, je dévore un flan en buvant un Coca-cola. Ce n'est pas très diététique tout ça... Après une pause de 20 minutes environ je prends la route des vallées de l'Yonne puis de l'Armançon. Je suis agréablement surpris, je m'attendais à ce qu'il y ait plus de circulation sur cette grande route qui me mène à Briennon/Armançon.
Dans ce village où nous avons campé lors de la dernière étape de notre voyage de l'été 2017, je dois prendre la direction du pays d'Othe.
Pour avoir emprunté cette route l'été dernier, j'avoue que j'appréhendais un peu cette partie du parcours. C'est pourquoi je souhaitais éviter d'avoir à la parcourir de nuit. En effet, je sais que les 40 kilomètres à venir sont une succession de montées et de descentes et je préfère voir où je mets les roues.
La montée après le village de Bellechaume est particulièrement rude, surtout quand on a plus de 300 kilomètres dans les jambes. Je la grimpe tranquillement, sans forcer, sur un petit braquet.

Tout doucement le soleil part se coucher. Il aura été un compagnon de route fort plaisant tout au long de cette belle randonnée. Les villages du pays d'Othe se succèdent : Arces-Dilo, Coulours. 
A nouveau, LA ROUTE EST BELLE ! 
Je continue ainsi jusqu'à Villeneuve l'Archevêque où la nuit m'accueille. Après quelques kilomètres sur l'ancienne Route Nationale 60 en fort mauvais état mais heureusement fort calme à cette heure, je prends à droite la direction de Marcilly le Hayer dans la nuit noire à peine éclairée d'un croissant de lune.
Dans la nuit noire, je repense au LOUP dont la présence ponctuelle a été prouvée dans l'Aube voici quelques années ( voir Infographie du journal "Le Monde" - Juin 2014).
Pourtant, dans le désert de la plaine champenoise, je n'entends pas les hurlements de Canis lupus mais le vol des oiseaux que le bruit et l'éclairage de mon vélo doivent déranger. Dans les villages, les chats partent se cacher à mon approche. Parfois une odeur d'aubépine ou de colza en fleurs m'indique que je longe un champ ou une haie fleurie. Des courants d'air chaud, puis froid, puis à nouveau chaud, viennent caresser mes bras et mes jambes et je revêts comme ce matin ma veste à manches longues.
S'il m'arrive de me tromper de chemin, je retombe toujours sur la bonne route au carrefour suivant au prix d'un petit détour parfois. 
J'aime rouler de nuit quand tout est calme et apaisé. Quand il faut être vigilant pour bien mettre ses roues au bon endroit. Quand tout le monde, ou presque, est enfermé à l'intérieur et que j'ai l'impression d'être seul au monde (Durant ces 40 kilomètres de route de nuit, aucune voiture ne m'a dépassé et j'ai croisé peut-être 5 véhicules.). Quand j'aperçois au loin les lumières du prochain village à atteindre et que je sais que la fin de la randonnée approche...
A 23H25, j'arrive au terme de ce BRM. Maintenant, il me faut ranger le vélo dans la voiture, faire un brin de toilette, revêtir une tenue civile et repartir vers la Seine et Marne. A mi-parcours, vers Sézanne, je ne me sens pas bien, mon estomac est tout retourné, je suis fatigué. Il me faut m'arrêter quelques instants, me reposer, prendre l'air. Peut-être aurais-je dû rentrer à vélo ?
POST-SCRIPTUM : Je n'ai pas rendu compte ici de mon 200 du mois de mars. Pourtant, je l'ai fait le samedi 17 avril lors du BRM 200 organisé par l'ACP à Noisiel. Ce fut une randonnée éprouvante : pluie et froid furent au rendez-vous. Nous fumes pourtant plus de 130 valeureux cyclos à boucler cette traditionnelle randonnée. J'en suis donc à ce jour à mon Dodécaudax N° 8. Le petit jeu continue !