1959

1959

samedi 5 juin 2010

416 kilomètres, donc...

Mercredi 2 juin à 3h45, nous sommes prêts pour prendre la route.
Direction Nangis dans la nuit, la route est humide mais il ne pleut pas. Nos éclairages sont bons (j'ai remis en service un vieux phare à ampoule que j'ai branché sur mon moyeu-dynamo... et ça marche ! ). Je sais que Pascal, qui n'a pas l'habitude de rouler la nuit, n'est pas très rassuré mais il n'y a pas beaucoup de circulation et nous bavardons beaucoup, nous disons beaucoup de bêtises surtout (Il y a des oreilles qui ont dû siffler...)

C'est à Saint Mammès que nous faisons notre première pause. Le temps de déguster un petit sandwich au jambon ou au fromage (Il faut du consistant pour tenir la route !)...
...et de nous promener sur le port désert de passants et de péniches. Mais il n'y a pas cette atmosphère à la Simenon que j'ai parfois apprécié dans ce grand port marinier... Dommage.
Les aménagements sont devenus très "tourisme fluvial", l'homme du Picardie serait-il vraiment mort ?
Nous remarquons quand même une trace du passé : L'ancienne boutique d'André Leducq, deux fois vainqueur du Tour de France dans les années 30, est indiquée par une simple plaque comme s'il s'agissait d'un proctologue ou d'un magnétiseur ! Un peu de panache, que diable ! Peignez cette demeure en jaune ! Décorez-là d'un vélo géant de marque Mercier ou L'hirondelle !
Mais il nous faut continuer à rouler, rouler, rouler... et en plus mon appareil photo défaille, divague, déconne... "L'accumulateur est déchargé" ! Il ne veut plus prendre de photo, mon cher petit engin. Donc, pas de photos de Moret sur Loing, sauf celle-ci de Pascal fonçant sur les pavés. Et toute la journée il en sera ainsi : pour une photo prise, 5 ou 6 refusées. Heureusement que je suis têtu autrement j'aurais rangé sagement la boîte dans la sacoche et ce message ne serait pas illustré : Quel héros ce JP !
Après nous être un peu perdu dans le sud de la forêt de Fontainebleau, nous abordons la plaine du Gatinais, vent dans le dos et je réussis à photographier, sans descendre de ma machine, l'arbre du jour !
La route est plate et notre vitesse fort honorable lorsque nous arrivons à Beaune la Rolande, ville qui accueillit un camp d'internement pendant la deuxième guerre mondiale. Ce camp fut construit par les autorités françaises pour les prisonniers allemands. Il accueilit d'abord des Juifs polonais puis des Juifs français déportés-là après la rafle du Vel d'hiv' en particulier. De nombreux enfants y firent une dernière étape sur la route d'Auchwitz...
Il me semble me souvenir d'un reportage dans lequel une vieille femme racontait que pendant son séjour dans ce camp (mais peut-être en était-ce un autre ?), les autochtones venaient leur rendre visite, le dimanche, comme on va au zoo ou au bord de l'eau... Il semble qu'il ne reste rien de ce camp aujourd'hui : peut-être une plaque comme pour la maison de Dédé Leducq ?

Mais continuons notre périple, vers Bellegarde et son vieux château, l'occasion de manger un morceau... et de réussir une photo !

Nous voilà près du joli Canal d'Orléans, canal désaffecté, mais le long duquel on peut faire de jolies promenades jusqu'à Montargis.
Nouvel arrêt, mais surtout grande discussion pour savoir si nous continuons par la "piste" qui traverse la forêt vers la vallée de la Loire ou si nous prenons la grande route. En raison de l'humidité, nous choisissons la route. Ce choix raisonnable pour nos pneumatiques eut pu nous être fatal !
Mais il fallait d'abord traverser ce hameau avant de prendre la route vers Sully sur Loire.
Grande ligne droite, beaucoup de camions et un grand-père qui veut doubler le gros camion qui le gêne. Il met son clignotant, se déporte avec son vieux break marron un peu pourri... Mais en face, il y a deux cyclistes, bien visibles dans leur costume jaune fluo. Ils roulent sur le côté, l'un derrière l'autre. Le premier cycliste fait un signe rageur au vieux bonhomme. Le conducteur le voit, hésite... le cycliste croit qu'il va se rabattre derrière le gros camion, mais non, il accélère et double, frôlant les deux cyclistes... Ouf ! Même pas mal!!! Mais peur, oui...
Moi parce que je l'ai vu, le vieux machin, le vieux débris, le détritus humain, la Charogne !!!
Pascal parce qu'il ne s'est pas tout de suite rendu compte de ce qui se passait. Pascal qui a hésité à se déporter à gauche pour voir pourquoi je ralentissais et criais. OUF !
L'arrivée à Sully vers 11h30 fut un peu laborieuse... Nous n'avons qu'une seule envie : Rouler sur des routes tranquilles .
Aussi est-ce sans regret que nous laissons le château de Sully et sa Loire derrière nous !
Et nous voici enfin sur les paisibles chemins de Sologne...
... ses étangs (C'est le seul que j'ai à offrir aujourd'hui !)
C'est le pays de Raboliot, magnifiquement interprété par Thierry Frémont dans un téléfilm (Quel acteur !)
Sur les bords de la Sauldre, le calme est revenu dans nos esprits et nous cherchons une table où nous restaurer.
Table que nous trouvons dans ce village de Brinon, à l'enseigne du Sept où nous sommes fort bien accueillis, où la nourriture est bonne même si nous aurions apprécié des portions un peu plus copieuses...
Et c'est dans ce cadre tentateur que le patron nous apprend les soupçons de "dopage mécanique" qui pèsent sur des coureurs cyclistes. Un moteur dans le pédalier !!!! Nous n'osons y croire... Seraient-ils assez fous ? OUI ? NON ?  Mais où vont-ils conduire notre beau sport ?
Rassasiés, nous partons vers le pays des Ecossais, des Stuart plus précisément qui furent exilés, bannis par un roi... anglais, je crois, et qui trouvèrent refuge dans la jolie cité d'Aubigny sur Nère.

Cité fleurie, décorée avec goût et élégance, je trouve...
Nous sommes sur le chemin du retour, le vent est défavorable (Peut-être un sale tour des sorcières berrichonnes qui ont leur musée à Concressault à quelques km de Blancafort où nous passons...)
Blancafort qui pourrait concourir pour un titre, non pas dans la rubrique des "Plus beaux villages de France", ni des "Petites cités de Caractère"... Non ici ce serait plutôt : "Qu'est-ce qu'y faut pas faire pour se faire remarquer ?" ou bien "On n'a rien de spécial chez nous mais on veut la ramener quand même ! et on vous em.......". En effet, ce riant village est le centre géographique de l'EURO !
Imaginez le pauvre garçon, ou la pauvre fille à qui l'on demande :
"T'habites où ?
- Dans le centre géographique de l'EURO..."
La HONTE !
Plus intéressant, plus beau, l'arrivée à Briare par un chemin herbagé le long du canal de Briare...
... vers le PONT CANAL... La classe non ?
Il fallait quand même le faire, la Loire passe en dessous !
Et à quelques kilomètres de Briare une autre grande construction grandiose : les sept écluses de Rogny, toujours sur le canal de Briare ! C'était un véritable ascenceur à bateaux, 7 écluses, construites au XVIIème siècle, je crois. Aujourd'hui, il ne reste que les maçonneries de ce monument "marinier".
Ces petites maisons datent peut-être de cette époque et toute cette région vivait sans doute au rythme du canal. Tiens, je repense à Simenon et au commissaire Maigret...
Ensuite la route devint plus banale jusqu'à Chatillon Coligny où nous refîmes des provisions vers 19h00. Là je crois que la tablette de choc' "Lindt Excellence" (ma préférée) fut de trop...
Et c'est à 15 kilomètres de là, à Chateaurenard que nous avons pris notre dîner. 15 km dans le vent... Pas bien le gars JP à ce moment-là. Un petit coup de mou. Et si Pascal dévora un menu plus conséquent qu'à midi, je décidai de me contenter d'une pizza, hélas indigeste. L'onglet à l'échalotte de mon compère était bien plus appétissant !
Après une pause de plus d'une heure, nous avons repris des forces, le vent est tombé mais nous savons que nous allons passer la plus grande partie de la nuit sur le vélo. Le terrain est accidenté mais la nuit est belle et le retour à La Ferté Gaucher se fait tranquillement, à part la traversée de Donemarie Dontilly qui fut comme il y a 8 ans un vrai casse-tête (Essayez de suivre des panneaux "Toutes directions" qui mènent partout sauf là où vous voulez aller, à 1 h du mat', dans une ville sans éclairage public...)
Enfin à 3h40, soit 23h55 après notre départ (!) nous sommes de retour. Nous avons parcouru 416 km, roulant durant 19 heures et 16 minutes, les temps de pause étant de l'ordre de 4 heures et 30 minutes. 
Je crois que nous sommes prêts, Pascal et moi, pour accomplir Bordeaux Paris et cette randonnée amicale, nous la nommerons le "Circuit Raboliot".

5 commentaires:

  1. Vous êtes allés jusqu'en Sologne ?? C'est bien, c'est original, c'est pas comme si t'y passais au moins deux fois par an !!? Et puis si je ne m'abuses certaines photos m'ont semblé familières (l'escalier à écluse, ou l'écluse à escaliers) !! Vous auriez pu aller en Belgique par exemple (enfin, c'est pas moi qui pédale, tu fais ce que tu veux hein !!). Bisous quand même !!

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  2. C'est vrai que c'est pas toi qui pédales. Alors, faut laisser découvrir la Sologne et les solognotes à ceux qui ne connaissent pas, comme moi.
    Mickey.

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  3. OK... Je vais essayer la Belgique une prochaine fois !

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  4. "Pascal qui a hésité à se déporter à gauche pour voir pourquoi je ralentissais et criait." Si j'ai bien suivi, c'est toi qui crie ? Donc "criais".
    Moi j'ai grand plaisir à revoir des coins où je suis passée en vélo (tandem ?) il y a quelques années. Mais il me faudra attendre les vrais vacances pour pouvoir rouler autant. Alors que les grands rouleurs, vous vous faites des vacances (au sens découverte des paysages français) en une seule journée. Mais je reconnais que je ne suis vraiment pas prête pour ces longs périples. L'aller-retour au Lac du Der ne m'a pas donné autant de plaisir qu'une virée de 100 - 120 kms où je prends un peu plus mon temps. Alors Lavallois-Honfleur, ce n'est pas pour cette année. Mais il faudra quand même que je fasse cette randonnée au moins une fois, pour dire que j'ai bien mérité de m'acheter un "bibi" : il y a 2 modistes à Honfleur, un régal pour les yeux, mais vu le prix, il faut le mériter. MAis il me semble que c'est l'exemple meêm de la bonne carotte qui pourrait me faire réaliser un exploit !
    Sinon, quel plaisir de te lire à nouveau, ainsi que les commentaires. Je signale d'ailleurs à MJ que la traversée de la Sologne en voiture n'a rien à voir avec une traversée en vélo. Et puis quand on aime, on ne compte pas !

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  5. Je corrige la faute d'orthographe, mais c'est l'émotion... Pauvre instit' que je suis !

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