1959

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jeudi 23 juin 2011

Les Tours de Monsieur Pellos : 1950, Bartali et l'affaire italienne (10)

Vainqueur en 1938 et 1948, Gino le Pieux fait figure de grand favori sur ce Tour 1950 en l'absence de son grand rival Coppi.
Pourtant, dès le début de ce Tour, l'attitude "attentiste" des Italiens suscite une vive polémique dans la presse et au Café du Commerce...
Mais les Italiens gagnent des étapes : Leoni à Liège, Pasoti à Rouen et à Bordeaux, Corrieri à Dinard et Magni à Niort. pas mal ! Et cela entraîne de vifs ressentiments auprès d'un certain public français...
Mais la journée de repos c'était fort bien passée pour le Campionissimo...
...ainsi d'ailleurs que le résultat de l'étape Pau-Saint Gaudens puisque Gino le Pieux remportait l'étape au sprint devant un petit groupe de 8 coureurs, son équipier Magni endossant le maillot jaune.
Mais les Italiens avaient été "chahutés" durant cette étape, en particulier dans la montée du col d'Aspin où Bartali avait chuté à cause de supporters français trop vindicatifs... Et à l'arrivée, Bartali annonce son intention de quitter le Tour car il ne sentirait pas en sécurité !
Et au lendemain de cette première étape de montagne, Maurice Vidal évoque l'Affaire sur son Bloc-notes :

"j’aimerais, aujourd'hui encore, vous parler de choses drôles ou du moins plaisantes. Mais les événements com­mandent.

Malgré la très belle course à laquelle il nous a été donné d'assister aujour­d'hui, et dont nos collaborateurs vous parlent par ailleurs, le sujet central des conversations, ce soir à Saint-Gaudens, reste l'attitude du public envers les coureurs italiens.
Ceux-ci, depuis le départ du Tour, appliquent une tactique rigoureuse et un peu rigide (certes) dans l'unique but de remporter, la victoire finale. On peut les critiquer mais on doit le faire sportivement.
Les coureurs italiens ont couru aujourd'hui au milieu de spectateurs hostiles, parfois insultants. Ceux-ci ne constituent évidemment pas la majo­rité mais le public français se doit de faire lui-même sa police et de faire taire les quelques énergumènes qui dé­passent et de loin les limites permises par la  passion sportive.
Je le répète : on peut ne pas aimer la méthode italienne et nous ne nous sommes pas privés ici de dénoncer ce qu'elle a d'excessif, mais aujourd'hui les Italiens (nationaux et cadetti] ont lutté dans la montagne et ont générale­ment fait preuve les uns de brio, les autres de beaucoup de courage. Aucun éliminé parmi eux. La victoire d'étape et le maillot jaune : ce sont des résul­tats sportifs qui méritent considéra­tion, et, jusqu'ici, en fait, l'attentisme transalpin a payé.
De toute façon le sport ne souffre pas de chauvinisme nationaliste. Il est essentiellement loyal et ne s'accommode pas de cette ambiance mauvaise.
Entendons-nous : il ne s'agit pas de dramatiser. De nombreux coureurs Italiens ont reçu des canettes de bière, des encouragements et même de substantielles poussettes. Mais il faut mieux prévenir que guérir. Le public français peut être aussi frondeur que cœur d'or, et l'ovation faite à Fausto Coppi l'an dernier sur la route de Pa­ris avait arrangé bien des choses.
Souhaitons, comme nous l'avons toujours fait dans ce journal que l'idée sportive triomphe en définitive. N'ou­blions pas cette vieille formule fran­çaise : « Que le meilleur gagne. »
Deux jours plus tard, Miroir Sprint ne peut que déplorer l'abandon collectif des Italiens à Saint Gaudens !
Sur mon bloc-notes
par Maurice VIDAL
LUNDI 24
Ce petit retour en arrière du bloc-notes est nécessaire pour la bonne compréhen­sion des évènements. 
A 10 heures du matin, Bartali décide d'aller prier à Lourdes. Pour ce faire, il choisit une voiture de presse, ce qui n'est pas indiqué pour le recueillement.

Une véritable caravane de journalistes et de photographes (voyez « Miroir ») l'accompagne et le regarde prier, boire l'eau de la grotte et tutti quanti.
Bien !... Ça, c'est pour le côté publi­citaire.
Mais le voyage à Lourdes a un autre objet : Gino se rend à la banque et, après coups de téléphona urgents à Pa­ris, puis à Rome, se fait avancer 100.000 francs. Jolie somme, pour un coureur du Tour de France...

MARDI 25
Nous     sommes     en haut d'Aspin.
La foule, indisciplinée (de plus en plus), bouche complètement la route, interdisant le passage aux motos et, chose plus grave, aux coureurs.
Bobet fait un écart involontaire. Bar­tali, qui le suit, accroche Robic et les deux hommes tombent. Quelques spec­tateurs, excités, apostrophent le Trans­alpin, mais sans aller jusqu'à le frap­per, comme il l'a prétendu.
La preuve ? Bartali repart, gagne l'étape tandis que Robic perd quatre minutes.
A l'arrivée, Gino déclare qu'il ne re prendra pas la course, craignant pour sa vie (!).
Personne ne prend sa déclaration au sérieux.

MERCREDI 26
 Bartali a préci­pitamment pris le premier train du matin à Saint-Gaudens. Magni et Léoni déclarent vouloir conti­nuer et les organisateurs offrent de les entourer d'une équipe.
Binda intervient alors et refuse de lais­ser des Italiens en course, qu'ils soient Nationaux ou Cadetti.
Kubler, promu maillot jaune», refuse de porter celui-ci et il ne le revêtira (avec plaisir) qu'à Perpignan.
Blomme, éliminé la veille et repêché s'échappe au départ pour remercier les organisateurs, fait plus de 200 km, tout seul et, sous un soleil tropical, il s'arrête à un mètre de la ligne d'arrivée.
Un officiel le remet sur son vélo et lui fait franchir la ligne.
Le soir, on annonce qu'il est mort d'une insolation ! Heureusement, il n'était mort que de fatigue.
Décidément, ce fut une chaude jour­née !...

JEUDI 27    Chaleur africaine.
C est pourquoi les Nord-Africains Molines et Zaaf s'échappent. Molines paraît « cuit » à 30 kilomètres de l'arrivée tandis que Zaaf semble se promener.
Deux kilomètres plus loin, Zaaf est appuyé contre un arbre, les yeux clos, frappé d'une insolation. Molines continue allègrement et gagne.
Allez donc y comprendre quelque chose…
Etape sans histoire, disait-on. Or, Bobet « craque ». Kubler en profite, lui prend plus de dix minutes ainsi qu'à Géminiani qui, parti avec lui, casse sa roue.
Robic, rageur, sauve les meubles et devient l'espoir numéro un des Français.

AINSI, voici le bilan : quelques énergumènes font croire au chauvinisme du public français. Un champion vieilli, encore solide, mais plus seul maître, prend peur (des spectateurs ? peut-être... de ses faiblesses ? possible...) et entraine dans sa renonciation ses camarades qui.eux, avaient besoin de gagner leur vie.
L'équipe française, merveilleusement placée de ce fait, perd une partie de ses chances sur un parcours anodin.  Robic retrouve les siennes. Enfin, sous la cou­leur jaune se révèle un nouveau leader au moins aussi fort que BartaU, plein de panache et qu'il va devenir difficile {et passionnant) de voir battu.
En somme, le Tour a dérapé, mais il repart.
Mais, bon sang, qu'il a eu chaud dans ce Midi...

On notera au passage qu'il n'est pas question de la fameuse "cuite" d'Abdelkader Zaaf... Juste une petite photo de sa défaillance : la légende du Tour ne s'écrit pas forcément au quotidien !
Tous les Italiens, bon gré, mal gré vont suivre le patron !
Et Fiorenzo Magni ne saura jamais s'il aurait pu remporter ce Tour 1950... En tout cas, il n'a pas porté son beau maillot jaune sur les routes du Tour en 1950 !
Heureusement, Pellos a trouvé une solution pour faire revenir l'Italie sur le Tour. mais ce sera le sujet d'un prochain message !

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