1959

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mercredi 2 mai 2018

Des bornes & des bosses

Mercredi 2 mai 2018
Il fait beau, alors je pars faire 145 bornes.
BORNE : un mot très utilisé par les cyclistes... ce mot, synonyme des kilomètres, nous permet de calculer les distances parcourues. Ceci, en référence bien sûr aux bornes qui jalonnent, qui étalonnent nos routes.
J'ai déjà présenté sur ce blog quantité de ces petits objets posés le long des routes.
De moins en moins utiles pour les cyclistes (et les automobilistes alors !) connectés à leur GPS, j'aime bien compter les bornes au cours de mes sorties. Heureusement, je ne risque pas de m'endormir comme si je comptais les moutons car ma vitesse me laisse le temps, entre deux bornes, de pédaler, bien sûr, d'admirer le paysage, de me désaltérer à mon bidon, de déguster un nougat ou une madeleine, de photographier un arbre, de maudire l'automobiliste arrivant en face et qui ne m'a pas vu, trop occupé.e par son téléphone portable, que sais-je encore...
Mais les bornes le long des routes ne sont pas que kilométriques.
La première borne qui m'intéresse est une borne royale. Installée sur la D68, entre Rebais et Saint Ouen sur Morin, je suis passé souvent près de cette borne sans y prêter attention. Aujourd'hui, lancé dans la descente, c'est le panneau explicatif planté tout à côté qui attire mon attention. Et je fais demi-tour pour voir de quoi il s'agit.
Je remarque tout de suite la fleur de lys sculptée dans l'ovale en haut de la borne. Ensuite, c'est le nombre 37 qui attire mon attention.
D'après le panneau planté à proximité, cette borne aurait été installé sous le règne de Louis XVI par le duc de Montmorency, seigneur de Saint Ouen. les explications complémentaires ont trait à la fleur de lys, symbole de la royauté française, comme chacun sait.
Quant au nombre 37 , mystère...
Alors, quelques recherches sur internet s'imposent. Il semblerait que des bornes semblables jalonnaient les routes royales depuis Louis XV (Cette route fut-elle une route royale ?). Appelées bornes milliaires, elles indiquaient, en millier de toises, la distance les séparant du "point zéro" se trouvant sur le parvis de la cathédrale Notre Dame de Paris.
1000 toises représentant 1949 mètres, je me trouverais donc à 72,113 kilomètres de Paris.
Le mystère serait-il éclairci ?
Je continue ma randonnée, traversant le Petit Morin pour remonter vers la Marne. Je dois donc grimper ma première bosse.
Car pour cette sortie, en plus des bornes, j'ai décidé de monter trois belles bosses de la région. Celle-ci qui va de Saint Ouen sur Morin à Bussières est un petit échauffement. Longue de 2,5 kilomètres environ, sa pente est douce et son revêtement excellent, une bonne mise en jambes en somme. En somme, c'est ma bosse N° 0. Elle compte pour du beurre.
Approchant de la vallée de la Marne, je sais que les choses sérieuses vont bientôt commencer. Je vais descendre vers la rivière pour la traverser et remonter sur l'autre rive par le village de Nanteuil sur Marne.
 Deux sens interdits dans le village ? Je dois prendre à gauche la rue qui monte dans le village.
Et tout de suite, c'est raide !
Je vais quand même dépasser une tondeuse qui gravis péniblement la pente.
J'arrive enfin dans le vignoble de Champagne bien que je sois toujours dans le département de Seine et Marne (Et oui ! On produit du Champagne en Ile de France...).
Je passe à proximité de la maison que j'apercevais avant de descendre dans la vallée de la Marne sur l'autre rive.
J'approche du sommet, je viens de parcourir 1 kilomètre et 5 hectomètres et la pente ne doit guère descendre sous les 10%. Une belle partie de manivelles !
Je pourrais revenir vers la Marne et "m'amuser" à gravir d'autres petites bosses qui sont comme les soeurs jumelles de celle-ci mais il me faut revenir à mes bornes ! Aussi, je prends la direction de la vallée du Clignon, petit affluent de l'Ourcq.
Enjambant l'autoroute A4, entre Bezu le Guéry et Marigny en Orxois, je remarque cette borne : 

Serais-je toujours à  72 bornes de Paris ?
Pourtant, sur la ligne  à Grande vitesse que je franchis quelques hectomètres plus loin, me voici au PK (Point kilométrique) 51,509 mais le "point zéro" ne doit pas se situer à Paris Notre Dame à la SNCF.
 Sur cette Route départementale que j'emprunte, les bornes sont encore en béton. On remarquera que celle-ci est curieusement orientée.
 Celle-ci a retrouvé une position plus conforme, malheureusement plus aucune information n'y figure : ni le numéro de la route, ni les distances aux villages environnants !
Un peu plus loin, la borne a été remplacé par ce petit panneau qui me renseigne que je suis bien sur la Route Départementale 11, à 12 kilomètres de l'origine de cette route. (Les deux bornes précédentes se trouvaient sur la RD 84.)
Me voici arrivé à Veuilly la Poterie où je compte bien découvrir un autre type de borne. 
Car les bornes ne servent pas seulement à étalonner des distances, elles peuvent aussi avoir un rôle commémoratif. Ainsi les bornes Vauthier qui furent installées par le Touring club de France entre 1921 & 1927 pour visualiser la ligne de front telle qu'elle se présentait le 18 juillet 1918 de la Mer du Nord à la frontière suisse sur près de 700 kilomètres, avant que la contre-offensive alliée ne repoussent les Allemands.
C'est le sculpteur Paul Moreau-Vauthier, ancien combattant de Verdun, qui en assura la réalisation.
Ces bornes furent financées par des fonds privés, celle de Veuilly la Poterie le fut par l'Amicale du 405ème d'infanterie.
119 bornes furent posées, il en reste 94 (les chiffres peuvent varier selon les sources). 


Le casque du Poilu domine l'oeuvre, sur les côtés divers équipements du soldat sont présentés : le bidon, des grenades, le masque à gaz.
Je reprends ma route en suivant le cours du Clignon à la recherche d'un endroit où pique-niquer.
C'est près de la fontaine de Torcy en Valois que je vais m'arrêter.
Près de l'église, il y a un panneau qui indique que cette église servit de modèle au tableau "La petite communiante" de Maurice Utrillo.
Pourtant de prime abord, elles n'ont qu'un lointain rapport ces deux églises.

Mais la Première guerre mondiale est passée par Torcy en Valois, faisant du village, en 1918, un champ de ruines.
Après la guerre, l'église fut reconstruite comme nous la connaissons aujourd'hui. Et jamais l'on ne se serait douté que l'église de Torcy en Valois fut peinte par Utrillo.
Pendant 25 ans, Jean Fabris, grand spécialiste de l'oeuvre d'Utrillo, enquêta pour localiser la fameuse église.
Il résolut l'énigme quand il découvrit cette carte postale : c'est bien l'église de Torcy en Valois qu'Utrillo a peint vers 1912. Même l'heure au clocher de l'église est identique. Il reste pourtant une question en suspens : Utrillo vint-il jamais dans ce village picard où bien se contenta-t-il de reproduire la carte postale ?
L'énigme du tableau d'Utrillo - Courrier picard 4 août 2017 
Mais il est temps pour moi de reprendre ma route.
C'est à Belleau, haut lieu de l'intervention américaine en 1918, que je fais mon arrêt suivant. J'ai déjà évoqué ici les combats meurtriers du Bois de Belleau.
Mais je ne crois pas y avoir présenté cette deuxième Borne Vauthier de mon périple. Sur celle-ci, plusieurs inscriptions sont lisibles : 
- le lieu indiqué dans un cartouche situé sous le casque ;
- l'inscription "Ici fut repoussé l'envahisseur - 1918"
- au dos de la borne "To the soldiers of our state" ;
- sur le devant, au pied de la borne "Touring club de France - don des Minute women de l'état de Washington"
- enfin, au dos de la borne, on trouve le nom du granitier qui la fabriqua dans un beau granit rose.
Sur les bords de la Marne, à Château Thierry, je trouve la troisième borne Vauthier de ma randonnée.
Cette borne de Château Thierry fut la première à être installée, elle fut inaugurée le 11 novembre 1921. La dernière le fut au Vieil Armand en 1927.
Je continue ma balade en suivant la rive droite de la Marne vers Dormans par la Route départementale 3 car mon prochain but est la bosse des Coqs. Les bornes et panneaux présentés plus haut dans ce message sont remplacés sur cette route par ces nouvelles bornes en plastique, c'est le modèle en vogue actuellement.

A Jaulgonne, je franchis la Marne pour suivre l'ancienne Route Nationale 3.
Je ne suis pas souvent passé sur cette rive et je découvre des vues superbes sur la vallée.

J'espérais trouver sur cette ancienne Nationale, rebaptisée D1003, de vieilles bornes au "chapeau" rouge, je suis hélas bien déçu. Tout un patrimoine routier a disparu...
Pourtant, à la limite de l'Aisne et de la Marne subsiste un vestige. Selon la nouvelle terminologie, je quitte la région des Hauts de France pour entrer dans celle du Grand Est ! Et surtout, de l'autre côté de la route, j'aperçois cette splendide borne :
Je roule sur la Route nationale N°3...
Celle qui conduit de Paris à Metz. Pourtant aucune 203 Peugeot, aucune Panhard, aucune Simca 1000 ne me double ni ne me croise...
Je vais bientôt quitter la vallée de la Marne pour rejoindre celle du Surmelin, pour cela, j'ai choisi de passer par le village des Coqs. Mais pas par cette route à droite, trop facile...
Je vais partir de Soilly. Dans le village, il faut prendre à droite et après une centaine de mètres, on arrive face à un mur. Heureusement, je connais et j'ai de petits,tout petits, braquets.
Ensuite, il y a le tournant, à droite : attention la route est en mauvais état, il faut bien choisir sa trajectoire.
Une fois, avec l'ami Pascal, on avait loupé le panneau, on était parti tout droit et c'est un... cul-de-sac !
La vue est belle quand on se retourne...
Au sommet, je peux reprendre mon souffle. Je viens de grimper pendant 1 kilomètre une côte dont la pente moyenne est supérieure à 10%.
Bien pavées cette côte des Coqs ainsi que celle de Nanteuil auraient leur place dans un Tour des Flandres ! Des MUURs...
Quelques hectomètres plus loin, je crois que j'ai la berlue : drôle de zèbre...
Je redescends ensuite vers le joli village de Saint Agnan pour aller vers Condé en Brie.
A la Celle sous Condé, je refais les niveaux de mes bidons. Il subsiste dans ce village une des dernières fontaines où l'écriteau "Eau non potable" n'est pas présent. Je crois que je le dis chaque fois que j'y passe.
Après Condé, je choisis d'aller gravir la troisième côte "flandrienne" de ma pérégrination : la bosse de Montigny lès Condé (il porte bien son nom ce village).
La montée commence lorsque je franchis le pont enjambant le ru de la Verdonnelle.
C'est parti pour 2 bornes d'ascension. C'est la plus longue mais la moins pentue des trois bosses du jour.
La traversée du village est rude.
Mais il faut continuer jusqu'au château d'eau avant de redescendre vers la vallée de la Dhuys.
Le village de Pargny est niché dans le jaune, le vert et le bleu de cette belle journée printanière.
Cette plaque de cocher a quand même une autre allure que les bornes en plastique qui ornent nos chemins départementaux...
Et surtout, elles dureront moins longtemps. Voyant cette borne perdu au milieu de la verdure, je comprends qu'en cette époque de "fauchage raisonné" des fossés, on a installé des bornes réhaussées !
On les voit de loin et elles ne seront pas cachées par les "mauvaises herbes". 
Passant près du petit chêne de Coucermont, dans la dernière bosse de cette sortie, je fais la course avec des vaches, un vrai peloton !

1 commentaire:

  1. Je savais que tu n'es pas borné, mais tu as quand même passé la journée à les dépasser, les bornes !!! Llevo pour cette étape culturelle !

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