Lors d'une de mes sorties estivales, j'ai fait demi-tour pour photographier ce panneau. Déjà, j'ai eu envie de dire merci...
En entrant dans le village de la Chapelle sur Chézy, voyant la bande cyclable aménagée des deux côtés de la route, j'ai dit bravo !
Et là, arrivant au niveau de la chicane qui doit faire ralentir les voitures, j'ai crié : Hourra !
Cela paraissait tellement simple et pourtant...D'habitude les cyclistes subissent le même sort que les automobilistes, passer à gauche de la chicane et laisser la priorité, si nécessaire, au véhicule arrivant en face. Ce n'est pas tant le fait de ralentir qui me gênait que le danger que représente ce genre d'aménagement quand on croise un camion, un bus, un tracteur ou un automobiliste pressé ! Souvent j'ai pesté contre ces "aménageurs", ces "responsables", ces "techniciens" pour leur manque de... "RESPECT" (?) envers les cyclistes. C'était simple pourtant : laisser un passage pour NOUS, entre la chicane et le trottoir, bon sang ! Dans ce petit village de La Chapelle sur Chézy, quelqu'un y a pensé : MERCI !
Pour finir cet hommage à ce petit village de l'Aisne, j'ai retrouvé cette reproduction d'un tableau d'Etienne Bellan, le vieil instituteur qui enseigna dans les parages au milieu du XXème siècle.
Depuis une vingtaine d'années, il m'est arrivé de fêter les grandes vacances par une belle randonnée à vélo, la plupart du temps avec l'ami Pascal. Souvent cette balade nous faisait dépasser les 300 kilomètres : quand on aime, on ne compte pas !
Pascal ayant peu utilisé son vélo en 2016, moins de 200 kilomètres depuis janvier, nous avons choisi d'être un peu plus modestes cette année.
C'est ainsi que le dimanche 3 juillet nous sommes partis vers le lac d'Orient de bon matin.
Après avoir roulé sur des routes connues aux alentours de Sézanne, nous voici sur la plaine de Champagne, sans vent ! C'est exceptionnel... Les grands moulins qui produisent de l'électricité ne tournent pas. Le vent ne nous gêne pas mais il ne pousse pas non plus.
Malgré la pluie qui est tombée en abondance ces dernières semaines, certains arrosent leurs pommes de terre... Vive les patates à l'eau ?
Avant de rejoindre la vallée de l'Aube, nous passons devant une ancienne boite de nuit quelque peu... militariste ?
Cela devait s'appeler l'EXO 7 si j'en crois le volatile qui survole Pascal.
Je parie que la piste de danse était à l'intérieur du bateau.
Dans ces parages, hélas, beaucoup de lieux semblent à l'abandon, même les plus sacrés...
...et même les vieilles Limousines...
Passant près de ce ruisseau, nous nous demandons toujours qui a bien pu avoir l'idée de le nommer ainsi, il y a même un village s'appelant Lhuitre dans les parages !
C'est peut-être l'oeuvre du vieux pirate qui veillait sur le vieux night-club, et qui veille aujourd'hui sur ces moulins à vent qui ne tourne pas ce matin.
Puis nous franchissons la rivière Aube.
Un chevreuil semble intrigué par notre présence. Sûr que s'il avait eu un appareil photo ou un smart-phone, il nous aurait tiré le portrait !
Il ne s'enfuit que lorsqu'il entendit le "clic-clac" de nos pédales automatiques.
Les villages sont plus coquets et les premières églises à pans de bois font leur apparition.
C'est près de celle de Mathaud que nous faisons notre première pause car Pascal commence à souffrir des pieds. Le cimetière, comme d'habitude nous permet de refaire le niveau des bidons.
Enfin, 100 kilomètres, 100 bornes, 100 pitons ! Après l'effort, le réconfort. Une bière du pêcheur pour mon camarade, c'est une attention qui le touche.
Nous voici au bord du lac d'Amance, à Port Dienville, et c'est ici que nous allons manger. Il nous faut reprendre des forces afin de parcourir les 120km qui nous restent.
Après un copieux repas -pas très recommandée pour les cyclistes, l'assiette de frites ?- nous roulons sur la Vélovoie des lacs de la forêt d'Orient pendant une vingtaine de kilomètres.
Le paysage nous est connu et nous rappelle le lac du Der.
Il y a peu de monde, la voie est plate, les autos ne nous gênent pas, que demander de plus ?
La partie du parcours en forêt nous rappelle les récentes inondations, l'eau stagnant encore au milieu des arbres.
Après Géraudot, nous quittons ce paysage bucolique pour la triste plaine de Champagne. Le vent s'est levé et il est de face sur de longs bouts droits. La moisson a commencé et c'est le ballet des moissonneuses-batteuses et des tracteurs qui est la seule distraction(Tu parles !) qui vient égayer notre lente progression : Pédale, camarade ! Pour la deuxième fois, ce n'est pas le pied pour Pascal. La plante de ses pieds le faisant horriblement souffrir. Après un arrêt de quelques minutes, le vieux guerrier reprend la route.
La récompense est là-bas au fond de la vallée de la Seine : la voie verte du Canal de la Haute Seine nous accueille.
Nous allons parcourir 25 kilomètres au long de ce superbe chemin dont j'ai déjà parlé sur ce blog. Quand les impôts servent à ce genre de choses, je dis bravo !
Nous y croisons de nombreux pêcheurs et sûr que mon compagnon de route y aurait fait une petite halte s'il avait eu sa canne à pêche !
Cette balade au bord de l'eau nous redonne du tonus.
Lorsque nous quittons la voie verte, qui s'arrête à la limite de l'Aube et de la Marne (Et ho ! les élus de la Marne qu'est-ce que vous attendez pour prolonger cette voie dans votre département ?), nous savons que nous touchons au but.
Le ciel se couvre, mais il ne pleuvra pas. En ce soir de match entre la France et l'Islande, seul un petit hérisson (Les hérissons n'aimeraient-ils pas le foot ?) nous encourage dans la dure montée de Barbonne Fayel vers la forêt de la Traconne, dernière difficulté du jour. Après un dernier arrêt à une dizaine de kilomètres de l'arrivée pour que l'ami Pascal soulage à nouveau ses douleurs pédestres, nous rentrons tranquillement, dans un état de fraicheur étonnant en ce qui concerne mon compagnon de route : Il vient de parcourir 221 kilomètres soit une distance supérieure à ce qu'il avait parcouru depuis le début de l'année 2016 !
Allez, nous remettrons ça l'an prochain... ou avant, j'espère.
Je pourrais appeler cela un Brevet de Randonneur Perso : un BRP, quelque chose comme un BRM à faire tout seul. Tu choisis le jour, l'heure, le kilométrage, le parcours... A la limite, si tu as la flemme, tu restes au lit... Si tu as envie d'abréger, tu abrèges...
Mais moi, non, chose promise... Et je m'étais promis un 300 bornes pour préparer le "PBP du Massif central" qui m'attend fin juillet, et ça se rapproche, ça se rapproche !
Alors, après le BRP 200 que j'avais fait en mai ( Premier 200 de l'année ), j'ai repris ma longue route le samedi 11 juin, en direction de la Picardie (Je sais, ça n'existe plus, comme l'Union Soviétique ou la Yougoslavie ou la Haute Volta !). Tiens la Picardie... et Yves Montand.
"Ils" n'oseront quand même pas chanter les "Roses des Hauts de France" ? Mais pourquoi pas... "Ils" sont capables de tout... "Ils" osent tout... C'est à ça qu'on les reconnait d'ailleurs !
J'aurais pu nommer cette rando "Du bon usage de la LAON-teur" pour paraphraser le titre d'un livre de Pierre Sansot (1928-2005), "philosophe, sociologue et écrivain français" (Je paraphrase Wikipédia, maintenant).
La LAON-teur parce que j'ai décidé de passer à Laon, préfecture de l'Aisne, le 11 juin.
La lenteur parce que je ne roule, dé-fi-ni-ti-ve-ment, pas très vite sur mon vélo.
LAON, je n'y suis jamais allé. Je l'ai aperçu parfois au loin au cours de randonnées vers le Chemin des Dames.
LAON, perchée sur un promontoire dont on aperçoit de loin la cathédrale.
LAON que l'on ne prononce pas, surtout pas, j'imagine : LA-ON. On ne dit pas un PA-ON, un TA-ON, un FA-ON. Et pourtant... elle est bien bizarre notre langue. Pourquoi pas notre LAONGUE, d'ailleurs ?
Quant à la lenteur... Au cours d'un déménagement de livres, j'ai retrouvé ce livre de Sansot, "Du bon usage de la lenteur". En effet, au moment de la crue du Grand Morin, j'ai déplacé quelques livres car l'eau était dans la cave et nous, nous sommes plutôt du genre à protéger les livres avant la machine à laver ou le Frigidaire.
J'avais feuilleté ce livre dont je ne me souvenais plus. Je me souvenais, de cet auteur, du livre "Les gens de peu", livre mémorable, que l'on garde en mémoire.
La lenteur, donc, dans notre monde moderne, d'aujourd'hui, ce n'est pas une qualité. D'ailleurs, ce serait tellement plus rapide et confortable d'aller à LAON en voiture, surtout par un jour de pluie ! D'abord, je n'avais pas de voiture ce week-end, alors ?
Mais non et non, c'est en vélo que j'irai à LAON.
D'autant plus que les titres de certains chapitres du livre de Sansot me parlent : "Flâner" ; "Ecouter" ; "Rêver" ; "Attendre" ; "Ecrire".
"...la
lenteur ne signifie pas l'incapacité d'adopter une cadence plus rapide.
Elle se reconnait à la volonté de ne pas brusquer le temps, de ne pas se
laisser bousculer par lui..."
Levé à 4 heures du matin, le cycliste, même paresseux comme moi, peut être très matinal. J'ai commencé par avaler un copieux petit déjeuner qui devrait me permettre de tenir le coup, sans fringale, jusqu'au milieu de la matinée. Les cartes sont prêtes, les sacoches sont pleines et le vélo est équipé en mode "Paris-Brest-Paris".
J'ai remis en service l'éclairage avec la roue à moyeu dynamo et le phare qui va avec. Ce n'est pas très utile aujourd'hui, mais ça fonctionne et c'est bien là l'essentiel. Seul petit souci après seulement 2 kilomètres, il PLEUT. Oh, pas beaucoup, mais suffisamment pour que j'enfile un vêtement de pluie, par précaution, pour le cas où... Et justement, après une vingtaine de kilomètres, ça tombe dru ! Mais d'où vient toute cette eau qui tombe du ciel ?
Je vais passer deux bonnes heures à pédaler sous, dans la flotte ! Il me viendra même à l'esprit d'abréger ce BRP, de mettre la flèche mais, non, la pluie cesse, le ciel reste triste et sale, alors je continue, après avoir franchi la rivière Marne, je roule vers la rivière Aisne.
Je suis au pays de La Fontaine, alors par ce petit matin triste, je profite des fontaines. De l'eau, de l'eau, encore de l'eau. Fontaines qui laissent couler une eau non potable, bien sûr.
Fontaines qui ne laissent plus couler d'eau depuis longtemps. Y'en a qui y mettent de la mauvaise volonté, franchement.
Fontaine construite à la mémoire de Quentin Roosevelt dans le village de Chamery, jeune aviateur américain abattu au-dessus de cette petite localité le 14 juillet 1918. Fils du président Théodore Roosevelt, il avait tout juste 20 ans.
J'aperçois également des châteaux dans cette jolie campagne où les voitures sont très rares, le bonheur.
La route est belle, le vent ne souffle que légèrement et je prends le temps d'admirer les paysages qui m'entourent.
Doucement mais sûrement, je m'approche de Fismes, faisant ici une petite incursion dans la Marne.
Ainsi que l'indique d'ailleurs cette vieille pancarte. Après Fismes, j'emprunte, mais à rebours, le parcours du BRM 300 de Noisiel organisé par l'Audax Club Parisien. Suivant la D987, cela me permet de descendre la bosse de Longueval Barbonval qui surprend toujours plus d'un participant à ce BRM, surtout lorsqu'on l'attaque de nuit. J'en garde un souvenir douloureux dans les mollets !
Je prends ensuite la direction du Chemin des Dames que je croise : aujourd'hui, ce n'est pas ici que j'ai rendez-vous avec les Poilus de 14-18.
Quelques kilomètres plus loin, je vais faire ma première pause qui sera l'occasion de manger un morceau et de visiter la jolie église art déco de Monthenault. En effet, cette région fut martyrisée en 1917, en particulier, par l'artillerie française qui pilonnait les troupes allemandes qui se trouvaient au nord du Chemin des Dames. Dans ce petit coin de Picardie, peu de bâtiments restèrent debout !
En 1932, l'église du village fut reconstruite selon les plans de l'architecte Paul Muller (qui réalisa aussi l'église de Martigny Courpierre dont j'ai déjà parlé sur ce blog et qui se trouve à peu de distance.).
J'ai retrouvé cette carte postale représentant l'ancienne église de Monthenault.
Je trouve que le nouveau bâtiment supporte largement la comparaison.
Comme à Martigny Courpierre, les vitraux distribuent dans l'édifice une lumière magnifique. Les couleurs du sol et des fresques murales donnent une atmosphère de joie et de paix à cette église. Mais il me fallait repartir. La pluie a cessé, je peux donc retirer mon vêtement de pluie. Cela va durer quelques centaines de mètres seulement car bien vite un petit crachin, typiquement breton, se met à tomber.
Au loin, Laon apparait...
J'y suis et ça pleut, ça mouille, doucement mais sûrement.
Après une montée de quelques hectomètres par une belle route à lacets, me voici aux portes de la cité médiévale.
Les pavés luisent, les pavés glissent et comme c'est un sens interdit, je cherche une autre issue.
J'arrive enfin en vue de la cathédrale, sous la pluie qui tombe de plus en plus fort. L'avantage, c'est qu'il y a peu de touristes ni même de riverains.
J'ai l'impression d'être seul à Laon ce samedi matin de juin.
Je tourne un peu dans la ville, comme une âme en peine. Le tourisme ne me tente pas trop. Je sais que je dois quitter ce promontoire par cette direction, là-bas. J'y arrive finalement assez rapidement pour regagner la campagne environnante.
Je pars maintenant vers le département de l'Oise par de petites routes tranquilles.
Cheminant au milieu des champs de betteraves dans de tristes paysages qui font tant pour la mauvaise réputation de ces terres qui peuvent paraitre inhospitalières, et qui le sont de fait par ce temps humide, ce ciel bas, ces routes boueuses...
Peu après midi, je rejoins à nouveau le parcours du BRM 300 que j'ai déjà évoqué avant de venir sur celui du BRM 200 organisé par mes amis du club de Château Thierry auquel j'avais participé en 2015 dans des conditions météo encore plus lamentables ! Me voici en terre de connaissance.
A Vic sur Aisne, si je n'ai pas de carte de route à faire pointer chez la boulangère ou au bistrot du coin, je m'arrête quand même pour faire un vrai repas. Repas que j'ai préparé le matin même. Je déguste une succulente salade de pâtes au jambon accompagnée de chips, c'est obligatoire car c'est dans ce village que fut créée la marque VICO (Vic Coopérative) en 1955. Je continue avec un Babybel, un gâteau de riz et un banane. Normalement la fringale n'est pas pour aujourd'hui.
C'est repu que je reprends la route. Mon oeil, acéré comme d'habitude, ne ratant pas cette enseigne. Avec un nom pareil, il ne pouvait faire que plombier, celui-là. A ce petit jeu, j'aurais dû finir charcutier : on peut échapper à son destin, finalement !
Je continue à rouler dans la vallée de l'Aisne où beaucoup de maisons sont cossues.
Maisons traditionnelles dont les pignons sont appelés "à pas de moineaux".
J'approche doucement mais sûrement du deuxième but de ma sortie : la carrière de l'Armistice à Rethondes.
Hélas, un pont en reconstruction m'empêche d'accéder à l'endroit où fut signé l'armistice de 14-18. Il me faudrait faire un long détour pour y parvenir aussi dois-je y renoncer, ce sera pour une autre fois. Il me faut maintenant contourner Compiègne pour prendre le chemin du retour, en évitant si possible les grandes routes.
J'y parviens en empruntant tout d'abord cette espèce de "FAON-zone" puis une belle piste cyclable qui traverse la forêt de Compiègne en direction de Pierrefonds.
Cette piste est belle même s'il faut souvent baisser la tête, non pas pour avoir l'air d'un coureur, mais pour éviter les branches !
Puis je quitte cette piste pour faire un petit détour par le charmant village de Vieux-Moulin.
Je ne m'attarde pas à Pierrefonds, nous y avons prévu un petit séjour cycliste dans quelques semaines.
La route est encore longue.
Et c'est la nuit tombant que je vais revenir en Brie.
Mon compteur affiche plus de 300 kilomètres : Mission accomplie. A bientôt pour un BRP 400 !
2009, pour fêter mes 50 ans, j'avais refait le Tour de France 1959 ! Je continue à traîner mes roues (et mon appareil photo...) sur les routes de Brie, de Champagne et d'ailleurs...