1959

1959

jeudi 23 juin 2016

300 bornes... tout seul !

Je pourrais appeler cela un Brevet de Randonneur Perso : un BRP, quelque chose comme un BRM à faire tout seul. Tu choisis le jour, l'heure, le kilométrage, le parcours... A la limite, si tu as la flemme, tu restes au lit... Si tu as envie d'abréger, tu abrèges...
Mais moi, non, chose promise... Et je m'étais promis un 300 bornes pour préparer le "PBP du Massif central" qui m'attend fin juillet, et ça se rapproche, ça se rapproche !
Alors, après le BRP 200 que j'avais fait en mai ( Premier 200 de l'année ), j'ai repris ma longue route le samedi 11 juin, en direction de la Picardie (Je sais, ça n'existe plus, comme l'Union Soviétique ou la Yougoslavie ou la Haute Volta !).
Tiens la Picardie... et Yves Montand.


 "Ils" n'oseront quand même pas chanter les "Roses des Hauts de France" ? Mais pourquoi pas... "Ils" sont capables de tout... "Ils" osent tout... C'est à ça qu'on les reconnait d'ailleurs !
J'aurais pu nommer cette rando "Du bon usage de la LAON-teur" pour paraphraser le titre d'un livre de Pierre Sansot (1928-2005), "philosophe, sociologue et écrivain français" (Je paraphrase Wikipédia, maintenant).
La LAON-teur parce que j'ai décidé de passer à Laon, préfecture de l'Aisne, le 11 juin.
La lenteur parce que je ne roule, dé-fi-ni-ti-ve-ment, pas très vite sur mon vélo.
LAON, je n'y suis jamais allé. Je l'ai aperçu parfois au loin au cours de randonnées vers le Chemin des Dames. 
 LAON, perchée sur un promontoire dont on aperçoit de loin la cathédrale.
LAON que l'on ne prononce pas, surtout pas, j'imagine : LA-ON. On ne dit pas un PA-ON, un TA-ON, un FA-ON. Et pourtant... elle est bien bizarre notre langue. Pourquoi pas notre LAONGUE, d'ailleurs ?
Quant à la lenteur... Au cours d'un déménagement de livres, j'ai retrouvé ce livre de Sansot, "Du bon usage de la lenteur". En effet, au moment de la crue du Grand Morin, j'ai déplacé quelques livres car l'eau était dans la cave et nous, nous sommes plutôt du genre à protéger les livres avant la machine à laver ou le Frigidaire. 
J'avais feuilleté ce livre dont je ne me souvenais plus. Je me souvenais, de cet auteur, du livre "Les gens de peu", livre mémorable, que l'on garde en mémoire.
La lenteur, donc, dans notre monde moderne, d'aujourd'hui, ce n'est pas une qualité. D'ailleurs, ce serait tellement plus rapide et confortable d'aller à LAON en voiture, surtout par un jour de pluie ! D'abord, je n'avais pas de voiture ce week-end, alors ?
Mais non et non, c'est en vélo que j'irai à LAON.
D'autant plus que les titres de certains chapitres du livre de Sansot me parlent : "Flâner" ; "Ecouter" ; "Rêver" ; "Attendre" ; "Ecrire".
 "...la lenteur ne signifie pas l'incapacité d'adopter une cadence plus rapide. Elle se reconnait à la volonté de ne pas brusquer le temps, de ne pas se laisser bousculer par lui..."
Levé à 4 heures du matin, le cycliste, même paresseux comme moi, peut être très matinal. J'ai commencé par avaler un copieux petit déjeuner qui devrait me permettre de tenir le coup, sans fringale, jusqu'au milieu de la matinée. Les cartes sont prêtes, les sacoches sont pleines et le vélo est équipé en mode "Paris-Brest-Paris".
 J'ai remis en service l'éclairage avec la roue à moyeu dynamo et le phare qui va avec. Ce n'est pas très utile aujourd'hui, mais ça fonctionne et c'est bien là l'essentiel. Seul petit souci après seulement 2 kilomètres, il PLEUT. Oh, pas beaucoup, mais suffisamment pour que j'enfile un vêtement de pluie, par précaution, pour l cas où... Et justement, après une vingtaine de kilomètres, ça tombe dru ! Mais d'où vient toute cette eau qui tombe du ciel ?
 Je vais passer deux bonnes heures à pédaler sous, dans la flotte ! Il me viendra même à l'esprit d'abréger ce BRP, de mettre la flèche mais, non, la pluie cesse, le ciel reste triste et sale, alors je continue, après avoir franchi la rivière Marne, je roule vers la rivière Aisne.
 Je suis au pays de La Fontaine, alors par ce petit matin triste, je profite des fontaines. De l'eau, de l'eau, encore de l'eau. Fontaines qui laissent couler une eau non potable, bien sûr.
Fontaines qui ne laissent plus couler d'eau depuis longtemps. Y'en a qui y mettent de la mauvaise volonté, franchement.
Fontaine construite à la mémoire de Quentin Roosevelt dans le village de Chamery, jeune aviateur américain abattu au-dessus de cette petite localité le 14 juillet 1918. Fils du président Théodore Roosevelt, il avait tout juste 20 ans.
J'aperçois également des châteaux dans cette jolie campagne où les voitures sont très rares, le bonheur.
La route est belle, le vent ne souffle que légèrement et je prends le temps d'admirer les paysages qui m'entourent. 
 Doucement mais sûrement, je m'approche de Fismes, faisant ici une petite incursion dans la Marne.
 Ainsi que l'indique d'ailleurs cette vieille pancarte.
Après Fismes, j'emprunte, mais à rebours, le parcours du BRM 300 de Noisiel organisé par l'Audax Club Parisien. Suivant la D987, cela me permet de descendre la bosse de Longueval Barbonval qui surprend toujours plus d'un participant à ce BRM, surtout lorsqu'on l'attaque de nuit. J'en garde un souvenir douloureux dans les mollets !
Je prends ensuite  la direction du Chemin des Dames que je croise : aujourd'hui, ce n'est pas ici que j'ai rendez-vous avec les Poilus de 14-18.
 Quelques kilomètres plus loin, je vais faire ma première pause  qui sera l'occasion de manger un morceau et de visiter la jolie église art déco de Monthenault.
En effet, cette région fut martyrisée en 1917, en particulier, par l'artillerie française qui pilonnait les troupes allemandes qui se trouvaient au nord du Chemin des Dames.
Dans ce petit coin de Picardie, peu de bâtiments restèrent debout ! 
 En 1932, l'église du village fut reconstruite selon les plans de l'architecte Paul Muller (qui réalisa aussi l'église de Martigny Courpierre dont j'ai déjà parlé sur ce blog et qui se trouve à peu de distance.).

J'ai retrouvé cette carte postale représentant l'ancienne église de Monthenault.
Je trouve que le nouveau bâtiment supporte largement la comparaison.
Comme à Martigny Courpierre, les vitraux distribuent dans l'édifice une lumière magnifique. Les couleurs du sol et des fresques murales donnent une atmosphère de joie et de paix à cette église.
Mais il me fallait repartir. La pluie a cessé, je peux donc retirer mon vêtement de pluie. Cela va durer quelques centaines de mètres seulement car bien vite un petit crachin, typiquement breton, se met à tomber.
Au loin, Laon apparait...
J'y suis et ça pleut, ça mouille, doucement mais sûrement.
Après une montée de quelques hectomètres par une belle route à lacets, me voici aux portes de la cité médiévale.
Les pavés luisent, les pavés glissent et comme c'est un sens interdit, je cherche une autre issue.
J'arrive enfin en vue de la cathédrale, sous la pluie qui tombe de plus en plus fort. L'avantage, c'est qu'il y a peu de touristes ni même de riverains.

J'ai l'impression d'être seul à Laon ce samedi matin de juin.
Je tourne un peu dans la ville, comme une âme en peine. Le tourisme ne me tente pas trop. Je sais que je dois quitter ce promontoire par cette direction, là-bas. J'y arrive finalement assez rapidement pour regagner la campagne environnante.
Je pars maintenant vers le département de l'Oise par de petites routes tranquilles.
Cheminant au milieu des champs de betteraves dans de tristes paysages qui font tant pour la mauvaise réputation de ces terres qui peuvent paraitre inhospitalières, et qui le sont de fait par ce temps humide, ce ciel bas, ces routes boueuses...
 Peu après midi, je rejoins à nouveau le parcours du BRM 300 que j'ai déjà évoqué avant de venir sur celui du BRM 200 organisé par mes amis du club de Château Thierry auquel j'avais participé en 2015 dans des conditions météo encore plus lamentables ! Me voici en terre de connaissance.
A Vic sur Aisne, si je n'ai pas de carte de route à faire pointer chez la boulangère ou au bistrot du coin, je m'arrête quand même pour faire un vrai repas. Repas que j'ai préparé le matin même. Je déguste une succulente salade de pâtes au jambon accompagnée de chips, c'est obligatoire car c'est dans ce village que fut créée la marque VICO (Vic Coopérative) en 1955. Je continue avec un Babybel, un gâteau de riz et un banane. Normalement la fringale n'est pas pour aujourd'hui.
 C'est repu que je reprends la route. Mon oeil, acéré comme d'habitude, ne ratant pas cette enseigne. Avec un nom pareil, il ne pouvait faire que plombier, celui-là. A ce petit jeu, j'aurais dû finir charcutier : on peut échapper à son destin, finalement !
Je continue à rouler dans la vallée de l'Aisne où beaucoup de maisons sont cossues.
Maisons traditionnelles dont les pignons sont appelés "à pas de moineaux".
J'approche doucement mais sûrement du deuxième but de ma sortie : la carrière de l'Armistice à Rethondes.
Hélas, un pont en reconstruction m'empêche d'accéder à l'endroit où fut signé l'armistice de 14-18. Il me faudrait faire un long détour pour y parvenir aussi dois-je y renoncer, ce sera pour une autre fois.
Il me faut maintenant contourner Compiègne pour prendre le chemin du retour, en évitant si possible les grandes routes.
J'y parviens en empruntant tout d'abord cette espèce de "FAON-zone" puis une belle piste cyclable qui traverse la forêt de Compiègne en direction de Pierrefonds.
Cette piste est belle même s'il faut souvent baisser la tête, non pas pour avoir l'air d'un coureur, mais pour éviter les branches !
Puis je quitte cette piste pour faire un petit détour par le charmant village de Vieux-Moulin.
Je ne m'attarde pas à Pierrefonds, nous y avons prévu un petit séjour cycliste dans quelques semaines.
La route est encore longue.
Et c'est  la nuit tombant que je vais revenir en Brie. 

Mon compteur affiche plus de 300 kilomètres : Mission accomplie.
A bientôt pour un BRP 400 !

1 commentaire:

  1. Merci pour cette belle promenade, que j'ai partagée avec un "Laonnois" expatrié en Limousin!!!

    RépondreSupprimer