1959

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lundi 30 janvier 2012

Critérium Cyclotouristique des Alpes 1935 (4) : les deux premières étapes


15 août 1935, 9 heures, 51 machines prenaient le départ de ce premier Critérium cyclotouristique des Alpes - Grand Prix du Duralumin à Grenoble.
"Le premier Critérium  Cyclotouristique des Alpes est entré dans l'histoire. Le résultat en  est magnifique, l'épreuve de L'Auto a parfaitement réussi.
L'itinéraire établi par notre ami et collaborateur, Ph. Marre, était parfait et mit à rude épreuve les machines. Reprenons  très rapidement la physionomie routière de l'épreuve.
Dans la première étape, les cols de la Placette, de l'Epine, du Granier, du Cucheron et de Porte, virent tour à tour passer les 51 concurrents qui avaient pris le départ à 9 heures. Etape très roulante sur la totalité de l'étape, un kilomètre en cours de goudronnage et le reste en instance dans le col de l'Epine furent mauvais. Je vous prie de croire que le goudron joint au gravillon taquina les chaînes et les dérailleurs qui craquaient dans une symphonie grinçante. 143 km seulement, mais 3.200 mètres d'élévation. Les malheureux pilotes partis en rodage physique se trouvèrent éliminer par la moyenne de 14 km..."
Ainsi débute l'article de Jean Sapeur "Les résultats du Critérium Cyclotouristique des Alpes" écrit au lendemain de la dernière étape. 
Rappelons que Philippe Marre fut "l'inventeur" des Diagonales de France au début des années 1930.
En plus de ces articles de journaux, René Chardon conserva de son périple dans les Alpes quelques photos. Elles ne sont hélas pas datées. 
Sur la troisième machine, on remarque la "bavette" de garde-boue longtemps obligatoire sur toute machine cyclotouriste digne de ce nom...

16 août 1935, Grenoble, départ de la deuxième étape...
"Six heures, la ville est encore un peu endormie. Le soleil monte, nimbant les montagnes d'une poudre d'or. Les som­mets se détachent, sur le ciel bleu d'azur, et forment d'imposants festons de dentelles noirs. Quel beau spectacle que la capitale des Alpes, au matin d’une  journée qui s'annonce splendide !
LE   DEPART
Nous retrouvons le vieux gymnase et son animation. G. Garnaud de sa voix de stentor fait l'appel des concurrents. Ceux-ci ont quelques minutes et Dieu sait si elles sont précieuses - pour prendre possession de leurs machines et arrimer leurs bagages. Puis c'est la sortie du parc fermé pour se ranger bien sagement,  der­rière le pilote qui doit les conduire jus­qu'aux portes de la ville pour leur don­ner là, le départ.
Encore un départ rapide pour ne rien changer. Fontaine est traversée en vitesse et déjà un petit groupe de trois qui mar­chent à bonne allure s'est formé. L’on attaque à Seyssinet la rude côte de St-Nizier La sélection se fait petit à petit et les meilleurs d'entre les grimpeurs fournissent leurs efforts.
J'ai souvent déjà monté cette côte, mais jamais je ne m'en suis lassé. La vue est si belle d'ici. Plus on monte, plus l'on va d'émerveillement en émerveillement. Certes nos pilotes du concours n'ont pas le temps d'admirer le panorama, mais nous qui grimpons sur quatre roues nous en avons le loisir. L'on peut voir là-bas au fond de la vallée Grenoble encore peu distinct du fait du brouillard. L’Isère serpente au  milieu de la ville et l'astre roi à son lever lui donne des reflets d'or.
SAINT-NIZIER, JUGE  DE  PAIX
Nous arrivons à Saint-Nizier avec un peu d'avance sur les concurrents.
 Excusez-moi si j'emploie comme titre ce terme un peu « Tour de France », mais je le fais pour bien démontrer — et c'est la vérité — que cette côte espaça sérieuse­ment les pilotes, que l'on peut classer en trois catégories : les as, les moyens et les médiocres.
A tout seigneur tout honneur, c'est Louis Cointepas qui passa le premier ayant dans sa roue Richard, puis viennent à 6 minutes Maysonnable, Bernadet, Routens, Manzatto et Simon, c'est un peloton de méchants qui, comme on le verra par la suite, ne se quittera pas jusqu'à l'arrivée, exception faite toutefois pour le Grenoblois J. Routens qui cassera sa mani­velle et se verra contraint d'abandonner, c'est vraiment regrettable, car c'est un excellent pilote qui quitte le concours.
Nous notons encore en bonne position et qui n'ont pas l'air fatigué : Chardon, Fourmy, Oxenlendher, Teil, le vétéran Landrieux qui marche très bien pour son âge. Vérin et Oudait, les deux excellents pilotes de « Ravat », puis Martin sur le vélo horizontal qui a monté en un très bon temps également. Belle performance aussi des vétérans Antonin et J. Panel.
Je le répète, St-Nizier a jugé ! Et maintenant que chacun roule à sa cadence et à sa place, l'étape se poursui­vra sans grands changements..."
Si Marcel Cherva a une vision poétique de ce départ, Jean Sapeur évoque quant à lui le départ sur les chapeaux de roue des concurrents :
"Le deuxième jour, départ à 6 heures, pour 195 km. et 2.100 mètres d'élévation. La côte de St-Vigier (sic), au pourcentage agressif, fait enregistrer  des écarts de temps énormes, un peu plus d'une heure de différence entre le premier et le dernier passage. Nous ne sommes pourtant qu'à 17 km. du départ. Que nous réserve la suite ? "

La suite ? Cherva nous la décrit avec le même lyrisme !
"A Villard-de-Lans, les nombreux estivants qui sont actuellement en la char­mante petite station ne sont pas peu sur­pris de contempler à leur réveil le spec­tacle du contrôle signature.
Comme à tous les contrôles où nous nous arrêtons, un petit garçon qui rêve à Pélissier ou à Speicher, tient d'un air très sérieux la bicyclette du... coureur !
LES GORGES DE LA BOURNE, LE COL DU ROUSSET, DIE
II ne faisait pas très chaud dans les gorges au bord de la Bourne et l'eau qui ruisselle un peu partout n'est pas non plus faite pour réchauffer. 
Les gorges de la Bourne en 1935
Nous traversons le pont de Goule Noire et toujours à peu près dans le même ordre qu'à St-Nizier les concurrents gravissent la longue mon­tée du Col du Rousset. Le col atteint, c'est la plongée sur Die, contrôle dans la cité de la clairette, puis l'on repart sur Chatillon-en-Diois, pour —encore un ! — remonter après quelques kilomètres de plat, le col de Menée. Nous avons retrouvé la chaleur, mais au fait, ne sommes-nous pas un peu en Provence ?
La cigale hante aux jours chauds de l'été le voisinage de son chant mélodique.
Le col de Menée est incomparable, c’est un site vraiment  ravissant. Flanqués dans les sapins qui dressent leurs innombrables colonnades de chaque côté de la route, le col a un pittoresque que rarement l’on rencontre, même en Chartreuse.
Encore quelques petites côtes avant le col du Fau, puis ce sera la longue, très  longue descente sur Grenoble. Monestier-de-Clermont est traversé rapidement. Le grand braquet joue un rôle important dans la longue déclivité de 35 kilomètres sur Vif.
Pont-de-Claix, voici la magnifique ligne droite qui conduit à Grenoble. Elle est
belle cette route droite comme un I, on ne peut le nier. Mais pour celui qui la connaît, elle semble interminable; cette monotonie est due un peu au passage — surtout en voiture — des arbres devant les yeux."
tandis que Jean Sapeur s'attache à remarquer, non sans un certain humour, l'état des routes... Les Ponts et chaussées étaient déjà brocardés !
"Simplement des routes non goudronnées, rappelant à certain pilote le Concours du G.M.P., en Auvergne. Villars-de-Lans, les gorges de la Bourne et la montée du Rousset où nous rencontrons l'inévitable rechargement. Les Ponts-et-Chaussées ont sans doute voulu que leur personnel assiste au passage des concurrents, au moins deux fois par jour dans chaque étape.
Descente du Rousset sur Die, excellente maintenant. L'ornière célèbre a disparu pour faire place à un « monolastic » de première classe. Le col de Menée, au caractère nettement provençal, nous réserve une montée spécialement destinée à éprouver les jantes dural, qui, il faut le dire bien haut, en sortirent avec honneur. Pourtant rien ne manquait : caillou, ravine, sable, poussière, tranchée d'écoulement, etc…
La descente est un peu meilleure, mais assez dangereuse. Dans cette descente, j'ai en le plaisir de suivre le vélo horizontal. Maintenant, je suis convaincu, cette machine descend aussi bien qu'elle monte. Le col de Fau, sur l'excellente N 75, permit une plongée à mort sur Grenoble. Fin d'étape très roulante. Tout le monde est dans les délais, sauf les éliminés techniques."
Cherva termine son article en donnant le classement et en faisant le point sur les abandons.
"A  GRENOBLE, AU  PARC  FERME
Déjà nombreux sont les curieux qui stationnent à la porte de l'ancien gym­nase pour voir arriver les premiers. Quel­ques concurrents sont là, Louis Cointepas toujours en grande forme, qui fait le meilleur temps de l'étape, ayant accompli les 200 km en 7 h 53' (L. Cointepas monte une bicyclette « Helyett »). Après viennent, par ordre d'arrivée : Simon, Manzatto, Bernadet, Bacquet, Chardon, Oudart, Cottan, Fourmy, etc...
Cette  étape  vit  l'abandon de quelques concurrents.   Avant   de   vous  signaler   les abandons,  je dois  vous  dire  qu'hier j'ai omis de vous donner l'abandon du n° 50,  le  tandem mixte  monté par  M. et Mme Thienchin qui n'ont pu arriver avant la fermeture  du  contrôle.   Voici  quels sont les  abandons d'aujourd'hui : J.  Routens  (manivelle cassée),  Oxenlendher   (chute, roue  cassée);   Gaillot   (moyeu   avant  cassé), Louis (bris de dérailleur)."
On notera la présence de René Chardon à la "sixième place de l'étape" (je mets les guillemets mais cela devait quand même rudement ressembler à une course...).
Autre personne connue dans le milieu cycliste aujourd'hui encore : Jo Routens qui cassa une manivelle, et dont le magasin de cycles existe encore dans l'Isère.
Je terminerai  en évoquant Louis Cointepas.
"Vainqueur" des deux premières étapes, Louis Cointepas fut un grand randonneur.
On trouve ainsi son nom au palmarès du premier Paris Brest paris Randonneur de 1931 qu'il termina au sixième rang dans un temps de 70 H 30 mn.
Il fut également l'un des pionniers des Diagonales puisqu'il "inaugura" 4 d'entre elles ! Ainsi, il réalisa en août 1932 Brest Perpignan en 80 heures, puis, dans la foulée, je présume, Perpignan- Dunkerque en 91 heures.En mars 1933, il parcourut Strasbourg Perpignan en 48 H 30 mn. Sa quatrième Diagonale fut Brest- Menton (84 H 30 mn) en mai 1935.  
(Source : Site de Dominique Désir, on peut d'ailleurs lire sur ce beau site le récit de la diagonale de 1935 telle qu'elle parut dans "Le Cycliste".)





1 commentaire:

  1. Un autre frappadingue, ce Louis Cointepas!!!
    Vous êtes nombreux, quand-même: et ça remonte à quelques années....

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