1959

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vendredi 20 janvier 2012

Critérium Cyclotouristique des Alpes 1935 (2) : Présentation de l'épreuve.


LE CYCLISTE, "Revue mensuelle de cyclotechnie et de cyclotourisme" fondée par Vélocio, annonce dans son numéro d'août 1935 le déroulement du Critérium Cyclotouristique des Alpes en ces termes :

"Nous voici à deux semaines du Concours de Machines organisé par l'Auto dans le Dauphiné, du 15 au 18 août. Il n'est pas exagéré de dire que cette épreuve, dont nous avons été les premiers à annoncer l'organisation, a fait sen­sation dans nos milieux cyclotouristes. Cer­tains ont pu s'étonner de voir l'Auto s'intéres­ser subitement de la sorte au cyclotourisme et aux machines « tarabiscotées », si différentes dans leur conception de la machine classique « type Tour de France ». Soulignons cepen­dant que la présence à la rédaction cycliste de l'Auto, de notre ami Claude Tillet, qui créa et dirigea longtemps la Pédale Touristique n’est pas étrangère à cette évolution. Mais, quels que soient les mobiles qui ont guidé l'Auto, il n'est pas douteux que le seul fait de voir notre grand confrère quotidien organiser un Con­cours de Machine prouve le développement qu'a pris le cyclotourisme en ces dernières années. C'était jadis le parent pauvre, et voilà qu'il passe au premier plan des préoccupa­tions de M. Henri Desgrange ! Peu importe donc que ces préoccupations soient d'ordre pu­blicitaire : pour nous, seul le résultat compte.
Donc, l'intention était déjà louable. La réa­lisation ne semble pas devoir apporter de dé­ceptions. Le règlement, dont nous avons es­quissé les grandes lignes, et qui a paru inté­gralement dans Cyclo-Sport, est en effet une sorte de synthèse des règlements des concours antérieurs. Le classement sera basé essentiellement sur des données techniques, quasi-mathématiques, et sur la vitesse moyenne ; celle-ci, cependant, n'aura qu'un rôle acces­soire par rapport au facteur essentiel, le POIDSce qui s'explique d'autant mieux que le Critérium Cyclotouristique des Alpes s'appelle officiellement, en sous-titre, Grand Prix du Duralumin, et est subventionné par la grande firme de Saint-Jean-de-Maurienne."
Le parcours y est présenté sur ce petit schéma. Le circuit est tracé autour de Grenoble. Il comprenait 4 étapes pour un total de 643 kilomètres.
La première de ces étapes conduisait les cyclistes à Chambéry par les cols de la Placette et de L'épine, le retour sur Grenoble se faisant par les cols du Granier, du Cucheron et de Porte. Elle totalisait 143 kilomètres pour une dénivelée de 3200 mètres.
La deuxième partait vers le sud, vers le Vercors en particulier, franchissant les côtes ou cols de Saint Nizier, Rousset, Menée et Faux. 195 kilomètres étaient au programme pour une dénivelée de 2100 mètres.
Le troisième jour les concurrents devaient se rendre de Grenoble à Saint Jean de Maurienne par les cols du Glandon et de la Croix de Fer, soit un périple de 152 kilomètres pour une dénivellation de 2100 mètres.
Enfin, pour terminer, il fallait revenir à Grenoble par les cols du Télégraphe, du Galibier et la côte de Laffrey : 153 kilomètres à parcourir pour finir !
Cet itinéraire fut tracé par Philippe Marre, "l'inventeur" des Diagonales.
Mais ce Critérium des Alpes n'est pas une compétition cycliste, rien à voir avec le Tour de France, c'est un concours de machines. Ce n'est pas le meilleur grimpeur qui est déclaré vainqueur, celui qui parcouru les 4 étapes dans le meilleur temps qui gagne la Coupe  !
J'avoue être totalement ignorant en ce qui concerne ce genre d'épreuve et faute d'avoir trouvé le règlement complet, je reprends ici "les articles essentiels du règlement", tels qu'ils furent présentés dans le même numéro d'août de la revue "Le Cycliste".
"art. 7. — Les bicyclettes doivent être obliga­toirement équipées d'un changement de vitesse commandé en marche, donnant au minimum trois multiplications ; de deux freins au moins ; de pneus démontables ; d'un dispositif lumineux AV. et AR., alimenté par dynamo ; d'un porte-bagages AR. tangent ou garde-boue ou le surplombant d'au plus 1 centimètre ; de garde-boue d'une largeur supérieure d'un centimètre au moins à la section du bandage. Le garde-boue AV. dépas­sera la fourche de 15 centimètres au moins ; le garde-boue AR. devra couvrir la moitié de la circonférence de la roue. La bavette avant est obligatoire, et peut être amovible. Les machines doivent encore être obligatoirement munies d'une pompe en bon état de fonctionnement, ainsi que tous appareils et plaques exigés par la loi. (L'appareil sonore sera obligatoirement un tim­bre à son continu) ; de cale-pieds et courroies; d'une plaque métallique fournie par l'Auto et assujettie dans le cadre par les soins de chaque pilote, plaque portant le numéro de la machine. Les cadres devront être émaillés, « métallisés » ou chromés.
Le paquetage supporté par le porte-bagages doit peser au minimum 3 kilogs, et, en aucun cas, ce poids ne peut se trouver diminué, sous peine de mise hors compétition.
Cet article 7 dégage bien l'esprit du règle­ment, qui exige que les machines et acces­soires répondent véritablement aux nécessités du tourisme; l'équipement ci-dessus détaillé est bien celui qui est unanimement reconnu comme étant l'équipement-type du cyclotou­riste. La question des 3 kilogs de bagages, déjà exigés au Concours d'Auvergne 1934, n'a d'in­térêt que pour éprouver la résistance du porte-bagages : c'est dans cet esprit que le règlement exige sous peine de disqualification, que 3 kg reposent toujours sur le porte-bagages."
En effet, tout ceci est bien précis et devait permettre aux constructeurs de tester leur matériel dans des conditions exigeantes. 
Je me suis "amusé" à rechercher quelques équipements d'époque...




Je commence par le fameux dérailleur "Cyclo" dont un modèle équipe le vélo de René Chardon que j'utilise de temps à autre.
















Cette réclame date de 1939, année où Marcel Laurent remporta Bordeaux-Paris. Il me semble que l'on trouve encore des cale-pieds Christophe (Hommage au Vieux Gaulois). Quant à la marque  Zéfal, elle existe toujours puisque c'était elle qui fournissait le bidon officiel du dernier PBP Randonneurs.




Par contre, cette marque-là ?






Non, il ne s'agit pas d'une marque de préservatifs...
Ce phare doit encore se trouver sur certaines brocantes.


Viennent ensuite, les articles du règlement qui donnent les barèmes de bonification et de pénalisation.

art. 12. — Il donne le barème des poids, établi de 250 en 250 grammes, de 9 kilogs (0 point) à 18 kilogs (350 points) pour les bicyclettes et de 18 kilogs (0) à 27 (380) pour les tandems.

art. 13. — Il donne le barème des « points-vitesse », attribués pour la moyenne générale des quatre étapes : 15 points de pénalisation pour 14 km.-heure, 0 point pour 18 km.-heure, 24 points de bonification pour 24 km.-heure.

L'article 14 est un vrai travail d'orfèvre...
art. 14. — Il prévoit les pénalisations sui­vantes pour avaries de matériel :
Bris :
- de guidon ……………………………………   50 points
- de changement de vitesse………….   50  __   
- de jante………………………………………   50  __
- de   roue-libre………………………….    30  __
- de  manivelle…………………………….   30  __
- de pignon  de pédalier………………   25  __
- de  tige  de selle…………………..     25  __
- de pédale…………………………………     20  __
- de porte-bagages ……………………     20  __
- de frein …………………………………      15  __
- de poignée de frein………………….    15  __
- d'attache de frein…………………….    15  __
- d'attache  de  porte-bagages…    15  __
- de garde-boue………………………….    15  __    
- de fixe-pompe ………………………….   15  __
- d'attache de dynamo …………………   15  __
- de pignon  de roue-libre…………….  10  __
- de tringle de garde-boue ……………  10  __
- d'attache   de  garde-boue ……….  10  __
Rupture :
-      de cuir de selle ……………………   10  __
-      de ressort ou fil  de selle………  10  __
-      de chaîne……………………………….   5  __
-      de   rayon …………………………….   5  __
-      de  câble   de   frein……………  5  __
-      de   câble   ou   commande   de vitesse……  5 __
-      de chariot de selle…………………   5  __
-      de   cale-pied……………………….   2  __
Manivelle tordue…………………………….   7  __

Cadre gauchi………………………………….   50  __
Changement   de   vitesse,   dont   deux vitesses ou plus ne passent pas…………. 30 points
Remplacement   d'une   enveloppe,   en plus  des  rechanges  transportés  et autorisés …………  30 points
Guidon   tordu…….  20 points   
Eclairage en  panne  totale……  20  points
Jante fendue……………………………   15 points
Remplacement d'une chambre à air en plus  des  rechanges   transportés 15 pts
Changement de vitesse, dont une vi­tesse seulement ne passe pas…… 15 pts
Manivelle déclavetée ……………  10 points
Grippage  d'un  roulement   ........, .    10     
Jeu anormal du pédalier, ou de la di­rection  ou   d'un   roulement…… 10 points
Eclairage dont un seul feu fonc­tionne au lieu de deux……  10 points
Valve cassée………  5 points
Roue voilée………   5 points
Mauvais fonctionnement d'un frein…… 5 points
Jante  bosselée………  5 points
La rupture du cadre, de la fourche, de l’axe de pédalier, d'un axe de moyeu, entraîne la mise « hors compétition ».
Toutes les avaries prévues par le présent ar­ticle devront être constatées au parc fermé pour donner lieu à des pénalisations; ces pénalisations se renouvelleront à chaque arrivée, si l'avarie n'a pas été réparée.
Toutes les réparations doivent être effectuées dans le temps de l'étape, et par les moyens du bord, sous peine de disqualification, l'accès du parc fermé étant interdit aux pilotes et cons­tructeurs, sitôt après l'arrivée, et jusqu'à l'heure officielle du départ de l'étape suivante.

Et ce n'est pas fini !
art. 15. -  Liberté absolue est laissée aux constructeurs en ce qui concerne les cotes des machines. Il ne sera pas toléré, toutefois, de tige de selle dépassant d'une hauteur supérieure à 20 % de celle du cadre (la hauteur du cadre étant prise de Taxe du pédalier à celui du tube horizontal du cadre, et la mesure de 20 % étant calculée de Taxe du tube horizontal du cadre à l'extrémité supérieure de la tige de selle). Par ailleurs, les fourches AV. et AR. devront ména­ger un écart d'un centimètre au minimum, et de chaque côté, bien entendu, pour le passage du pneu, espace sans lequel une roue voilée ou dé­centrée ne pourrait tourner librement.

art. 18. — Il prévoit des bonifications et pénalisations à l'examen technique lors du poinçonnage :
bonifications
Frein AR. à tambour...............      4 points
Dérailleur au pédalier, ou système donnant un nombre de multiplica­tions supérieur à quatre autrement que par retournement de roue .... 8 points
Couple  au  pédalier,   seul..........  6 points
Disposition de la roue libre permet­tant le changement d'un rayon en
moins de 5 minutes..............  5 points
Disposition du frein AR. à tambour permettant le changement d'un rayon en moins de 5 minutes .... 5 points
PÉNALISATIONS
La section de base des pneumatiques étant fixée à 38 mm, les sections in­férieures seront pénalisées comme suit :
37   mm............ ........     10 points
36   mm...........................     20 points
35   mm.......................     30 points
Au-dessous de 35 mm. : Elimination (mesures pri­ses au pied à coulisse).

art. 23. — Il concerne les tandems. Ceux-ci devront être munis d'un changement de vitesse donnant quatre vitesses commandées en mar­che, d'un paquetage de 4 kilogs; de deux freins au minimum comme les bicyclettes, le frein AR. étant obligatoirement, cette fois, à tambour ; et de pneus démontables. En ce qui concerne ceux-ci la section moyenne de 40 mm servira de base ; une section de 39 mm entraînera 10 pts de pénalisation ; une section de 38 : 20 points ; une section inférieure à 38 mm entraînera l’élimination pure et simple.
Comme on le voit, le règlement du concours de l’Auto est assez précis et minutieux pour que les discussions et les récriminations soient réduites au minimum. L’esprit du règlement étant de récompenser les meilleures machines, les solutions « de fortune » ne sauraient être acceptées : les constructeurs en sont formellement avisés. Un arbitre technique, particulièrement techniquement impartial sanctionnera les points litigieux éventuels, jugeant en dernier ressort sur réquisition des commissaires.
Et maintenant… attendons impatiemment le départ – et l’arrivée – du premier Critérium Cyclotouristique de l’Auto.
Place à la "course", donc ! 



5 commentaires:

  1. Cela ne m'étonne pas que Jacques Seray te connaisse bien ! Je l'ai rencontré avec plaisir samedi et nous avons parlé entre autre Paris-Brest-Paris lors du 27ème Festival du Voyage à Vélo

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  2. Tout ce travail de passionné et d'historien - que ne désavouerait pas Raymond Henry - mériterait une plus grande audience. Pourquoi ne pas contacter les revues Le Randonneur ou Cyclotourisme ?

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. Heffe est flatteur... J'en rougis ! Mais l'audience de ce petit blog me suffit.

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  5. On aime ton humilité, mais au vu du taf que représente ce blog, il est -à mon avis aussi- bien dommage qu'il n'ait pas plus d'"audience" (si ça s'appelle comme ça)!
    Mais je respecte tout à fait ton goût pour l'artisanat: ton travail n'en a que plus de valeur!!!
    Et je suis très flatté de faire partie de ses heureux lecteurs

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