samedi 2 mars 2013

Les Tours de Monsieur PELLOS : 1932, le premier... (2)


 Dans le n° 305 de match, paru le 12 juillet 1932, Pellos publie  son premier dessin de la course : peloton groupé au départ de Paris suivi par quelques "resquilleurs" qui aimeraient bien se joindre aux "Tour de France".
Dans le numéro 306 du 19 juillet, il illustre un article de Jean Antoine, qui fut sans doute le premier des radioreporters sportifs du Tour de France !
Le ton est... littéraire : un hommage au beau pays de France. Digne de "Ma France" de Jean Ferrat ou du "Douce France" de Trénet.
Pellos apporte au texte une note légère et humoristique, un parti pris qu'il gardera tout au long de ses pérégrinations estivales autour de la France !
Des  paysages  du Tour
(Texte et dessins de nos envoyés spéciaux)
Perpignan. — Charles Pélissier, dans un article, a affirmé que les coureurs regardaient uniquement la route. Il a dit toute sa surprise de découvrir, cette année, nos belles provinces françaises. Est-ce tout à fait exact ? J'ai sou­venir d'un Hector Martin, certes vaincu, gra­vissant le Puymaurens les mains en haut du guidon et m'interpellant pour me faire admirer la sauvagerie des escarpements de l'Andorre. N'est-ce pas aussi Benoît Faure qui lors d'un Tour précédent, malgré un quarante à l'heure soutenu, montrait à Guerra la statue de Napo­léon, près de Laffrey et lui retraçait la marche sur cette route du retour de l'Empereur ? Cer­tes, n'exagérons rien, mais toutefois on peut reconnaître que les paysages du Tour ne sont pas aussi délaissés qu'on veut bien le dire. Dès que nous avons quitté Paris, nous sommes sé­duits par un spectacle permanent. Du Vésinet à Caen, la transition de l'Ile-de-France à la Normandie s'effectue sans heurt, avec une lo­gique et un équilibre parfaits. Les haies se font plus fournies au bout de cent kilomètres, les prés sont plus verts, et, devant chaque mai­son, des roses nous jettent aux narines, quand nous passons, une bouffée de parfum délicat. La route est de notre avis. Elle hésite et songe à s'attarder aux meilleurs coins. Partout des virages, des méandres onctueux et bitumés, courbes relevées sur lesquelles nos voitures se penchent comme les pommiers charnus aux branches desquels nous cherchons des yeux tant de fruits en espérance. Des troupeaux paissent tranquilles. Les flèches de la cathé­drale de Caen jaillissent dans un ciel déjà dé­blayé par le vent de mer. Sur les lèvres du citadin, un goût salé évoque la Manche proche et les plages fleuries où les Parisiens essaient —  faisant contre mauvaise fortune bon cœur —  de prendre des vacances ensoleillées.
Mais elle est déjà loin, la Normandie. Voici le chemin creux breton d'où sort un troupeau mené avec insouciance par un petit gars blond aux yeux bleus.
Les roses de Normandie ont fait place aux géraniums qui régnent ici. Les maisons sont de granit. Les toits d'ardoise luisent sous la pluie du matin. Les cheminées en pignon fument lourdement, évocatrices du café au lait et des grandes tartines de beurre salé qui sont la grande récompense des gosses qui vont à l'école ou en reviennent. La route, maintenant, peine avec les coureurs. Elle gravit sans ménagements chaque colline. Mais la Bretagne, bonne fille, leur offre, au sommet de chaque côte, un pay­sage nouveau, vaste, reposant, tout parsemé des flèches de pierre des clochers ajourés.
 Et la grande ville nous reprend. Voici Nan­tes, sa vie de port fluvial, ses quais et ses ad­mirables maisons du XVIIIe siècle. Ce n'est qu'une halte. Les pylônes du pont transbordeur nous reposent un peu de la verdure.
Excusez-nous d'aller si vite, mais on nous attend partout ; il faut nous hâter. De la Ven­dée, nous ne verrons pas grand' chose. Et com­me nous voudrions cependant nous arrêter dans chacune de ces maisons basses, aux murs cré­pis, aux toits de tuiles... déjà prometteurs du Midi si proche ! Une vigne familière festonne au-dessus de l'entrée. En la sulfatant, on a jeté sur la façade des tons verts qui chantent au soleil et s'allient aux buissons de roses pompons qui brillent de mille teintes, pourpre, rosé, blanc, jaune. Cent à l'heure. Il ne faut pas rou­ler longtemps à cette allure pour franchir la frontière du Bocage vendéen et tomber dans le Marais poitevin. Un ciel de Boudin, des va­ches de Troyoh. Ce ne sont que canaux et prairies grasses. Lorsqu'on traverse cette contrée si attirante par une route ombragée de frênes, on a, pour la première fois, l'impression d'être au-dessous du niveau de la mer. Saviez-vous que nous avions en France la Campine belge ? C'est dans le port de La Rochelle, où somnolent deux vieilles tours qui ont l'air de douaniers en retraite, que les voiles tannées des bateaux de pêche accrochent un soleil qui n'est déjà plus celui du Nord.
 Franchissons une ville romaine. Saintes, dont les toits plats en tuiles d'un rosé déteint évo­quent, pour le voyageur qui a quelque imagi­nation, les terrasses de l'Orient Et la vigne nous accueille. A l'infini, les ceps célèbres, ali­gnés sagement, sont parfois entourés de grilles lorsqu'il s'agit du vin futur qui s'en ira dormir dans les caves des milliardaires. « Le vin dissipe la tristesse », affirme un baryton dans un opéra dont on emprunta le sujet à Shakes­peare ; la vigne illumine le paysage. 
Chaque propriétaire viticulteur a sa petite maison en­tourée du plus joli jardin du monde. Aux bords de la Gironde, sur chaque coteau, on voit des gens heureux de vivre. Sur l'autre rive du fleuve, des fumées qui annoncent la ville, de lourds nuages qui font perpétuellement le cirque, vont à la mer et puis reviennent, sans jamais pouvoir se libérer de cette course inutile qu'on leur impose : c'est Bordeaux.
Ceux qui vous ont dit que les Landes étaient un pays plat n'y connaissent rien. C'est une des plus belles régions de France. La route, ici toute droite, a été tracée par des hommes dé­cidés, ceux-là même qui, en cent ans, ont fait ce pays. On vit ici dans le silence ; le pied foule un perpétuel tapis d'aiguilles de pins.
Dans chaque clairière, un homme sage a bâti sa maison. Il y vit calme, respirant l'air embaumé de senteurs balsamiques, connaisseur en bonne cuisine, paisible, puisque toute la na­ture travaille pour lui.
 J'admets que les coureurs ne puissent con­templer les admirables panoramas que nous of­frent les Pyrénées. Et l'on ne sait trop si l'on doit préférer les vertes et grasses vallées où bouillonnent des torrents peuplés de truites aux larges visions sauvages des sommets. L'Aubisque ou le Tourmalet, c'est l'immensité : cimes voilées de nuées, ou, lorsqu'elles apparaissent, encore chargées de neige. Le vent pur souffle ici, sans ménagement. Pour tout accessoire, un écriteau toujours planté de travers et qui in­dique l'altitude. Et nous sommes pris entre deux spectacles : celui que nous offre Henri Desgrange et celui de la nature. Et les petits villages de montagne succèdent aux petits vil­lages de montagne. 
Sur le passage du Tour, faisant l'union sacrée, il n'est pas rare de voir, rassemblée devant le café où l'on cause, le curé et les représentants de l'autorité. Mais inutile de songer à s'arrêter, ne fût-ce qu'un instant. Pas plus là qu'ailleurs. A Tarascon-sur-Ariège, nous allons trouver de nouvelles joies. C'est ici que notre itinéraire emprunte la vallée de l'Ariège, majestueuse et prodigue de ses eaux bondissantes. Nous allons en remonter le cours jusqu'après l'Hospitalel, le quittant pour abor­der les premières rampes du col de Puymaurens. A Bourg-Madame, le pays change brus­quement. En quelques kilomètres d'une des­cente vertigineuse, après Montlouis, nous tom­bons en Catalogne. Les maisons des villages aux clochers de fer se sont serrées les unes contre les autres pour faire de l'ombre dans la rue. La vigne met la teinte verte de ses jeu­nes pousses en accord avec la teinte rouge de la terre. Les cactus surgissent du sol et le so­leil inonde de ses rayons cette terre bénie. Les Pyrénées s'en vont mourir dans la mer. Nous avons enfin laissé le mauvais temps loin derriè­re nous ; il est accroché solidement à une bar­rière infranchissable de montagnes.
Jean Antoine.

Et toujours ce petit air des Pieds Nickelés, non ?
Dans ce même numéro de l'hebdomadaire sportif, il évoque aussi la course, ou plutôt ses à-côtés : Pellos est allé fureter du côté des hôtels des coureurs durant...      La journée de repos !
Il croise tout d'abord Julien Moineau, membre de l'équipe de France, qui se fait "malmener" par un masseur.
Pendant que certains se reposent, d'autres coureurs allemands tuent le temps en jouant aux cartes.
Manchon, le directeur sportif des Français, retire habilement un pansement du bras de Speicher.
Leducq, quant à lui, rêve, bruyamment, à son beau maillot jaune ! Son compagnon de chambrée, Marcel Bidot, en est tout retourné !
Mais le lendemain matin, il faut reprendre la route sous la houlette de Lucien Cazalis, le secrétaire général du Tour de France. De sa voix de stentor, il fait l'appel : après cela, tout le monde est bien réveillé !
Dans le numéro 307 de Match, Pellos revient illustré un article de Jean de Lascoumettes qui raconte la course du point de vue d'un chauffeur du Tour.
Hommage aux chauffeurs des torpédos de Match : Latour, Annet, Brigadino & Girard ?
Vous trouvez sûrement ça rigolo, vous, le Tour de France ? Bien sûr, si on ne l'aimait pas, on ne serait pas là. Mais, enfin, pour ce qu'on en voit... Je ne parle pas pour vous, je parle pour nous, les chauffeurs. Il faut rien avoir d'imagination et d'adresse pour entrevoir quelque chose !
Nos premiers ennemis, qu'on arrive bien vite du reste à éviter, ce sont les coureurs eux-mêmes. On leur pardonne tout. Ils ont toujours raison ; seulement, quand il faut les dépas­ser il y a toujours quelqu'un qui fait la sourde oreille. Alors, on est obligé de casser les oreilles des autres à grands coups de trompe. On est forcé de rester dans le peloton. On se fait, révérence parler, enguirlander comme du poisson pas frais. Et l’on ne pense, hélas ! qu'à une chose, ne pas bousculer un cycliste, surtout ne pas lui casser quelque chose s'il touche maladroitement votre pare-choc. Là, vous trouvez que c'est marrant ?

Ajoutez d'ailleurs que, si une chasse se produit, si tous les occupants de votre voiture se mettent à vibrer, à « gueuler », à s'emballer, et que vous vouliez passer, si vous voulez faire comme eux dame ! on est un homme ou bien vous recevez du chef de voiture une admo­nestation peu aimable, ou bien vous allez vous répandre dans le fossé. Il faut éviter l’un et l’autre.
Quant à la foule, c'est une abomination. Il faut passer au travers, la fendre comme on fait d'un fruit. Les pneus frôlent les orteils. Si l’on ne fait pas mine d'être méchant, on ne passe pas ; si on est trop méchant, et même quand on ne l'est pas du tout, on reçoit, au passage, des compliments peu flatteurs.
Et je ne parle pas des vieilles femmes qui, sans regarder, ont le désir de traverser la route au moment précis où nous arrivons. Quand on se promène pour son plaisir, on n'y fait pas attention, c'est tellement rare. Mais dans le Tour de France, il faut compter encore que les animaux sont en folie, comme les hommes. Les chiens sont les plus curieux mais les moins dangereux, même si on leur passe dessus.
Il n'en est pas de même pour les vaches. Celles-là sont plus bêtes que nature. Elles se croient très rapides : quand vous voulez doubler, les voilà qui repartent précipitamment devant votre capot, et votre moyenne tombe tout de suite à quinze à l’heure ; « Allons, vite ! » dit le rédacteur pressé. Je voudrais bien l’y voir !
Et les autres chauffeurs. Ah ! quelle plaie ! Il faut d'abord vous dire qu'il y a deux sortes de chauffeurs : d'abord le chauffeur du Tour de France. Celui-ci pilote une voiture reconnue et agréée. Tous les soirs, on lui remet un petit bout de papier qu'il collera sur son pare-brise et qui lui vaudra le lendemain la considération distinguée des gendarmes ou des agents de police.
Celui-là, qu'il soit au volant d'une huit chevaux, ou au volant d'un camion de cinq tonnes, est un vrai chauffeur, un vraiment vrai, un as. S'il lui arrive un petit accroc, ce ne doit jamais être de sa faute. Il y a toujours des causes, claires ou mystérieuses, à cet acci­dent qui ne saurait entamer sa réputation de virtuosité, qu'il ait été se jeter sur un arbre, ou dans l’arrière d'une voiture arrêtée. Tous les camarades seront de cet avis, si l’on discute le coup sur l'incident. On est des « as » et, entre « as », on se soutient.
Mais les autres, ah ! là là ! Ce sont tous des cafouilleux, des bons à rien, des apprentis. Vous me dites que l’autre jour, il y en avait un qui était, paraît-il, un grand champion, une espèce de Chiron ! Laissez-moi rire ! Vos champions, ils n'ont qu'à dire qu'ils le sont s'ils ne veulent pas qu’on les traite comme les autres. Non ! mais... vous voyez ces gens qui hésitent plusieurs moments à vous livrer la route sur laquelle vous avez des droits et sur laquelle ils n'ont que des devoirs ? Vous les voyez essayer même de vous dépasser parce qu'ils ont une très grosse voiture, qui tape le cent quarante, et vous une simple dix chevaux ? Comme si nos chignoles ne devaient pas être par définition les plus belles de toutes !
Puis alors, vous savez... conduire un photo­graphe ; c'est ça le boulot. La photo ne peut pas attendre parce que le paysage ne se présente pas à point nommé. "Passez ! Passez !" se lamente le chercheur d'images. Il n'y a pas moyen ? Il faut y aller quand même. Vous passez sur des talus, sautez des caniveaux, on dirait que tout se déglingue. Vous êtes passé, enfin, je ne sais comment. « Arrêtez ! » dit alors le photographe.
Mais on repart devant eux. Et le voilà grimpé debout sur la capote. Les coureurs arri­vent. Alors, ou bien vous attendez qu'il se soit rassis, et qu'il vous ait dit : « En avant ! » pour repartir, et alors le peloton se reforme devant vous et tout est à recommencer; ou bien vous démarrez quand vous le jugez bon, et vous précipitez le photographe au fond de la voiture, sur son derrière. Dans tous les cas, vous en prenez pour votre grade.
Et les coups de pompe !... Et on ne peut pas y échapper. Les journalistes n'ont pas assez de temps pour dormir. Tous ont un terrible déficit de sommeil. Les uns tiennent le coup parfaitement, d'autres un peu moins bien. Aussi, vers midi, s'il fait chaud, il y a des coups de pompe. Vous voyez le monsieur qui est à côté de vous essayer de lutter contre le sommeil. Vous voyez dans votre rétroviseur les passa­gers de l’arrière anéantis.
Terrible, ça ! Quelle tentation ! C'est comme si vous étiez depuis quinze jours dans le désert, mourant de soif, et qu'on vous présente un grand verre de bière bien fraîche, en vous interdisant d'y toucher. Notre petite revanche, à ce mo­ment, c'est d'accélérer si l’on est en queue, freiner si l'on est en tête, pour faire admirer sa cargaison aux camarades. Là, on rigole bien. Mais c'est toujours à ce moment que le mon­sieur se réveille.
Ah ! quelle vie ! Quand on a fait deux cents malheureux kilomètres à ce régime-là, on a l'impression d'avoir fait un interminable voyage. Les gens s'étonnent que vous soyez fatigué ou énervé : certains vont jusqu'à vous dire : « Eh bien ! mon pote, on ne s'en fait pas ! » D'abord, on n'est le « pote » de personne en dehors de ceux de la caravane, et puis si ! On s'en fait jusqu'à l’arrivée.
La récompense c'est quand le vainqueur, pour gagner le contrôle, vient s'accrocher à votre voiture dans laquelle il a jeté son bouquet et que vous allez ainsi dans la foule sous les applaudissements. Ça vous fait tout de même quelque chose. On met l’échappement libre et on prend un air de mauvaise humeur pour ne pas avoir l'air d'avoir l’air... On n'en pense pas moins.
Enfin, vous savez, ce qui nous plaît surtout, dans le Tour de France, c'est que nous allons bientôt pouvoir le raconter. Et ce sera une bien douce chose.
Jojo.
Pcc: Jean de Lascoumettes.
Le Tour 1932 est bientôt fini mais il continue dans les pages des numéros de Match du mois d'août où les principaux acteurs du grand Barnum estival racontent leurs aventures.
Ainsi pour illustrer les propos du vainqueur, André Leducq, Pellos peut-il croquer le volubile champion qui habitait à l'époque à Saint Mammès en Seine et Marne.
Leducq, colère d'avoir crevé !
Leducq satisfait de sa course.
Leducq saluant la foule en liesse du Parc des Princes, poursuivi par un photographe essoufflé (Le même qui sur un autre dessin tirait la queue d'une vache...).
Leducq acclamé par la foule (un soir dans un hôtel de province).
Le TOUR de FRANCE est une grande aventure !

jeudi 28 février 2013

Les Tours de Monsieur PELLOS : 1932, le premier... (1)

En 1930, Pellos devient dessinateur sportif au journal L'Intransigeant.
En 1932, il suit son premier Tour de France pour le grand quotidien mais aussi pour Match l'Intran qui en est le supplément sportif hebdomadaire. 
C'est le premier d'une longue série puisque cela va durer jusqu'au début des années 80 !
Cela représente des milliers de kilomètres de voiture sur les routes du Tour et également des centaines (des milliers ?) de dessins.
Le Tour de France 1932, donc... Pas question de raconter la course aujourd'hui (Je le ferai certainement plus tard.), juste l'envie de la regarder du point de vue du dessinateur.
Le parcours était un vrai Tour de la France même s'il ignorait la Bretagne.
21 étapes : la plus longue, Nantes-Bordeaux, totalisait 388 kilomètres ; la plus courte, Gap- Grenoble, faisait 102 kilomètres.
80 coureurs au départ  

  • 5 équipes nationales de 8 coureurs : France, Belgique, Italie, Allemagne et Suisse ;
  • 40 coureurs répartis sous la bannière des Individuels, 20 Français et 20 étrangers.

L'Intransigeant et Match utilisent les grands moyens pour suivre la course :
  • un car de transmission des bélinogrammes qui permet de transmettre rapidement les photos à la rédaction du quotidien (Le BELINOGRAPHE est "un appareil de phototélégraphie à cylindre, permettant la transmission de documents sur circuits téléphoniques et liaisons radioélectriques" Larousse ) ;
  • un car de transmission d'émissions TSF ;
La radio-diffusion du Tour de France
L’Intran Match N° 304 du 5 juillet 1932)
L'Intransigeant  et  Match  ont  créé en   1929 le  reportage  par T. S.  F.  du Tour de France   cycliste.   Cette   année,   pour   la quatrième fois, ils vont rééditer l'exploit qui consiste  à   promener  le   micro  au   long   des 4.300   kilomètres   du   Tour,   permettant   de renseigner, instantanément, tous les Français qui   suivent  attentivement  les  péripéties  de cette immense compétition sportive.
Une telle réalisation, on s’en doute, ne va pas sans de grandes difficultés. Spécialisés dans le radio-reportage sportif, l'Intran et Match sont considérés comme les meilleurs organisateurs en France d'émissions par T. S. F. de ce genre.
Il a fallu de nombreuses collaborations pour mettre sur pied pareille expédition. Il a fallu former des radio-reporters, former des opérateurs, et, enfin, créer de toutes pièces un matériel absolument particulier.


Cette année, grande innovation. L'Intran et Match ont équipé un radio-car de concep­tion tout à fait nouvelle, et qui permet, dans les meilleures conditions, de réaliser le travail difficile qu'on demande aux radio-reporters. Ce car est divisé en trois compartiments : dans la partie avant, six places qui permettent de transporter, à une moyenne de soixante à l'heure (ce qui exige une vitesse de quatre-vingt-dix kilomètres en plat), les opérateurs et les radio-reporters. La vitesse de cette voiture a été calculée de façon à permettre aux parleurs de suivre les péripéties de la course et de pouvoir la devancer suffisamment, afin de procéder aux liaisons nécessaires qui permettent d'entrer en communication avec la station de T. S. F. la plus proche. Le com­partiment central est un véritable laboratoire qui permet d'utiliser des amplificateurs micro­phoniques suffisamment puissants, alimentés par des batteries d'accumulateurs qui ont trouvé place à l'intérieur de la carrosserie.
La force fournie par une génératrice, soi­gneusement filtrée, permet une tension plaque de 400 volts aux amplificateurs. L'un de ces amplificateurs permet d'alimenter une double table d'enregistrement sur disques. En outre, il y a des redresseurs pour charger les accus, et, enfin, un poste-récepteur qui permet à l'opérateur de suivre l'émission diffusée par l'une des stations avec lesquelles il est entré en liaison. La partie arrière du car est amé­nagée en studio de T. S. F. Les parois sont revêtues de tissu insonore, et un jeu de rideaux permet, selon les nécessités, d'isoler le parleur de la foule qui se presse autour de la voiture. Un micro porté par un bras mobile peut se déplacer à l'intérieur de ce studio, très faci­lement. Enfin, une table reproductrice de disques à deux plateaux permet, soit de donner des concerts de musique enregistrée, soit d'accompagner la parole d'un commentaire musical, soit, enfin, de reproduire les disques qui ont été enregistrés dans le laboratoire. Dans ce studio prend place aussi un haut-parleur de puissance que l'on monte en quel­ques secondes sur le toit, et qui permet, selon les cas, de tenir les spectateurs présents à l'émission au courant de ce qui se passe à l'intérieur du car. Enfin, une échelle permet d'accéder par un toit mobile à une passerelle aménagée au sommet de la voiture. Cette passerelle, qui mesure deux mètres sur deux, munie de rambardes, est en quelque sorte un observatoire roulant, qui permet aux reporters, dans le minimum de temps, de trouver un emplacement favorable d’où ils peuvent voir et décrire, malgré la foule, n'im­porte quel événement. Cette passerelle sera utilisée pour la diffusion des arrivées d'étape.
La grande innovation de ce car est incon­testablement l'enregistrement sur disques. L'idée de l'utilisation de l'enregistrement sur disques pour le reportage sportif remonte à 1929. C'est, en effet, au lendemain de l'ascen­sion du col d'Aubisque pendant le Tour de France, que les radio-reporters de L’lntran-Match constatèrent l'impuissance dans laquelle ils se trouvaient de relater sur-le-champ les péripéties de la plus importante étape du Tour de France. Ils devaient, par suite des exigences techniques, se contenter de prendre des notes au sommet du col, gagner le plus rapidement possible la vallée la plus proche, et, après être entrés en liaison téléphonique avec une station de T. S. F, faisaient le récit de ce qu'ils avaient vu.
Un récit, c'est bien, mais la prise même de l'événement sur le vif, voilà qui est mieux encore, et c'est pourquoi, depuis 1929, les radio-reporters de l'Intran-Match étudiaient la possibilité d'utiliser l'enregistrement sur disques, qui permettra, cette année, d'effectuer au sommet de l'Aubisque et des principaux cols, un reportage complet et instantané qui, enregistré, sera transmis lors de l'arrivée du car dans la vallée la plus proche du col. Ainsi vous seront restitués, avec un écart de temps minime, non seulement les réactions spon­tanées du speaker, mais aussi le décor sonore de l'ascension des coureurs du Tour de France, les applaudissements de la foule, les klaxons des voitures, parfois même les jurons des concurrents malheureux, en un mot tout ce qui fait la vie même, palpitante et impres­sionnante, de cette étape-reine du Tour de France.
A ce car sera jointe cette année une voiture torpédo du modèle de celles utilisées au cours des deux années précédentes pour le radio-reportage du Tour de France.
Puisque voici les conditions techniques précisées, examinons un peu l'organisation générale d'un tel reportage. Il sera assumé cette année, du 6 au 31 juillet, par douze sta­tions françaises, qui constituent le réseau d'Etat. Mobiliser tant de stations en même temps, cela n'a été rendu possible que grâce à l’accord intervenu entre l’Intran-Match et la Fédération Nationale de Radiodiffusion. Remercions tout de suite les services de la Radiodiffusion des P. T. T., et aussi la direction des Téléphones qui ont mis tout en œuvre pour que le reportage du Tour 1932 soit plus parfait encore que celui des années précédentes.
Les  douze  stations  qui  diffuseront  toutes les émissions — elles sont au nombre de 53 - du  radio-reportage  du  Tour  de  France  de l’Intran-Match sont les suivantes :
Paris P. T. T. — Rennes P. T. T. — Limo­ges P. T. T. — Bordeaux'Lafayette - - Tou­louse-Pyrénées - - Montpellier — Marseille-Provence          Alpes-Grenoble          Lyon-la-Doua — Radio-Strasbourg — Lille P. T. T. Nord et la Tour Eiffel.
A bord des deux voitures, neuf collabora­teurs prendront place : quatre radio-repor­ters : Jean Antoine, créateur de ce reportage et sous la direction duquel il est effectué pour la quatrième fois cette année, René Bierre, C.-A. Gonnet et Maurice Dessarps. Voilà qui promet aux auditeurs d'être renseignés vite et exactement. Trois opérateurs feront le Tour, assurant les liaisons techniques. Ce sont MM. Guilleminot et Gallienne, du service de la Radiodiffusion des P. T. T., et M. Luc Henri de l'Intran-Match.
Le changement d'horaire du Tour de France, cette année, nous a obligé à modifier assez profondément les heures d'émissions auxquelles nous étions demeurés fidèles depuis trois ans. Il nous a semblé qu'entre onze et treize heures de l'après-midi, moment de la journée où les auditeurs sont particulièrement nombreux à l'écoute, nous pourrions, au cours de la majorité des étapes, diffuser l'arrivée. C'est pourquoi nous avons, chaque jour, prévu une émission à ce moment. Elle sera plus longue que celle des années précédentes.
Dans le cas où l'arrivée se produirait au delà de treize heures, une émission spéciale sera effectuée au cours de l'après-midi, au moment même où les concurrents passeront la ligne d'arrivée. Vous pouvez d'ailleurs, à ce sujet, consulter utilement tous les programmes de T. S. F. dans lesquels ces émissions seront mentionnées. Elles permettront non seule­ment de donner le compte rendu complet, mais encore d'établir hâtivement un classe­ment précis et fidèle. Bien entendu, chaque soir une émission de commentaires sera effectuée à 20 h. 15 par nos radio-reporters. Au cours de ces émissions, comme les années précédentes, tous les champions du Tour viendront prendre la parole devant le micro. En outre, nous avons prévu cette année une série d'attractions sonores, qui permettront aux auditeurs de se familiariser avec les régions si diverses traversées par l'énorme caravane cycliste. Enfin, Fredo Gardoni et son orchestre, qui connurent l'an dernier tant de succès à la radio, pendant le Tour de France, ont bien voulu nous promettre de se faire entendre souvent le soir au micro de l’Intran-Match et interpréter pour les audi­teurs de T. S. F. leurs plus récents succès. Enfin, comme les années précédentes, l'Intran-Match organise un petit concours à l'intention des auditeurs de T. S. F. Tous ceux qui trouveront la solution exacte recevront un souvenir se rapportant au Tour de France. Ce concours est fort simple et nous en fournirons les don­nées au cours de nos émissions, qui commen­ceront le 5 juillet à 20 h. 15, par la présentation des concurrents du Tour de France. Ce concours est fixé au 20 juillet, au cours de l'émission qui sera effectuée à 20 h. 15 à Nice, après la dernière journée de repos des concur­rents.
Les auditeurs suisses seront, cette année, particulièrement favorisés. En effet, l'excel­lent poste de Radio-Suisse-Romande a bien voulu s'entendre avec l'Intran-Match pour que les émissions des étapes Nice-Grenoble, Grenoble-Aix-les-Bains, Aix-Evian et Evian-Belfort soient retransmises par le grand poste national romand.
Telles sont les grandes lignes de cette orga­nisation qui nécessite trois mois de travail attentif. Réaliser cinquante-trois bonnes émis­sions, renseigner attentivement l'auditeur à l'heure même où les obstacles naturels sont semés sur la route sans ménagement, voilà qui démontre le succès de la radio et sa colla­boration indispensable dans l'avenir avec le sport.
Jean Antoine.
On peut noter que l'hebdomadaire concurrent "Le  Miroir des sports", diffusait sur le Poste parisien ses propres reportages radiophoniques. Georges Briquet, grande voix de la radio, y débuta en cette année 1932.
Le Miroir des Sports eut comme slogan : "Le plus fort tirage des hebdomadaires sportifs" (Combien d'exemplaires ?) auquel répondait l'astucieux " Le plus grand  hebdomadaire sportif" de Match : Astucieux en effet, quand la taille du Miroir était à peine supérieure à un format A4, Match se déclinait en exemplaires de 44 cm sur 31. Un concurrent de taille donc pour le Miroir ! Et un dilemme pour le blogueur qui veut scanner les unes qui débordent de son scanner A3...

  • Les quatre torpédos (dont trois Citroën C6 )qui permettent aux reporters, aux photographes et au dessinateur de suivre la course.

Parmi les collaborateurs de L'Intran et Match sur ce Tour 1932, outre Pellos donc, rendons hommage aux photographes Bouvard et Bouchon qui nous ont laissé les photographies magnifiques des Géants de la route. Saluons également la présence de Charles Pélissier qui, blessé, ne put courir ce Tour.



Le décor est planté ?... pas tout à fait. En effet, les premiers dessins de Pellos relatifs à ce Tour 1932, illustrent un article que le reporter Jean de Lascoumettes, écrivit pour le numéro 304 du 5 juillet de Match. Numéro de présentation du Tour de France 1932 :

VOUS ne supposez pas, je pense, que le Tour de France c'est simplement qua­tre-vingts coureurs s'en allant de Paris pour un mois, et que leur seul passage détermine tout l'enthousiasme qui éclate au long des routes ! Certes, ils jouent le principal rôle : ils devraient même les tenir tous. Mais, sans vouloir en rien rabaisser leurs mérites, céléb­rons, pendant qu'il en est temps encore, les suiveurs, ces modestes satellites qui, des jours et des nuits durant, vont écrire et parler du Tour.
 Mettons à l'honneur cette caravane, chaque année grossie, et dont le pittoresque toujours est renouvelé.
Ce défilé de voitures en délire, bruyantes (parfois hargneuses), trépidantes et emmêlées, avec leurs couleurs vives, leurs pavillons claquant au vent, leurs occupants vêtus d'invraisemblable façon ; ce défilé long de plusieurs centaines de mètres — que dis-je ! on pourra bientôt l’évaluer par kilomètres ! — ne saurait passer inaperçu. Il est aussi un spectacle qui a le mérite de la durée tout au moins. Ce qui s’écoule le plus lentement dans une armée, c'est son convoi. Or, jamais troupe ne fut aussi nombreusement escortée.
Et, dans les villes d'étape où nous arrivons pour passer une nuit, qu'est-ce qui apporte l'animation inaccoutumée, sinon cette horde pacifique des suiveurs ? Les coureurs sont dans leurs chambres. Ils ont abandonné leurs membres aux masseurs ; ils se reposent, ils dorment. Et vont, tout à l'heure, dîner en pyjama dans le calme jardin de l'hôtel où il fait frais. Avant que les premières étoiles ne s'allument au ciel, ils seront dans leurs lits.
Ils ont été comme escamotés dès leur arrivée. On ne les verra plus.
Alors, il faut bien que la curiosité des indigènes s'accroche à quelque chose et à quelqu'un. Les suiveurs en bénéficieront. Ce sont eux que les gosses suivront dans la rue, espérant sans doute apprendre des nouvelles extraordinaires, au hasard d'une conversation sur­prise...   et  qui   ne  roule  pas toujours sur  la course.
 Pour faire un bon suiveur, il faut posséder deux qualités primordiales, au physique et au moral : il faut avoir un excellent estomac et une dose énorme d'optimisme.
Il faut pouvoir, le matin, au réveil, avaler sans grimace un café bouillant, parce que le garçon a toujours frappé à votre porte avec quelque retard ; il faut, durant l'étape, man­ger n'importe où et n'importe comment, avec la poussière pour condiment. Il faut boire de l'eau glacée qui suinte d'un petit névé au flanc du Tourmalet et, pour ne pas contrarier des amis inconnus, avaler, au petit matin, le « pique-pont » offert sur une route méridionale. Et, comme le menu des suiveurs n'est pas comman­dé à l'avance par un manager avisé, il faut savoir s'accoutumer aux menus les plus divers et les plus opposés, du nord au sud, de l'ouest à l'est. Résister à tout cela, ne pas ensuite succomber au sommeil qui suit les digestions laborieuses, dans la tiédeur d'une conduite in­térieure ou sous le soleil incendiant les nuques des voyageurs en torpédo, voilà qui est indice de bonne santé et voilà ce qu'il convient de posséder.
Le reste n'est rien. La pluie lave les voitures et les visages. Elle n'est gênante que parce qu'elle transforme le bloc en papier buvard et dilue l'encre coulée du stylo. On supporte le froid de certaines matinées en montagne, sa­chant qu'avec la chaleur prochaine cela fera, en définitive, une honnête moyenne. Et les moustiques même ne sont point considérés comme tortionnaires tant que leurs piqûres sur la paupière ne vous privent pas de la vision.
Mais l'optimisme ! Quelle provision il a fallu en faire pour ne point le dilapider au long de quatre semaines, de cet optimisme gé­nérateur de bonne humeur ! Tout doit s'arran­ger quand tout va pour le pis. Il faut ne point se fâcher quand la demoiselle du téléphone juge bon de poursuivre une conversation ten­dre au détriment de votre communication ; quand la dame du télégraphe veut recompter plusieurs fois les mots de votre télégramme. Ah ! les attentes dans les bureaux et les im­patiences qu'on doit refréner, et les énervements qu'on doit contenir ! Il faut pouvoir, sans en paraître gêné, faire son papier, pressé, écrasé par des indiscrets qui lisent par-dessus vos épaules ou vous soufflent au nez leurs ha­leines combinées. Il faut s'estimer heureux quand on n'a égaré que la moitié de votre bagage, qu'il ne soit pas perdu tout entier. Et, tout au long de La route, il vous faut écouter galamment les compliments peu académiques des chauffeurs que vous avez peut-être gênés sur la route ou que vous avez empêchés de vous gêner. Il faut se composer une âme et un vi­sage souriants. Nulle rebuffade ne doit vous atteindre. La bouche en cœur, vous tentez de prendre au vol l'interview d'un coureur. Le moment est sans doute mal choisi ; en fait d'interview, on capte souvent un simple mot, pas toujours aimable. Baste ! On recommence un peu plus loin.
Cependant que des gens au passage, après avoir crié « Ah ! les braves gens ! », en voyant défiler les coureurs, vous traitent de vagues « cousines » du bœuf Apis, parce que vous ne pédalez point. Sourire.
Sourire à tout le monde et partout, du ma­tin au soir, du papier de l'aube au papier du crépuscule, et s'endormir ensuite en souriant aux anges encore, pour quelques heures. Voilà la vie. Et Candide lui-même y prendrait peut-être une leçon de philosophie.

Mais, journalistes, nous ne sommes pas tou­te la caravane. Pensons aux photographes qui s'égosillent sur la route, sont aphones à l'arri­vée, ont les membres courbaturés, des suros sur les tibias et des bleus sur le front, parce que des démarrages brusques les ont précipités au évoquant ces voyageurs étranges, des gros, du fond de leur voiture au moment précis où ils allaient prendre le cliché unique. Ils parlemen­teront avec des gens plus ou moins disposés pour aller prendre place à quelque fenêtre du deuxième étage ou sur un toit. Ils grimperont à des poteaux télégraphiques et s'abîmeront les mains. Ils se rouleront dans la poussière pour saisir le coureur « d'en dessous ». Ils trempe­ront leurs pieds dans l'eau des fossés. Ils au­ront à lutter avec les admirateurs qui encadrent le vainqueur, le dissimulent, l'escamotent. Et ils fondront comme beurre au soleil, sur une table de bistro, enveloppés d'une hermétique cagoule noire, dans le mystère de laquelle ils perpètrent des opérations dont les curieux res­tent pantois. Puis, dès qu'ils ont mis pied à terre, quand la course est terminée, on peut les voir, leur boîte à la main, étranges chasseurs, errer par les rues, s'engouffrer dans les hôtels, monter doucement dans les chambres, encore à la recherche d'une image. Sourires.
Et ceux qui, toute la journée, dans des con­ditions pénibles, mènent par les routes encom­brées des voitures qui doivent passer et qui passeront, tous les chauffeurs de cette longue cara­vane. Et les soigneurs, les masseurs, les méca­niciens, qui dorment le jour dans le camion qui les emporte, car, chaque soir, le camp s'éta­blit où, durant que tout dort, ils répareront, prépareront les précieuses machines... Sourires, sourires...
Ainsi, bigarrée, colorée, la caravane s'en va, dans un étrange amalgame, roulant tout ce qui est nécessaire à sa vie, ville ambulante, avec ses cinémas, ses joueurs d'accordéon, ses distri­buteurs d'échantillons, de la banane au choco­lat, du pinard à la coiffure, ses voitures de pu­blicité qui affectent la forme d'une bouteille ou d'un fromage, cité errante et longue de plu­sieurs kilomètres qui paraît ne pouvoir se fixer nulle part, comme l'homme aux cinq sous.
Mais, pour disparate qu'elle paraisse, une unité se crée en elle. Et cela dès que la route est prise, dès qu'en se retournant l'on ne peut plus apercevoir la Tour Eiffel. Dès cet instant, la fraternité — que d'aucuns considèrent com­me une utopie — règne. Les anciens se con­naissent, certes, et pas mal depuis de nombreu­ses années ; mais les nouveaux venus, dont on ignore encore le nom, dont on ne saura peut-être jamais le nom, ont déjà pris place dans la famille. Après vingt-quatre heures, c'est le tu­toiement. Après deux étapes, c'est à la vie et à la mort.
Inutile d'ailleurs d'essayer de placer dans sa mémoire toutes ces physionomies nouvelles. II y aura toujours, pour se reconnaître, cet air du Tour, un je ne sais quoi de très particulier, mais de caractéristique.
Or, si cette fusion s'est aussi rapidement opérée, si l'esprit Tour de France est si spon­tanément né, c'est que tous ces gens-là, des plus blasés aux moins avertis, éprouvent une émotion pareille, sont agités des mêmes senti­ments. Il suffit qu'un jour une jolie chose spor­tive vous ait étonné jusqu'à faire se brouiller quelque peu votre regard, pour que vous soyez « pris dans le bain », pour que vous vibriez à l'unisson, pour qu'aussi — et c'est si hu­main ! — vous vous substituiez en quelque sorte à ceux que la foule applaudit.
Vous verrez souvent, à une arrivée, le sui­veur beaucoup plus ému que le triomphateur. Telle arrivée à Gap, par exemple,..

Ah ! nous sommes loin du Tour de France qu'escortaient trois ou quatre voitures, dont les occupants, quelque peu dépaysés à l'étape, ne se quittaient pas d'une semelle, mangeant à la même table, logeant côte à côte ! Et l'on a peine à imaginer qu'il pourrait redevenir cela, du jour au lendemain, sans que son intérêt di­minuât. L'importance de la caravane le suit et le souligne tout simplement.
De ville en ville, nous allons un peu à la manière d'un cirque. Le cirque peut être ta­pageur ; les artistes aussi en peuvent être excellents. Nous faisons du bruit. Nous illus­trons pour les yeux des gosses une histoire mer­veilleuse dont ils se souviendront mieux. En gras, des maigres, des pâles, des rubiconds, vêtus de combinaisons claires ou porteurs de chemises étranges, coiffés, au hasard des découvertes, de chapeaux inimaginables, de bé­rets, de casques, de casquettes, ils fixeront dans leur mémoire la belle preuve de courage d'un Leducq, la fuite d'un Sieronski, la téna­cité d'un Demuysère. On illustre bien les ma­nuels d'histoire !
 Ainsi, de bonne humeur, gais et contents, les suiveurs sont partis pour l'annuelle revue.
Les mêmes soucis, les mêmes joies, les mê­mes curiosités vont nous promener de Caen où l'on ne mange pas de tripes à la mode, à Nan­tes qui nous voyait passer trop rapidement à son gré. On commencera de prendre l'accent du sud dans les coteaux de Gironde. Nous re­verrons Pau sous la menace de la montagne, et Luchon après avoir chevauché des pics quand la route s'en va si douce et si tranquille par la vallée ; Perpignan, ses platanes, et les yeux de braise de ses Catalanes, et Montpellier dans les vignes. Le temps de humer l'air du vieux port de Marseille, et voici Cannes enso­leillée, Nice qui nargue la montagne prochai­ne ; nous suivrons Napoléon dans Gap. El c'est la remontée avec des escales aux bords des lacs placides, la verte et blonde Lorraine, les routes du Nord sur lesquelles se forgèrent tant de vocations cyclistes pour revenir à Pa­ris, basanés, boucanés, fourbus et heureux si nous avons su faire partager à ceux qui nous ont lu nos belles émotions.
Puis tout finira au Parc des Princes. La communauté se dissoudra aussi vite quelle s'était formée. Une poignée de mains et en­core... On aura cette impression qu'on est dé­mobilisé et qu'on ne sait plus très bien ce que maintenant on va entreprendre.
Jean de Lascoumettes.
Le trait de Pellos est vif, espiègle... Il annonce déjà les aventures des Pieds nickelés que Pellos dessina de 1948 aux années 80.

lundi 25 février 2013

LE RETOUR !

Après quelques semaines de silence et seulement 8 messages depuis le début de cette année 2013, je reviens donner de mes nouvelles. Pas de vélo, hélas, en ce moment car je suis en convalescence après une petite intervention chirurgicale le 15 février. 
Rien de grave mais il faut que je laisse encore passer quelques jours avant de reprendre le vélo.
Ainsi j'ai un peu de temps pour me plonger dans les archives du vélo avant la Seconde Guerre Mondiale : j'ai fait quelques découvertes passionnantes et en particulier un journal auquel je ne m'étais pas encore intéressé après en avoir acheté quelques exemplaires le 25 novembre à la Bourse aux vélos de Puisseaux : L'Intran Match. Je publierai quelques messages sur le sujet dans les semaines à venir.

samedi 2 février 2013

Roule toujours.

Je ne le connaissais pas. Il s'appelait Patrick Plaine, il avait 70 ans. Il est mort sur son vélo à la fin de l'année 2012, écrasé par un tracteur. 
Plusieurs personnes m'ont transmis le lien vers le film que sa nièce a réalisé en 2010 lors d'un de ses innombrables voyages itinérants. Un film (et un bonhomme) attachant, mieux que les "Koh Lantah" et autres fadaises dont nous abreuvent les télés.
J'aurais aimé rouler avec ce monsieur.