1959

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mardi 6 août 2013

Le Chemin des Dames (Première partie)

Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes. 
Le mercredi 31 juillet, ma deuxième grande randonnée des vacances m'a conduit vers le Chemin des Dames.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme. 
On connait mon attirance pour cette guerre de 14-18. Je viens de retrouver 3 messages de ce blog répertoriés sous le libellé "Guerre de 14-18", deux au sujet des fantômes de Landowski, un à propos du Musée de la Grande guerre de Meaux. Mais je crois avoir également parlé ici de la Carotte de Mondement, du mémorial de Dormans ou de Belleau Wood... 
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau 
Ces terres de Champagne, de Brie et de Picardie sont à jamais marquées par la grande Boucherie de 14-18... !
Car nous sommes tous condamnés,
C'est nous les sacrifiés ! 
De bon matin me voilà donc parti avec ce petit air qui me trotte dans la tête, la Chanson de Craonne, la chanson des sacrifiés de cette guerre infâme.
Une fois franchie la rivière Aisne, me voici arrivé, presque, au but de ma sortie du jour. 
En effet, le Chemin des Dames est cette crête dressée entre les vallées de l'Aisne (au sud) et de l'Ailette (au Nord).
Mais pourquoi ce Chemin des dames est-il si tristement célèbre ?
A la fin de 1916 et au début de 1917, le gouvernement français veut en finir avec cette guerre. Le général en chef Nivelle, vainqueur de Douaumont et Vaux, propose une attaque qui doit rompre le front allemand au printemps 1917. Grâce à un usage nouveau et intensif de l'artillerie, il semble certain que cette attaque, surprise bien sûr, réussira à emporter la victoire finale.
Après avoir dû repousser plusieurs fois l'offensive à cause du mauvais temps, l'attaque de l'infanterie a lieu le 16 avril à 6H00 par un temps épouvantable après une forte préparation d'artillerie.
A 7H00, la bataille est perdue !
Les Allemands, pas surpris du tout, résistent partout. L'offensive Nivelle fut un désastre. Plusieurs dizaines de milliers d'hommes Français et Allemands  perdirent la vie dans la boue des falaises de Picardie.
Dans la montée entre Craonnelle et La Ferme Hurtebise, je fais un arrêt au Monument des Basques.
Tout au long de ce reportage, j'utiliserai ces panneaux  (fort bien faits !) installés tout au long de mon parcours autour du chemin des Dames.
Un berger, un marin, un ouvrier ? En tout cas, ce n'est pas un soldat qui est représenté ici...
Pas d'armes, non plus...

 Même sans tambour, même sans trompette,
On s’en va là haut en baissant la tête... 
Aujourd'hui, tout est calme. Après la pluie viendra le beau temps.
Le Basque peut admirer, saison après saison, le village d'Oulches la Vallée Foulon.
Quelques années après la guerre, ça ressemblait à ça...

...mais dans l'immédiat après-guerre, c'était un amas de ruines !
Arrivé sur le plateau, c'est la fameuse ferme Hurtebise sur ma droite.
Aprement disputée tout au long de cette guerre, elle fut prise et reprise par les Français puis par les Allemands, surtout en cette année 1917.
En face, c'est la non-moins fameuse Caverne du Dragon qui devint un lieu de visite dans les années 20, figurant aux guides que la maison Michelin consacra au "tourisme de guerre".
Il faut savoir que cette crête calcaire est truffée de carrières, de cavernes et de galeries qui furent exploitées dès le Moyen-âge pour en extraire la pierre calcaire qui servit à construire églises, cathédrales et châteaux. On en dénombrerait plus de 200.
Beaucoup d'entre elles furent utilisées par les belligérants pour se cacher, pour se terrer, pour se protéger. Certaines furent même utilisées par les deux camps opposés en même temps, un mur, rapidement construit servant à les séparer.
Aujourd'hui, cette Caverne est devenu un musée qui est "un point de départ incontournable pour comprendre les événements tragiques qui s'y sont produits."
J'arrive ici en fin de matinée et on m'annonce que la prochaine visite doit de dérouler à 13H15. Pas grave, je récupère un plan des lieux et me concocte un petit parcours autour de la Caverne. Juste de quoi patienter : partir du n° 6 , aller ensuite aux N° 9, 10 & 11 avant de revenir par le N° 8 vers 13H00.
A peine ai-je parcouru une centaine de mètres que je m'arrête une première fois. Après avoir sévi entre Brie et Champagne, Napoléon 1er est passé par ici en 1814.
Un monument célébrant les "Marie-Louise", ces jeunes garçons enrôlés dans l'armée impériale pour enrichir les rangs d'une armée saignée à blanc, a été édifié près de la ferme Hurtebise. Les Poilus de la Grande Guerre y sont associés aux soldats de l'Empire.
Quelques kilomètres plus loin, dans la solitude d'un champ de betteraves, l'empereur, seul, scrute l'horizon.
Je viens lui tenir compagnie le temps d'un autoportrait.
Le Chemin des dames fut une des dernières victoires de Napoléon. Bataille sanglante, déjà...
Puis, je continue ma route vers le Plateau de Californie.
La première chose que j'y vois est cette étrange sculpture "Ils n'ont pas choisi leur sépulture" de Haïm Kern, artiste français d'origine allemande.
Installée en 1998, elle célèbre le 80ème anniversaire de la fin de la Première guerre mondiale.
Ces têtes prises dans le filet de l'histoire ? de la vie ? de la mort ? Emouvant...
C'est ici que je vais faire ma pause repas, dans le calme d'un petit coin de France...
...qui fut voici bientôt 100 ans le théâtre de combats sanglants.
La prise de vue est presqu'identique.
La découverte de ce petit circuit autour du plateau de Californie va retarder mon déjeuner...
Dommage que je n'aie pas un VTT mais ça roule (pour l'instant).
Je passe au-dessus du "nouveau" village de Craonne construit dans la plaine.
J'arrive à la tour d'observation qui surplombe l'est du Chemin.
Je laisse mon vélo et je grimpe...
Là-bas, il y avait des troupes françaises qui montaient à l'assaut.
N'aurait-il pas été plus facile d'attaquer sur cette plaine de Champagne, un peu plus à l'est, plutôt que sur les falaises, les ravins, les creux et les bosses de ce maudit chemin ?
Aujourd'hui, le paysage est magnifique.
Je continue à... pied.
Le terrain est cabossé et gras ! La terre "bourre" dans mes garde-boue. Je n'ose même pas imaginer ce que cela donnait sur une grosse paire de godillots !
Les stigmates des combats sont toujours visibles même s'ils sont atténués par la végétation qui a repris ses droits.
Pourtant, comme partout dans la région, un petit signe vient nous rappeler que des jeunes hommes sont morts ici... Pour quoi ? Pour qui ?
Mes soucis à moi, sont bien plus bénins : manger, en premier, et nettoyer la machine qui a du mal à rouler.
Heureusement, j'ai tout ce qu'il faut dans mon barda.
Et je reprends la route pour m'arrêter quelques centaines de mètres plus loin sur le site de l'ancien village de Craonne qui a été entièrement détruit par les combats.
Avant 1914, Craonne était ce charmant petit village à flanc de coteaux.
Il fut bien abîmé entre 1914 et 1917, avant d'être rayé de la carte en 1917 !
Un arborétum a été crée à son emplacement.
 
 
Le tracé des rues n'est plus reconnaissable même si des panneaux nous en indiquent l'emplacement.
Beaucoup de pente ici !
Comme ici ? 
Je ne ferai pas toute la promenade dans le vieux Craonne. Le temps commence à me presser...
Je vais traverser le nouveau Craonne.
Reconstruit plus au sud dans les années 20. Le travail que cela a dû être de tout reconstruire !
Mais le petit village est là, au détour d'un chemin, comme n'importe quel autre village de France...
...et pourtant...
Que ruines à relever...
Au bout de combien de temps les gens ont-ils pu revivre "normalement" sur cette terre meurtrie par la guerre ?
Et me voici revenu au monument des Basques.
Le temps de déposer mon vélo et de changer de tenue, me voilà prêt pour aller visiter la Caverne du Dragon. Je vais descendre 15 mètres sous terre, la température n'y est que de 12 degrés. Ne pas oublier la petite laine !
(A suivre...)

1 commentaire:

  1. Visite très émouvante. Que tous ces drames nous semblent loin, aujourd'hui... Mais il suffit d'une "promenade" de ce genre ou d'un tour à Verdun vers l'ossuaire de Douaumont ou la tranchée des baïonnettes pour commencer à appréhender l'horreur de cette "Grande Guerre", la préférée de Brassens...
    On attend déjà la suite!

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