mercredi 15 février 2012

Les plaques de cocher

J'ai souvent présenté ici ces petites plaques de fonte qui attirent l'attention des cyclistes pas trop pressés sur les routes de nos belles  régions.
S'il en reste en grande quantité à de nombreux carrefours, aux entrées et sorties de villages, scellées sur le mur d'un lavoir, d'une église ou d'une simple maisonnette, beaucoup sont dans un état lamentable...
... quand d'autres sont bien entretenues, la plupart du temps par le propriétaire du mur (sic) qui à l'occasion d'un ravalement remet à neuf la petite plaque bleue.
Ces plaques de cocher, car tel est leur nom, ont été installées entre la première moitié du XIXème siècle et les années 1920 afin d'aider les cavaliers à se repérer, à trouver leur chemin à chaque carrefour. Elles sont ainsi toujours placées à plus de 2 mètres du sol.
Autant dire qu'avec l'avènement de l'auto, elles sont devenues obsolètes : placées trop haut, elles présentes aussi des écritures trop petites pour l'automobiliste, surtout s'il est myope...
Si la plupart des plaques ayant échappé aux outrages du temps sont fixées sur des murs, il en reste  qui étaient placées sur un mât, toujours à bonne hauteur pour la circulation hippomobile.


Ces mâts devaient être fort nombreux. J'en ai trouvé l'illustration sur ce petit livret à l'usage des écoliers des années soixante (en application du décret du 28 novembre 1958 portant sur l'enseignement de code de la route...).




L'illustration de la circulation en 1930 nous montre une de ces plaques de cocher fièrement arrimée à un mât...
...quand celle relative à 1959 (et oui, ce petit ouvrage fut édité en septembre 1959 : il s'en passa des choses en ce joli mois...), nous montre un poteau Michelin, très rares aujourd'hui !
Pourtant le manuel scolaire nous présente sur le dessin-problème n°5 une plaque de cocher : quel joyeux bazar sur cette route ! Quand il reviendra à la circulation, M. Guéant pourra en dresser des contraventions...








Sur cet autre livret, datant de la même époque, et qui s'adresse au piéton, au cycliste et au conducteur de... troupeaux (une autre époque, n'est-ce pas !?), une plaque de cocher (ou une imitation ?) est également présente.










Ici, les voitures sont de plus grosses cyclindrées...
Bien peu de ces mâts, nous l'avons tous remarqué, subsistent aujourd'hui...
...et certains ne devraient plus résister très longtemps, hélas...
J'ai même repéré ce triste mât, entre Meilleray (77) et Villeneuve la Lionne (51), sans plaque ! Parions que celle-ci a fait le bonheur d'un collectionneur ou la "fortune" d'un brocanteur...
Ces plaques de cocher racontent un peu l'histoire de notre réseau routier local. Exemplaires uniques, chaque plaque a en effet été moulée une seule fois. Imagine-t-on le travail que cela a représenté ?
De petites fonderies locales devaient réaliser ces  objets de fonte.
Le département, le numéro de la route (ici, le Chemin de grande communication N° 46), le nom du village où est installée la plaque et bien sûr, l'indication des prochains villages à l'hectomètre près : le GPS avant l'ère du numérique !
Les informations d'autres plaques sont plus sommaires (ici dans le Perche) : souci d'économie ? La fonderie était-elle payée au caractère "imprimé" ?
Radinerie communale ici aussi, le fait de placer tant d'informations sur une seule plaque ?
Quand dans cette petite commune de la Marne, on installe deux plaques de cocher et une troisième pour rendre hommage au bienfaiteur de la commune. Ou bien est-ce la famille dudit bienfaiteur qui aurait payer tout cela ? Nous ne le saurons jamais...
Et ce mât, à la sortie du village de Bannost, indique-t-il un conflit, un litige, entre un maire ronchon et un contribuable irascible...
 ... qui n'a pas voulu que l'on installât la plaque sur son mur ? En tout cas, elle mériterait une remise à neuf...
... ainsi qu'il fut fait des autres plaques de la commune. On notera que le nom n'apparaît pas sur cette jolie plaque fixée sur l'église de Bannost.
Aucune normalisation de ce type de signalisation ne fut réalisée sur l'ensemble du territoire (Le jacobinisme de nos "élites" n'alla pas jusque là !), comme en témoigne cette plaque en tôle émaillée, rare car celles-ci résistèrent moins bien aux intempéries que les plaques de fonte. Ces dernières restent les plus nombreuses sur nos petites routes  de campagne.
Certaines plaques peuvent nous ramener à une histoire locale un peu oubliée.
Qui se souvient encore qu'il y eut une gare à Bellot (77) sur la ligne reliant la Ferté sous Jouarre à Montmirail. Ligne qui fut en service de 1889 à 1947.
Et ce vieux mât délabré, si rue du tacot, nous rappelle une autre ligne de chemin de fer, celle de Meaux à Dammartin en Goële qui fut en service de 1910 à 1938.
Serait-ce une sortie scolaire de l'école des filles ?
Ne mériterait-elle pas un petit coup de peinture cette vieille plaque, madame le Maire (ou bien Madame la Mairesse ou bien Madame la Maire...) ?
Pour en terminer (provisoirement ?) avec ce sujet, j' ai recherché des plaques de cocher sur des cartes postales anciennes des villages proches de La Ferté Gaucher. 
Ainsi j'ai pu tracer un petit itinéraire pour ma sortie du mercredi après-midi : Bloguer est un vrai métier...
A Vieux maisons, comme en 1923...
...la plaque est toujours en place !


Les petites filles n'étaient plus là : sans doute étaient-elles occupées, par cette triste journée, à jouer à la Playsation...




A Leudon, la double plaque en place vers 1908 a disparu.
Plus personne dans les rues...
Chartronges vers 1905 : son église, son presbytère et ses deux plaques de cocher...
...qui sont toujours en place aujourd'hui. 


Le petit gars sur son vélo était peut-être parti rouler avec l'école de cyclisme de la Ferté Gaucher ?


Le clocher quant à lui a disparu derrière le grand arbre !
Au début du vingtième siècle, les routes de Jouy (à droite) et de Coulommiers (à gauche) étaient bien fréquentées...
...comme en témoignent ces deux cartes postales.
Aujourd'hui, le trafic était faible : plus de piétons ni de cavaliers, seul un cycliste mouillé prenait une photo...
La signalisation a bien changé et Jésus, sur sa croix, (mais est-ce toujours le même ?) est le seul témoin de ces deux époques.

mercredi 8 février 2012

Ressenti... la suite

Voilà bien longtemps que je n'avais cité ici mon cher Canard. Aujourd'hui, dans la suite de mon message de lundi, un dessin de Pétillon paru ce matin dans le Canard enchaîné.

lundi 6 février 2012

RESSENTI...

Aujourd'hui, il faisait moins froid... mais c'était paraît-il à cause du "ressenti". La météo ne nous donne plus les vraies températures mais les températures ressenties : par qui, où, quand ? Nul ne le sait...  alors qu'un thermomètre, il suffit de savoir où le mettre...
Imaginons un petit dialogue entre un cycliste et un... cycliste. Appelons-les Raf et Hugues, au hasard. (HOmmage à  de lointains compagnons de route...)
HUGUES - Tu as roulé aujourd'hui ?
RAF - Tu penses bien, je prépare le début de saison pour être en superforme !
HUGUES - Combien de bornes ?
RAF - 125 kilomètres !
HUGUES - AH ouais, tu roules ! Et en combien de temps ?
RAF - 3 heures de vélo.
HUGUES - ????? !!!!!!
RAF - Je vois que ça t'étonne mais je te parle de kilomètres ressentis. J'ai mal dormi la nuit dernière. Il y avait du vent. Et des bosses. Donc, selon mon "ressenti", j'ai dû faire 125 kilomètres. A une super moyenne, tu ne trouves pas ?
Dialogue imaginaire, bien sûr. 
Mais à lire certains forums ou certains blogs ou sites, n'y aurait-il pas certains cyclistes, cyclos ou cyclards qui utilisent déjà la méthode des "kilomètres ressentis"... ?
Plus fort encore, pourrait  imaginer les jours ressentis...
Demain, mardi, ça m'irait bien de ressentir un dimanche !

samedi 4 février 2012

Critérium Cyclotouristique des Alpes 1935 (7) : Les résultats

Pour finir cette série de messages qui nous a faits revenir presque 80 ans en arrière, il me faut évoquer les résultats de ce Critérium.

Classement bicyclettes
       1.   REYHAND (Bernadet). +13 pts
       2.   HELYETT   (J.   Simon),  + 12 pts
       3.   Ravat   (Oudard), 0 point
       4.    R.P.F. (Chardon) —1 pt
       5.   R.P.F.   (Charrillat),   —2   pts 
       6.   Helyett (Cointepas), —3   pts  
       7.   R.P.F.   (Baquet), —10 pts
       8.   Libéria (Darchieux), —16 pts
       9.   Ravat (Maysonnabe), —16 pis
10.               Olympique (Limon), — 22 pts
11.               Barra (Antonin), —25 pts
12.               Helyett (Marmonier). —28 pts
13.               La Francaise (Richard), —28 pts
14.               Alcyon (Husson). — 29 pts
15.               Barra (Brunel), - 31 pts
16.               Ravat (Véron), - 31 pts
17.               R.P.F (Cottard), -33 pts
18.               Pitard (Pitard), —34-pts
19.               Alcyon  (Landrieux), —41 pts
20.               Grimault (Meurisse), —62 pts
21.               Fouhéty   (Theil),  —68 pts
22.               Helyett (Berthaux), -76 pts
23.               Barra (Voisin), - 78 pts
24.               Chemineau (Panel), - 83 pts
25.               Pitard (Ruard), -83 pts
26.               Pitard (Ruard), —104 pts
27.               Aquila (Fourmy), —108
28.               Chemineau (Chomard),-116 pts
29.               Pitard (Baretaud), —132 pts
30.               Chemineau (Manzatto), —140 pts
31.               Veloriz-Wonder (Sounalet), —152 pts
32.               Veloriz-Ravat (Martin), —300 points.


Classement   tandems
1.    NARCISSE    (Montarnal-J.   Georges), —123 pts.

Coupe Hutchinson
  1.   R.P.F (Chardon, Oliarillat et Bacquet), 16 pts
  2.   Helyett, 20 pts
  3.   Ravat 28 pts
  4.   Etablissements Gentil, 37 pts
  5.   Barra, 49 pts
  6.   Pitard, 73 pts
  7.   Chemineau, 77 points.

Classement vitesse
  1.   COINTEPAS (Helyett), moyenne : 24 km 276
  2.   Bernadet (Reyhand), 22  km 864
  3.   J. Simon   (Helyett)   et   Manzatto   (Chemineau), 22 km 560
  4.   Maysonnabe (Ravat) 21 km 228
  5.   Chardon (R.P.F), 20 km 838 
  6.   Oudard (Ravat),  20 km  316
  7.   Cottard (R.P.F), 20 km 076.
                                      ]

Les conclusions de l'article de Jean Sapeur en offre fort complète.
"...La   meilleure   moyenne   générale   de  l’épreuve est de 24 km. 276, réalisée par Cointepas, sur son Helyett-Hutchinson « Spéciale Randonneuse », ce qui prouve la   valeur  de  la  construction  de Sully-sur-Loire.
Mais un concours de machines n'est pas une course. Ce n'est pas toujours celui  qui  se conduit en  coureur qui enlève l’épreuve.
Le « vainqueur-technique » est le Lyonnais Bernadet, sur Reyhand de 10kg500, merveille de mécanique et de précision qui fait honneur au constructeur lyonnais.
La Coupe Hutchinson est gagnée par la firme stéphanoise R. P. F confirmant ainsi ses victoires antérieures.
Je ne terminerai pas sans omettre de vous parler de la magnifique équipe Montarnal-J. George qui fit un magnifique cavalier seul dans la catégorie tandem. J’ai admiré les équipiers à la cadence souple et synchronisée, mais plus encore leur tandem Narcisse de 20 kg à la ligne et à l’équipement si séduisant.
Une  mention   spéciale  au  Véloriz   de Sounalet,   construit   par   les   Etablissements   Ravat-Wonder,   qui,   classé  dans la catégorie bicyclette, termina l’épreuve  sans un point de pénalisation technique. Est-ce la solution de l'avenir ? Peut-être ?.
...Nous  tenons   à  faire   remarquer   que la majeure   partie   des   concurrents du Critérium Cyclotouristique des Alpes avait adopté  pour la construction  de  leur cadre,  les  tubes, les bases,  montants   et fourreaux  Reynolds   HM qui   leur  assuraient  la  solidité et la légèreté en même temps.
La plupart des concurrents montaient également la tige de  selle  Reynolds en Hiduminium.
En outre,  nous signalons à nos lecteurs que pour la première fois nous avons  vu dans une   compétition   de   l’importance  du Critérium Cyclotouristique des Alpes, des bicyclettes   équipées   avec  le   fameux   nouveau guidon  Reynolds en Hiduminium R.R 56 qui est le plus léger en même temps que le plus résistant.
Le nouveau guidon  Reynolds en Hiduminium R.R 56  a remporté du reste un succès de tout premier ordre et fera parler de  lui dans toutes les grandes épreuves à venir."
Je relèverai pour ma part la bonne performance de René Chardon et de ses "équipiers" de la firme RPF. Monsieur Rivollier, constructeur de cycles à Saint Etienne dut en être fort content.
Un article de "L'Auto" (?) signé du "patron" du Critérium, Claude Tillet, aborde ces résultats à la rubrique cyclotechnie.
Huit machines ont terminé le Critérium cyclotouristique des Alpes (Grand prix duralumin) sans pénalisation mécanique.

Le classement du Critérium cyclotouristique des Alpes donne lieu a d’intéressantes constatations, dont il convient de tirer des enseignements importants.
C’est ainsi qu’un rapide pointage permet de se rendre compte que huit machines sur les trente-trois classées, terminèrent sans la moindre pénalisation d’ordre mécanique.
Ne trouvez-vous pas extraordinaire que huit vélos se soient retrouvés rigoureusement intacts à Grenoble, au soir de l’ultime étape, après quatre grandes journées passées sur la route, après avoir gravi quatorze cols alpins, dévalé autant de descentes souvent ravinées, pris un nombre incalculable de virages, subi des milliers de coups de freins, franchi une multitude de passages en rechargement ?
Comment, après ces 623 kilomètres, ils n’avaient pas encouru la moindre pénalisation ? Pas de jeu dans le pédalier, les moyeux, la direction ? Pas de rayons cassés ? Pas de freins déréglés ? Mais oui ! Et c’est tout à l’honneur des constructeurs de ces huit machines : l’Helyett de Joël Simon, le Ravat d’Oudard, la R.P.F de Charillat, l’Olympique de Limon, la Barra d’Antonin, la Pitard pilotée par son constructeur, la Chemineau de Gentry ; et, enfin le Véloriz de Sounalet qui prouva ainsi l’excellence de sa réalisation après avoir démontré l’intérêt de sa conception.
Notez bien que ces machines représentent sept firmes, que trois d’entre elles (celes de Gentry, d’Antonin et de Pitard) roulent depuis de longs mois déjà et n’avaient pas été préparées spécialement pour le critérium… Et convenez que l’industrie française du cycle atteint des sommets d’où il sera difficile de la déloger.
Mais notez encore que d’autres machines pénalisées n’ont nullement déméritées. Le plus bel exemple qui puisse être donné à ce sujet nous est fourni par la Reyhand de Bernadet qui « écopa » 5 points pour jante bosselée. Or, savez-vous comment cette jante avait été bosselée ? Par un gravillon projeté par la roue arrière d’un concurrent ! Les commissaires appliquèrent le règlement et eurent parfaitement raison, mais on doit reconnaître que ni la construction Reiss ni la fabrication Mavic ne sont responsables  de ce minime autant que curieux incident !
Les temps et les moyennes réalisées donnent également  lieu à des observations pleines d’attrait. Sachez, tout d’abord que huit concurrents seulement réalisèrent une moyenne supérieure à 20 Km/h. Voici l’ordre dans lequel ils se classèrent officieusement (du seul point de vue de la vitesse)
Cointepeas (Helyett) 24,276 Km/h
Bernadet (Reyand) 22,864 Km/h
Simon ((Helyett)  et Manzatto (Chemineau) 22,560 Km/h
Maysounabe (Ravat) 21,228 Km/h
Chardon (R.P.F) 22,838 Km/h
Oudard (Ravat) 20,316 Km/h
Cottard (R.P.F) 20,076
Ceux-ci se classèrent respectivement au classement absolu : 6ème, 1er , 2ème , et 30ème , 9ème, 4ème, 3ème et 17ème .
Comme on le voit, la vitesse a eu un effet heureux pour certains, malheureux pour d’autres. On peut admettre en effet, que plus la moyenne est forte, plus la bicyclette travaille, et plus elle doit être robuste et bien réglée. Encore faut-il tenir compte aussi, du poids enregistré au départ : Manzatto fut handicapé par le poids de sa machine personnelle vieille d’un an, et c’est ce qui explique en partie qu’il est à28 places d’un homme ayant fait la même moyenne que lui.
Et puis, il faut l’ajouter, tout comme il y a de bons et de mauvais cyclistes, il y a de bons et de mauvais pilotes de concours. Il y avait, dans les Alpes, des gens incapables de dévoiler une roue et, au contraire, des gens susceptibles de réparer une chaîne par les moyens du bord. Ou-comme nous l’avons vu- de percer un trou dans une flasque de moyeu pour pouvoir remplacer un rayon qui, trop tendu, avait fâcheusement agrandi le perçage à lui réservé.
Ceci tend à prouver que l’homme joue, en tout et partout, un rôle important dans la marche de la machine, et que le classement strictement mécanique est chose difficilement réalisable. Hélas, il nous faudra nous contenter de ce que l’on ose à peine appeler un « à-peu-près » tant qu’on ne pourra pas placer sur l’engin des « robots » du même poids, de la même force et de la même souplesse !
Claude Tillet

Par ailleurs tous les "confrères" saluent le succès des dérailleurs "Cyclo" !
"...Le dérailleur Cyclo s'adjuge les neuf premières places du classement bicyclette, gagne avec le beau tandem "Narcisse" de Montarnal et George et a contribué au gain de la coupe Hutchinson par RPF.
Cyclo classe en outre, 22 machines sur 33 arrivantes. Proprtion écrasante..."
Dans son numéro de septembre, "Le Cycliste" note "...le triomphe de "Cyclo" qui équipait la majorité des machines : mais Cyclo est habitué au succès !"
Est-ce ce même dérailleur qui faisait merveille dans les Alpes en 1935 qui équipe aujourd'hui mon "Chardon" ? Mystère... En tout cas, il devait y ressembler !
Pour en finir avec ce Critérium Cyclotouristiques des Alpes 1935, premier du nom, je reprendrai les propos du "Cycliste" :
"...Donc succès sur toute la ligne, et nous sommes heureux d'en féliciter "L'Auto", qui est prise pour le cyclotourisme et la cyclotechnie, d'un zèle évidemment intéressé, mais, à nos yeux, seul le résultat compte, et ce résultat, nous sommes heureux de l'enregistrer et de penser, en toute sincérité, qu'il contribuera à une large diffusion de la machine traditionnelle de cyclotourisme...."
Intéressé Henri Desgranges, patron de  "L'Auto"  et du Tour de France ?
Peut-être plus que ne le croyait l'auteur de ces lignes. En effet, en 1937, les coureurs du Tour de France étaient autorisés pour la première fois à utiliser un dérailleur sur leurs machines de course (alors qu'il était déjà autorisé dans d'autres compétitions) mais ce ne fut pas un "Cyclo"...
Ce Critérium des Alpes 1935, ne fut-il pas pour l'inventeur du Tour un banc d'essai grandeur nature du dérailleur ? Qui sait ?

vendredi 3 février 2012

Critérium Cyclotouristique des Alpes 1935 (6) : La quatrième étape étape

18 août 1935, 6 heures, départ de la dernière étape de ce Critérium Cyclotouristique des Alpes qui ramena les cyclos de  Saint Jean de Maurienne à Grenoble.
Avec au menu  le "Galibier géant"...
Pour commencer, donnons la parole à Jean Sapeur.

"Pour le dernier jour, le Galibier, au nom prestigieux, était le morceau de résistance de la journée.
Cols du Télégraphe et du Galibier, rou­te en bon état à la montée, aucune dif­ficulté, si ce n'est le pourcentage, mais il compte. Plongée parmi les cailloux sur le Lautaret et, de là, route excellente jusqu'à Séchilienne. A cet endroit, une petite surprise-maison : le G. C. 113 pour monter à Laffrey,  dernière bosse de l’épreuve, mais elle est un peu là pour son sol et son premier kilomètre. Une descente rapide —ô combien — et le parc fermé, installé dans l'ancien gymnase municipal, attend les pilotes et les machines pour l'ultime vérification.

A l'heure où j'écris ces lignes, le classement vient d'être terminé et les résul­tats proclamés. Je n'ai donc pas le temps de reprendre les carnets de route et les feuilles d'examens techniques pour vous parler mécanique, mais j'espère pou­voir vous entretenir de ce sujet la se­maine prochaine..."
Pour en savoir un peu plus, je reproduis ci-dessous le début d'un autre article " de notre envoyé spécial...", peut-être s'agit-il du journal L'Auto (?) et l'auteur ne serait-il pas Claude Tillet, le directeur de l'épreuve (?). 
 "Grenoble, 18 août, par téléphone.
Faisons tout d'abord, si   vous   le   voulez bien un rapide bilan de la quatrième étape de ce premier Critérium cyclotouristique des Alpes qui vient de se terminer à Grenoble sur un vif succès.
Trente-cinq concurrents avaient quitté ce matin Saint-Jean-de-Maurienne. Trente-trois arrivèrent dans les temps réglementaires à Grenoble et furent définitivement classés.
Le Télégraphe, le Galibier, le Lautaret et aussi  la très dure côte de Laffrey avaient donc fait des victimes et l'épreuve prouvait ainsi pour la quatrième fois qu'elle correspondait  parfaitement  à ce qu'on  attendait d'elle.   Très   difficultueuse, hérissée   d'embûches de toute nature, elle avait  impitoyablement  éliminé des engins  et  des pilotes qui,  en toute autre circonstance, auraient parfaitement  « tenu le coup » ; et elle avait mis en relief les qualités exceptionnelles de ceux   et   de   celles ayant   réussi à se tirer indemnes   ou   à   peu   près indemnes de la bataille. Les vaincus n'ont pas démérité car ils  succombèrent   tous de défaillances physiques ou mécaniques relativement peu graves   (On ne constata ni une   rupture   de   fourche,   ni   une  rupture de cadre,  ni   un bris de guidon, ni un bris de de frein) et les vainqueurs sortent  particulièrement    grandis d’un combat opiniâtre.
Mais avant d'en passer à quelques brèves considérations générales sur les résultats définitivement enregistrés, terminons-en avec la quatrième étape.
Cette fois et du point de vue sportif, Cointepas trouva son maître, puisqu'il termina en compagnie de Bernadet à 16 minutes de Manzatto, lequel avait lâché les lieux grands favoris dans les derniers lacets du Galibier. Je n'affectionne pas particulièrement, vous le savez, l’exploit sportif réalisé au cours d'une compétition technique. Je tiens toutefois à féliciter Manzatto de ce qu'il fit et de la moyenne de 23 km. 500 qu’il réalisa. Savez-vous pourquoi ? Tout bonnement parce que notre homme accompli cette jolie performance sur sa « Chemineau » personnelle, vieille d'un an, ayant déjà cou­vert quelque 6.000 km, et pesant plus de 11 kg. Il y a deux façons de participer à un concours de machine : faire l’mpossible pour arracher la première place ou mettre à son actif une belle démonstration. La démonstration de la "Chemineau" déjà ancienne est particulièrement probante..."

Un autre article conservé par René Chardon, écrit par un journaliste qui fit l'étape dans "la Delage de M. Rivollier, le réputé constructeur des cycles RPF" nous donne un récit au plus près des concurrents.
"Dès 6 heures, les 34 concurrents s'ali­gnent devant la spacieuse salle des fê­tes de Saint-Jean-de-Maurienne, dans laquelle avaient été exposées les ma­chines.
Ils sont un peu anxieux, car ils vont, dans 12 kilomètres, trouver devant eux les premiers lacets du redoutable Gali­bier.
Le géant des Alpes a, depuis le Tour de France, acquis une telle réputation de difficulté que, malgré les perfectionnements de leurs machines, les pilotes se demandent si les 30 kilomètres de montée sévère qui les attendent n'au­ront pas raison de leur endurance.
Petit à petit, notre Delage, pilotée de main de maître par M. Rivolier, le réputé constructeur des cycles RPF nous permet de remonter les vaillants routiers.
Nous félicitons, au passage, les vété­rans Landrieux, Pannel et Antonin, qui continuent leur splendide démonstra­tion et peuvent servir d'exemple à bien des jeunes.
Ils grimpent allègrement grâce à leur changement de vitesse et leur gamme de développement judicieusement étu­diée.
Les Véloriz, curieuses bicyclettes    à pédalage   horizontal  paraissant   avan­cer sans trop de  difficulté  et obtiennent un gros succès de curiosité tout au long du parcours.
Après Valloires, la montée reprend de plus belle et nous trouvons là les lévriers qui montent à une cadence plus rapide.
Plus haut, dans les lacets à 11%, Cointepas, Bernadet et Manzato se livrent à une sévère explication.
Au contrôle du Galibier, un chronométrage indique que ces 3 pilotes ont mis 2 h. 15 pour gravir les 33 kilomètres qui séparent Si-Michel du col du Galibier. Ils ont marché à près de 15 à l'heure, ce qui est tout simplement merveilleux quand l'on pense que 3 kiios de charge sont imposés sur le porte-bagages de chaque machine.
C'est maintenant la descente à « fond de ballon », vers le Lautaret. Certains dégringolent avec une virtuosité sans pareille et la solidité de ces légères machines est sérieusement éprouvée par les cahots de certains passages de très mauvaise route.
C'est là que l’on s'aperçoit que le du­ralumin possède une solidité suffisante pour résister au dur travail de la bicy­clette sur la route; les quelques petits incidents survenus seront facilement éliminés par une meilleure mise au point dans l’avenir.
La vallée de la Romanche offre maintenant ses splendeurs à nos yeux émerveillés. A Séchilienne, un nouvel obstacle se dresse devant les roues courageux pilotes, il leur faut  remonter à Laffrey par la ravissante route de St-Barthélémy,  ce sera le dernier effort avec la côte d'Uriage.
A 12 h. 30, Manzatto, d'Aix-les-Bains, se présente au gymnase avec un quart d’heure d’avance sur Cointepas et Bernadet qui ont aussi roulé superbement.
A l’heure de la fermeture du contrôle, 32 concurrents sont rentrés au parc et aussitôt les commissaires techniques inspectent  minutieusement les  machines et distribuent les pénalisations techniques alors que les secrétaires établissent les moyennes horaires des quatre étapes.
Le classement est un travail laborieux car le règlement est à la fois complexe  et sévère avec ses points de bonifica­tion  et de  pénalisation qui  modifient sérieusement   la   position     de   chaque concurrent.  
Dans l'ensemble, cette manifestation a suscité un vif intérêt et a attiré l’attention des cyclistes sur les progrès réalisés récemment dans la cyclotechnie.
Félicitons la Société du Duralumin et  "L'Auto" de l'avoir organisée et surtout d'avoir choisi notre beau Dauphiné comme champ d'opérations.
Souhaitons que les années à venir voient se renouveler cette épreuve orignale qui contribue puissamment a développer le goût du tourisme à bicyclette."