1959

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jeudi 6 mars 2014

Au fil de l'Allan (Avec deux L)

Samedi, deuxième grande sortie de l'année (160 kilomètres) ! Départ humide et costaud... En effet, j'ai rendez-vous avec un collègue cyclo avec qui je dois participer à la prochaine Flèche Vélocio. Et il roule fort, le copain. Voilà bien longtemps que je n'ai pas eu à suivre un tel rythme de pédalée... Et il m'est même arrivé de ne pouvoir suivre ce rythme car dans les petits tape-culs entre la Ferté sous Jouarre et Lizy/Ourcq, je me suis fait éjecter par deux fois ! Dur, dur le métier de cyclo...
Quand nous nous sommes quittés à Betz, j'avoue que j'avais les jambes un peu lourdes. Fatigué, j'étais... Mais bon, je n'avais parcouru "que" 60 kilomètres et il me fallait rentrer.
Et puis après avoir récupéré pendant une dizaine de kilomètres, ce panneau m'a redonné un peu d'ardeur. Mais une ardeur toute cyclotouriste. 
En effet, ici j'ai repensé à une vieille dame que j'ai croisée voici quelques mois au bord de ce petit ruisseau... Et je décidai donc de suivre le cours de l'Allan (avec deux L...) jusqu'à sa source.
"C'est le ru d'Allan qui serpente...
A travers prés, à travers champs..."

Et oui, j'ai repensé à ce poème de madame Lucienne Gaudé en abordant le cours de l'Allan (avec deux L...), poème que j'avais cité sur ce blog voici près de 3 ans déjà ( http://montour1959lasuite.blogspot.fr/2011/09/mardi-27-septembre-carpe-diem.html. ).
En effet, au cours d'une randonnée dans le bas de l'Aisne en septembre 2011, j'avais évoqué dans le récit de cette belle balade la poète. 
Quelques mois plus tard, elle me contacta par l'intermédiaire de sa fille et m'offrit son dernier livre.
Mieux encore, elle m'offrit un poème... Le voici :
"Un célèbre inconnu traverse mon village
Et me laisse en passant un chaleureux message
Un merveilleux conteur, un joyeux troubadour
Qui jongle avec les mots avec beaucoup d'humour

Quant à la bicyclette elle fut ma compagne
Au temps de ma jeunesse, à travers la campagne
Vervins-Château Thierry ou Vervins-Sommelans
De la frontière belge aux rives de l'Allan

Et voici ma dernière strophe
La Seine et Marne est limitrophe
Et peut-être qu'un beau matin
S'entrecroiseront nos chemins ?"

Je fus confus d'un tel hommage... Et je dégustai l'ouvrage, en prenant mon temps. Si je me promis de remercier la dame, j'attendais l'occasion. Elle se présenta donc ce samedi d'un début mars fort printanier.
MADAME, ce message est, à vous, dédié !
Mais même si vous ne voyez guère...
"Mes yeux refusent de m'aider
A déchiffrer cartes et lettres.
Mais, au plus profond de mon être,
Je souhaite tous liens garder..."
Laissez-moi vous raconter mon petit voyage à vélo au fil de l'Allan (avec deux L...). 
Venant de Mareuil sur Ourcq, j'ai quitté la route de La Ferté Milon pour suivre celle qui file le long du ru d'Allan. Passant au bas du charmant village de Saint Quentin sur Allan, je me suis souvenu être déjà passé ici voici quelques jours avec l'ami Yves (un autre compagnon de mes randonnées cyclistes au long cours). Venant de la petite route à droite, nous étions montés à gauche dans la forêt, en silence, doucement, respirant à plein poumon l'air humide et froid. Et soudain, devant nous, un... deux... trois... quatre... cinq cerfs aux magnifiques bois ont traversé, doucement eux aussi. Ne faisant pas cas de nous, ils se sont enfoncés dans la forêt. Nous nous sommes arrêtés pour les observer. Eux aussi, pour brouter... Et puis ils ont repris leur chemin, nous aussi. Je me suis rendu compte que je n'avais même pas pensé à sortir l'appareil photo... tant mieux, je crois qu'ils étaient là incognito.
Aujourd'hui, point de cerfs. Non, deux lièvres s'amusent dans un champ. On dirait une course de vélo sur piste, entre la poursuite et le sprint !
Il y a toujours un vainqueur. Pas besoin de photo finish.

 L'Allan (avec 2 L...) est toujours là à ma droite. Je roule toujours. Je connais le pays...
Pourtant, à chaque carrefour, je me demande quelle route prendre. Tant que l'Allan (avec deux L...) est là, je ne la quitte point. Mais quand la route ne la suis plus, que faire ? Aller à gauche ? Aller à droite ? Imbécile que je suis... J'ai oublié ma carte. La carte IGN n°9, Paris Laon, série bleue, verte autrefois. La carte de promenade au 1/100 000 que j'ai toujours préférée aux cartes Michelin, chacun ses goûts, n'est-ce pas ? 
Mais aujourd'hui, même une carte Michelin, je n'en ai pas ! Pourtant, j'avais de la place dans la sacoche.
Alors que faire ? Continuer sur la droite ? Franchir l'Allan (avec deux L) vers la gauche ?
Je choisis de monter au village de Dammart  et c'est sur les marches de la jolie église que je choisis de m'arrêter pour mon petit casse-croûte.
Une colonie de pigeons accompagne mon repas en prenant régulièrement son envol dans un bruissement d'ailes. FRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR
Le coq quand à lui, reste là, imperturbable.
Imperturbables également, les pigeons qui nichent près de la cloche, et que la sonnerie de 1 heure ne déloge pas. Des pigeons sourds, probablement...
Après m'être bien restauré, (Pas du gastronomique, ni du diététique, non, du consistant, du rustique : Sandwich au pâté, banane et clémentine.) il me faut choisir ma route. Continuer vers la grande route de La Ferté Milon à Neuilly Saint Front est la première option qui s'offre à moi. Mais, je doute, alors je déambule dans le village, je tournicote, j'erre et finalement je fais... demi-tour !
Je prends finalement le chemin de Chézy en Orxois où l'on peut admirer cette jolie plaque émaillée,...
...sa belle église fortifiée (sans coq) et...
...sa fontaine qui présente la particularité (Je sais, je radote, à chacun de mes passages dans ce village, je le répète.) de ne pas afficher le fameux écriteau "EAU NON POTABLE".
Une nouvelle fois, j'y remplis ma gourde d'une eau bien fraîche et , je veux le croire, pas mauvaise pour la santé. En tout cas, depuis samedi, je n'ai pas été malade.
Je me souviens à ce propos de mon premier passage dans ce village voici... bien longtemps, ma foi (Radotai-je encore ?). A l'époque, les fameux panonceaux "EAU NON POTABLE" commençaient  à décorer les fontaines. Je m'étais arrêté à cette fontaine, c'était l'été, il faisait chaud et je n'avais plus une goutte d'eau dans le bidon. Comme je m'apprêtais à me désaltérer, je vis un vieux bonhomme qui s'approchait. Avant de  boire, je préférai lui demander si l'eau était potable. Il me répondit :
"Y'en a qui en boivent..."
Rassuré, je portai le bidon à la bouche et commençai à me régaler.
Il continua :
"Y'en a qui n'en boivent pas..."
Avant qu'il  s'en aille, je crus percevoir un sourire malicieux aux lèvres du grand-père.
Aujourd'hui, le village est désert et je reprends ma route.
En sortant du village,sur la gauche, je remarque cette pierre dressée et j'emprunte la rue du jeu d'arc. Le tir à l'arc  est un sport qui semblait bien implanté dans la région.
J'avoue que cette pierre qui semble sculptée de mystérieux motifs est une énigme.
Est-ce ancien ou bien est-ce une réalisation contemporaine ?...
Je ne m'attarde pas et prends le chemin de ce petit village qui lui aussi m'intrigua naguère : "Gengoulph, Gengoulph ?" Quel drôle de prénom mais comme le chante Yves Jamait :
"Les prénoms ça se mélange
Les prénoms ça dérange surtout les cons
Que jeunesse se fasse
Les prénoms ça passe
avec les saisons..."
Alors pourquoi pas Gengoulph : "Tout le monde peut pas s'appeler Martin..." comme le chantait un autre poète...
Au fil de l'ALLAN (avec deux L)

Mais s'il n'y avait que les saints ! Presque tous les noms de villages du secteurs sonnent étrangement à mon oreille : Bonnesvalyn, Gandelu, Hautevesnes, Licy-Clignon, Bouresches, Epaux Bezu, Macogny... J'en passe... 
Et ce village, qui porte si bien son nom dans une région où les occasions de le faire sont si fréquentes.
Pour la Vierge Marie...
Pour les voyageurs égarés, comme moi par ce doux samedi...
Priez pour ce que vous voulez, en fait...
Terre chrétienne, donc. Aux grandes églises, aujourd'hui closes et que l'on a du mal à imaginer remplies à une autre époque, tant les rues, les routes, les chemins sont déserts aujourd'hui.
Et pourtant, des gens se sont mis à la peine pour construire tout cela, à la gloire de Dieu.
Certains ont même laissé un témoignage de leur passage comme ce portrait sculpté sous le petit clocheton de l'église de Priez :  Et si c'était le portarit d'un des bâtisseurs de l'édifice. Aujourd'hui, on appellerait cela un "selfie", un auto-portrait numérique. Cet auto-portrait-là avait quand même plus de tronche, avait réclamé plus de travail et durera sans doute encore quand tous les selfies de chez Mister Google et Cie auront disparu à la suite du GRAND BUG !
Le vélo stimule les neurones, n'est-ce pas ?
Au hameau de Cointicourt, je revois les ruines de l'église : La guerre ? Car cette terre fut au long de l'histoire une terre de guerres, de conflits, de conquêtes, d'invasions et de drames.
Mais je touche au but de cette petite déambulation.
"Un petit village à l'humble clocher,
Toits de tuiles rouges et d'ardoise grise
Groupés sagement autour de l'église, 
C'est là que je viens parfois me cacher...
Quand j'ai le coeur lourd, je viens y chercher
Le doux réconfort que toute âme puise
Dans le cher décor dont elle est éprise.
J'aime ce pays, j'y viens m'épancher.

Voici la demeure où j'ai vu le jour.
Au-delà des murs qui bordent la cour,
Voici le ruisseau dont la source est proche.
On dirait ainsi : sommet de l'Allan.
Il coule très clair comme une eau de roche
Et donne son nom à mon Sommelans.

Le poème aussi coule comme l'eau de roche de l'ALLAN (avec deux L) : Clair, limpide. Chaque village mériterait une telle déclaration d'amour...
En passant devant la mairie de Sommelans, je me souviens que, dans les années 1920, la petite Lucienne Gaudé fut la seule élève de l'école, aujourd'hui fermée.
Dans le livre "Comme un petit poucet", elle se souvient de sa maîtresse, mademoiselle Legate, que la République avait nommé dans l'école de ce village pour enseigner, de manière assez "novatrice", . Le chapitre intitulé "Leçons particulières" est d'ailleurs savoureux.
Souvent autrefois, dans nos campagnes, l'instituteur (ou l'institutrice) enseignait dans une classe unique, ici il y avait une élève unique ! Sans doute Mademoiselle Legate logeait-elle à l'étage, au-dessus de la mairie...
Me voici donc "au sommet de l'Allan", je peux prendre le chemin du retour.
Si depuis mon arrivée le long de l'Allan (avec deux L) les mots de Lucienne Gaudé m'ont accompagné, elle n'était pas seule. Une chanson d'Allain Leprest (avec deux L, la boucle est bouclée...) aussi "fredonna" dans ma tête. Je vous l'offre, madame !



Les textes en bleu sont de Lucienne Gaudé.
La chanson "Les arbres", d'Allain Leprest et Gérard Pierron, est interprétée par Francesca Soleville. Le portrait de Francesca Soleville est d'Ernet Pignon-Ernest.
J'ai également emprunté à Yves Jamait et Georges Brassens.
Les photos sont de... moi, d'aujourd'hui ou d'hier.

1 commentaire:

  1. Que de poésie!! De tendresse!!!
    Merci à Mme Gaudé pour sa compagnie..... et tout ce qu'elle inspire de douceur et de nostalgie....
    Je mes souviens parfaitement de sa première participation à ce lieu d'échange et de poésie!!!
    Encore merci..... à elle et à toi....
    A bientôt!!!












































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