1959

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mercredi 19 mai 2010

Les chroniques d'Antoine Blondin (1)


Depuis un an environ mon livre de chevet s'intitule "Tours de France", c'est le recueil de toutes les chroniques qu'Antoine Blondin écrivit dans L'Equipe entre 1954 et 1982 (Editions de La table ronde).  il y a là 524 petits textes contant le Tour de France d'une façon assez vagabonde.
L'autre jour, je lisais la chronique du 6 juillet 1966 que Blondin écrivit à Bayonne. Il y est question d'une grève des coureurs au départ de Bordeaux à propos de DOPAGE (à l'époque on disait "DOPING"). Mais ce n'est pas cela qui retint mon attention mais  l'anecdote que narre le chroniqueur au début :

LA GREVE SUR L'ETAPE
BAYONNE. — Le diapason fut donné par la présence insolite d'un remarquable squatter au milieu du peloton. Il accompagna les coureurs durant une demi-douzaine de kilomètres, se donnant littéralement l'illusion de vivre la course par l'intérieur. Ferdinand Bracke, avec lequel il avait troqué son béret basque contre une casquette, lui frayait un passage opportun, lui emmenait de petits sprints farouches, le poussait éventuellement comme s'il se fût agi d'un fétiche à conserver au frais. L'homme, qui trimbalait un cageot d'on ne sait quoi sur son porte-bagages, avait le dos de l'ancêtre et le visage de l'enfant. Des pinces « à bicyclette » jugulant des pantalons flottants, la voussure gothique d'une échine fourbue, la mèche grise, tout lui donnait l'aspect d'un de ces cyclistes-paysagistes comme il en fourmille sur les bords de la route. Mais les yeux admirables étaient d'un évadé. Par instants, comme pour payer un tribut que nous n'exigions pas, il tentait un petit équilibre rassurant qui le projetait une jambe en l'air au milieu de ses nouveaux amis. On eût dit d'un mobile de Calder, tant sa fragilité était sujette aux vents, je songeais aux centaines de milliers de petits garçons qui eussent voulu se trouver à la place de ce très jeune vieux monsieur, de ce funambule exquis.



A Talence, il disparut sans laisser d'autre trace que l'empreinte en creux d'un talon léger. Son mystérieux cageot lui-même avait voltigé en mille copeaux…"

Et je me rappelai de cette photo aperçut dans un vieux Miroir Sprint : Ferdinand Bracke et le cycliste anonyme.



Cela me fait me souvenir d'un matin de juillet 1977. Je venais d'apprendre que j'avais raté mon Bac... Nous étions partis assister au départ d'une étape du Tour de France à Lorient avec mes copains Yvon et Hugues. Et si nous avions réussi à nous glisser parmi les voitures des directeurs sportifs, jamais nous n'intégrâmes le peloton car nous fûmes arrêtés avant par les motards de la gendarmerie. Alors nous suivîmes la course à distance. Hugues portait le maillot jaune de son club et beaucoup de spectateurs crurent que le maillot jaune était déjà lâché !
"Thurau est largué ! Thurau est largué !" entendions-nous à notre passage... Peut-être y-a-t-il dans les archives  de "Ouest France", de "La liberté du Morbihan" ou du "Télégramme de Brest" une photo de notre "aventure" ?

En tout cas, la photo ici présentée est parue dans le Miroir Sprint N° 1047 B du 30 juin 1966.
De grèves et de "doping", j'aurai l'occasion de reparler...

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