1959

1959

dimanche 7 février 2016

Anquetil à la Une de Miroir du cyclisme ! (Sixième partie : 1964)

1964 : Sans doute "The" Tour de France, celui qui marqua les esprits. La France coupée en deux, pour oublier la Guerre d'Algérie, l'OAS et De Gaulle Imperator, elle s'invente une nouvelle fracture : "Poulidoristes" contre "Anquetilistes".
 Miroir du Cyclisme annonce le duel dans son traditionnel numéro de présentation du Tour mais nul ne sait encore vers quel paroxysme nous mèneront les deux champions.
Pellos nous montre une version toute chevaleresque de ce duel à venir.
Pourtant il a fallu ce numéro de juin 1964 pour que Maitre Jacques fasse à nouveau la Une du Miroir. Il avait bien figuré en quatrième de couverture du numéro spécial "Tout le cyclisme" en mars.
 
Jacques Anquetil prend la pose : le patron, c'est lui.
Pellos l'avait également installé, incognito, parmi la foule des prétendants aux courses par étapes précédant le Tour de France dans le numéro 44 du mois de mai, dans le style "Où est.. Maitre Jacques ?"

Pour sa cinquième victoire, Jacques Anquetil apparait à la Une du Miroir du Tour 64, appliqué, inquiet mais vainqueur et c'est là l'essentiel, non ? Face à lui, Poulidor semble décidé à prendre la place du champion. On sait qu'il n'en fut rien, si ce n'est la place que Poupou prit dans le coeur des foules : la gloire sans maillot jaune.
 
 Pellos, au début de ce numéro spécial, transforme le duel annoncé en combat de boxe, ou de catch, à cette époque sport à la mode. Les deux "coachs", Géminiani, le rusé, et Magne , l'honnête homme, se font face aussi, sous l'oeil de l'arbitre et grand Manitou du Tour Jacques Goddet. On peut reconnaitre dans la foule le peuple qui encourage les deux champions au bord des routes, qui ne manque pas une retransmission (en Eurovision !), de l'ORTF, et qui aussi, accessoirement est le témoin des frasques des Pieds Nickelés !

 Après les aventures du Ver solitaire de Jacques, narrées en alexandrin en 1963. Le Miroir du Tour 1964, parodie un dialogue du Cid (Sous la plume de Maurice Vidal ?).

C'est par 6 petits dessins que Pellos illustre ce début de tragédie antique, car c'est bien de cela qu'il s'agit : une tragédie pour Poulidor.
Et comme je suis vachement sympa aujourd'hui, voici le texte, en version "lisible" :


POULIDOR. A moi, Jacques, deux mots. J'ai lu incidemment  
              Dans la presse du Tour singulier roman !
               Que tu envisageais, de sang froid, ta déroute
               Et que tu y mettais un prix que je redoute...

ANQUETIL. Ma déroute, dis-tu ? C'est un malentendu...

POULIDOR. Ta déroute, mais oui, c'est bien ce que
j'ai lu !
                   Cela ne m'eut, j'avoue, alarmé qu'en surface  
                   Et m'eut même arraché un cri de joie fugace  
                  Si tu n'avais promis, répété à foison,  
                 Que si tu succombais, je serais le dindon. 
               Tu conçois aisément qu'un tel propos m'émeuve...



ANQUETIL. C'est tout simple pourtant. Et l'idée n'est pas neuve : 
                Si toi, ceux que ma gloire tient éveillés la nuit,  
              Vous me laissez en paix, vous n'aurez point d'ennuis. 
               Mais si vous me marquez, et sabotez ma course,  
              Un outsider, alors, empochera la bourse. 
             Je me saborderai, entraînant avec moi  
             Mes ennemis jurés. A commencer par toi !

POULIDOR. Tu envisages donc, de sang froid, la défaite, A condition d'avoir, en premier lieu, ma tête ! 
              Cela ne manque point d'originalité.  
              Mais tu  risques,  vois-tu,  d'avoir mal  calculé !

ANQUETIL. Vraiment ! Dis-moi en quoi, selon toi, j- me trompe ? 



 POULIDOR. Jacques, sais-tu ce qu'est un méchant coup de pompe?

ANQUETIL. Je le sois : en dix ans, j'ai appris ses effets

Mais quel rapport a-t-il avec moi, s'il te plaît ?

POULIDOR. Un rapport évident. Tu prétends quelle outrance !  
                Que tu peux me couler.  Et à ta convenance. 
                Je te le dis tout net : tu es en pleine erreur.  
               Il se peut que du Tour tu ne sois point vainqueur  
                Je ferai tout pour ça mais dans cette hypothèse, 
                Je serai ton bourreau brillant ne t'en déplaise.  Tu ne pourras jamais, malgré tous tes complots 
              M'empêcher de partir, loin devant, à l'assaut. 
               Je te matraquerai, fort, et sans défaillance, 
               Dans les cols, sur le plat, et prouvant ma vaillance, 
             Je viendrai t'ajuster au moment du chrono 
             Pour marquer mon triomphe...


ANQUETIL. ... Aurais-tu bu de trop ?

Car enfin, Poulidor, soit dit sans nulle offense,

J'ai peur que tu ne fasses, et lourdement, 
 Souviens-toi :  jusqu'ici, je t'ai toujours battu
 Au sprint ou dans les cols, bref, comme je l'ai voulu. Dans l'effort solitaire, tu n'as aucune chance :  
Tu as fait des progrès ? L'écart demeure immense. 
C'est pourquoi je me dis : « s'il me casse les pieds, Raymond et moi ensemble irons nous rhabiller »
 Je le ferai, sais-tu...
 POULIDOR. ... C'est ce que tu espères

           Mais tu resteras, seul, sur ta sombre galère.  
Moi, je serai en tête...

ANQUETIL. ... Alors, nous serons deux.

Tu pourras admirer le dessin de mes pneus !

POULIDOR. Je ne puis que sourire à cette confiance.

             Nous en reparlerons sur les routes de France.

           Le 14 juillet, on fera le bilan

           Manques-tu de mouchoirs ? Alors, prépares-en.
 ANQUETIL. Je n'y manquerai point. Mais munis-t-en toi-même.
                             Ajoute quelques draps. Pas des jaunes : des blêmes.

Jamais sans doute Poulidor ne fut si prêt de prendre le maillot jaune, de remporter le Tour. Anquetil l'en empêcha avec la plus vive ardeur, mais...
 En 1964, Anquetil ne fit plus la une du Miroir. Tout juste Pellos le dessina-t-il face à son cher rival avant les championnats du monde dans le numéro 48 du magazine.
 (La suite... bientôt.)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire