1959

1959

dimanche 6 mars 2016

Anquetil à la Une de Miroir du cyclisme ! (Septième partie : 1965)

1965 : Jacques Anquetil change de maillot. Il quitte "Saint Raphaël" mais garde Raphaël Géminiani comme directeur sportif, pourtant, qu'on se rassure, il ne se convertit pas au fordisme en endossant le maillot Ford France. Anquetil reste un artisan, un orfèvre du vélo, pas un travailleur à la chaine de la bicyclette !
Bien entendu, il fait la Une du traditionnel numéro de présentation de l'année cycliste 1965, avec Poulidor et Van Looy, bien sûr.
 Pourtant, tout au long de cette belle année, Pellos va nous montrer un Anquetil dilettante et presque retraité !
 Dans le numéro 54 de février, le dessinateur nous présente le traditionnel rendez-vous à la neige des cyclistes.
 En mars, il fait de la chaise longue, juste avant le départ de Paris-Nice que le Normand remportera.
 En avril, c'est en joueur de cartes que nous le dessine Pellos, bien aidé pour gagner par ce mauvais génie de Géminiani...
 Au mois de mai, alors que d'autres s'apprêtent à partir à la conquête de l'Espagne, Anquetil se la coule douce encore et toujours.
 Avant le départ du Tour, les vacances semblent continuer pour Anquetil.
 Pourtant, s'il ne fait pas la Une du numéro de présentation du numéro spécial de Miroir du Cyclisme avant le départ du Tour...
... Jacques Anquetil est en quatrième de couverture pour son "extraordinaire exploit", l'un des plus grands peut-être de l'histoire du vélo. En effet, arrivé victorieux du Critérium du Dauphiné libéré le dimanche après-midi à Avignon, il prend le départ la nuit suivante de Bordeaux-Paris et gagne, 24 heures après le Derby de la route : Fantastique, épique, ANQUETILIEN !
Pas mal pour un "vacancier".
 Car Pellos continue à nous le présenter ainsi dans le Miroir du Tour 1965 !





Elle n'est pas belle, la vie ?
Aavnt les championnats du monde, Anquetil revient à la Une, entouré des deux premiers du dernier Tour de France.
 Et le jeune Gimondi fait un peu figure d'épouvantail.


 Pourtant ce fut un Anglais, Tom Simpson, qui endossa le maillot irisé (tandis que chez les amateurs ce fut un Breton, Jacky Botherel, qui le revêtit).
 Dans le numéro de septembre 1965, Pellos nous montre Anquetil rentrant bredouille de la pêche au maillot de champion de France sur route, titre qu'il ne remporta jamais chez les pros, je crois.
 En octobre, AN-QUE-TIL refait la Une de mon journal préféré, il vient de remporter pour la huitième fois le Grand Prix des Nations.
 Ce qui donne l'occasion de ce dessin digne de "Détective"...
 Alors, s'il ne fait pas la Une du Livre d'or 1965, c'est Simpson qui a cet honneur, c'est bien Jacques Anquetil qui fut encore le numéro un du cyclisme. Ses victoires dans le Super prestige et le Prestige Pernod (Heureuse époque où une marque d'apéritifs anisés parrainait le championnat aux points du cyclisme mondial ?) en attestent. Mais plus que ces deux classements, ce furent la classe et le panache du champion qui lui donnent ce leadership.
Deux journalistes en témoignent dans ce numéro de fin d'année.
Jacques Augendre, tout d'abord qui évoque "Le test du Super-Anquetil, Bordeaux-Paris ou les Nations ?" en ces termes :
 
"LE  19  septembre  1965, Jacques An­quetil  couvrit  les 73  km 700 du Grand   Prix   des  Nations  en   1   h 34'24", à la moyenne époustouflante de 46 km 843. Rudi Altig se classa deuxiè­me à  3' 09" et Raymond Poulidor, qui réalisa ce jour-là une des meilleures per­formances   de  sa  carrière,  prit  la  troi­sième place à  4' 58".

Deux journalistes curieux se livrèrent alors à une expérience. A bord d'une 2 CV, ils effectuèrent la totalité du par­cours, en limitant la vitesse maximum à 65 km-heure. L'essai eut lieu après minuit. La route était dégagée et per­mettait une progression régulière. Au 50e kilomètre, la voiture accusait un re­tard sensible sur le tableau de marche de Jacques AnquetiL Le pilote dut pous­ser des pointes à 100 compteur, pour rétablir l'équilibre.

Dans l'absolu, le champion normand a probablement signé le plus grand exploit de l’année car jamais un coureur livré à lui-même n'avait roulé aussi vite sur une distance aussi longue. Anquetil, qui est le plus rapide des rouleurs indivi­duels, dépassa déjà à deux reprises le cap des 48 km de moyenne horaire, mais sur des parcours à la fois plus ré­duits et plus faciles. Le record (48 km 749) date du 8 mars 1959. Il fut établi, sur les 27 km de l'étape Saint-Mamert-Vergèze, au cours de Paris-Nice. En la cir­constance, Jacques Anquetil avait battu Roger Rivière d'une seconde !

La performance des Nations est beau­coup plus probante, et nous regrettons que cette épreuve, dite de vérité, ait été ramenée à une distance bâtarde, d'ail­leurs controversée.

Sur cent kilomètres, remarquait Raphaël Geminiani, le père Jacques aurait fait un malheur.

Il aurait pulvérisé, c'est certain, son propre record (43 km 591 dans les Na­tions 61) car si l'on en croit la manière dont il termina, sa moyenne horaire ne serait pas tombée de 3 km en l'espace de 17 kilomètres. Elle eût oscillée, selon nos estimations, autour.de 46-46,200.
Ce qui étonne toujours, chez Jacques Anquetil, c'est son aptitude à se sur­passer, à repousser les limites de la performance athlétique. Le spectacle de son coup de pédale harmonieux et lubri­fié traduit une impression d'extrême fa­cilité. Ce n'est plus le style d'un être humain, mais celui d'un robot pratique­ment indéréglable. Pourtant, quand on lui demande ce qu'if éprouve durant une épreuve contre la montre, il répond :
Je souffre.
Il souffre ainsi depuis douze ans, au­tant et même plus que les autres puis­qu'il a couru davantage. Mises bout à bout, ses courses contre la montre re­présentent un Tour de France complet, approximativement la distance de Paris à Moscou !
Cette somme prodigieuse d'efforts n'a pas amoindri son potentiel. Au contrai* re, Jacques Anquetil s'améliore avec l'âge et, d'année en année, il gagne en efficacité. En 1961, il semblait avoir atteint les sommets et la qualité de ses performances justifiait les superlatifs. Or, depuis, le Normand a augmenté sa vitesse de croisière de 2 à 3 km-heure.
Il devient donc impossible d'évaluer, même approximativement, ses possibili­tés. (...)"
 "...En revanche sa prodigieuse résistan­ce et son aptitude à tirer des braquets gigantesques le destinent aux épreuves exceptionnelles telles que Paris - Tours sans dérailleur ou Bordeaux-Paris. Notre champion, qui connaît ses possibilités et qui a pour habitude « d'annoncer la couleur », ne s'engagea pas à la légère lorsqu'il révéla son intention de rem­porter le derby de la route en sortant du Dauphiné. Le défi n'était insensé qu'en apparence. La réussite de Jacques Anquetil a suffoqué la France entière. La plupart des observateurs ont vu dans cette performance sans précédent l'ex­ploit le plus fantastique de l'histoire du cyclisme. Pourtant, un sondage d'opi­nion nous a permis de constater que les pratiquants et les anciens champions accordaient plus de prix aux « Nations » enlevées à 46,843 de moyenne qu'à Bor­deaux-Paris gagné après une nuit d'in­somnie, pour autant que les deux réa­lisations puissent être comparées. Pour ceux-là, le fait de rouler à 47 a l'heure est prodigieux et constitue une perfor­mance concrète, absolue, alors que le doublé Dauphiné-Bordeaux-Paris admira­ble en soi, participe plus ou moins de l'astuce et du procédé. On exige énormément de Jacques Anquetil, surtout lorsqu'il s'agit d'une compétition faite à sa mesure et qui est, dit-on « la plus facile à gagner pour un routier de va­leur ». Les gens du métier estiment qu'il était le mieux préparé et qu'il a expé­rimenté une méthode révolutionnaire, en disputant le Marathon, à chaud, sur la lancée d'une course par étapes."



 Robert Descamps, autre plume du Miroir, compare quant à lui la saison d'Anquetil à celle de Van Looy qui a remporté en 1965 plus de 50 victoires (Route et Piste cumulées) :
 
"Jacques Anquetil présente un score peut-être moins impressionnant avec 24 coups au but (auxquels s'ajoutent les succès sur piste), mais quels coups ! Ab­sent des grandes courses par étapes (Tours de France, d'Italie et d'Espagne), Anquetil n'en a pas moins conservé le numéro un cette année, grâce non seule­ment à une série impressionnante de succès très probants, mais aussi à deux véritables exploits bien dignes de lui va­loir une quatrième attribution du Tro­phée international Edmond Gentil si ce­lui-ci était de nouveau décerné. Il y eut d'abord le fameux doublé Critérium du Dauphiné - Bordeaux-Paris. Le Normand, face à un excellent Poulidor, enlève un « Dauphiné » pas moins exigeant que les précédents en donnant le meilleur de lui-même et en enlevant deux étapes courues en ligne et celle disputée contre la montre. Le 29 mai, en Avignon, sur le coup de 17 h, il est définitivement vainqueur. A 18 h 15, par la route, il gagne l'aérodrome de Nîmes. Une heure et demie plus tard, il arrive à Bordeaux-Mérignac, et à 2 h 30, dans la nuit fraîche et humide, il part pour la lon­gue randonnée de 557 km. 24 heures et 10 minutes après avoir terminé en vain­queur le Critérium du Dauphiné, il pé­nètre le premier sur la piste du Parc des Princes. Il a aussi gagné Bordeaux-Paris.

Le second exploit se situe en septembre. Ulcéré par les critiques émises après les championnats du monde, Anquetil dé­cide de revenir dans les Nations qu'il a déjà gagnées sept fois. Il boucle les 73 km 700 à la moyenne horaire de 46 km 843 et relègue Rudi Altig à 3' 09" et Raymond Poulidor à 4' 58". On aimerait le voir s'attaquer au record de l'heure de Roger Rivière. « Ne croyez-vous pas que ma saison a été suffisam­ment remplie ? demande Anquetil en guise de réponse. Et l'on se rappela alors que le Normand avait, dès mars, gagné Paris-Nice, poursuivi sa moisson au Critérium National, au Mont Faron, au Grand Prix de Forli, etc. Alors on voulut bien attendre 1966. (...)"

1 commentaire:

  1. Ô belle nuit de juin 1965! Je ne dormis guère à l'écoute que j'étais de mon transistor pour suivre l'exploit de "mon" champion entre Bordeaux et Paris. Pas si belle que cela car Anquetil faillit abandonner. Il faut écouter le témoignage de son directeur sportif Raphaël Geminiani qui restitue le bruit du derny dans le documentaire "Le mystère Anquetil" que l'on peut voir sur le net: "le derny faisait un tel boucan, je me suis dit pourvu qu'il tienne le coup, Jacques va prendre un piston par la gueule ..." Inoubliable!
    Bien cordialement.

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