jeudi 17 mai 2012

Cyclistes, sortez couverts !

L'hématome que j'ai à la hanche (un gros oeuf ou un petit pamplemousse, au choix) ne dégonflant pas, j'ai consulté mon médecin qui m'a recommandé du repos et de la... patience. Cela devrait passer tout seul mais il faudra sans doute plusieurs semaines. Je fais grâce ici des photos de cette vilaine blessure, pas d'images trash qui pourraient traumatiser les enfants !
Mon casque m'a sans doute permis  d'éviter une blessure plus sérieuse. Depuis longtemps, je suis convaincu de l'utilité de cette modeste carrosserie.
Le 10 avril 1982 (jour de Pâques), alors que je participais à la course  d'Erdeven (56) sur le circuit de Kerhilio, je fus victime d'une chute. Je n'avais pu éviter le coureur qui me précédait lors d'une relance après un virage et qui venait de chuter lourdement. Nous fûmes tous deux conduits à l'hôpital d'Auray. Si je m'en tirais avec quelques égratignures, mon compagnon d'infortune avait la clavicule cassée mais surtout il avait perdu connaissance et délira tout le long du trajet en ambulance. J'avoue que cela me marqua fortement et me conduisit à porter le casque lors de toutes mes courses.

C'était un casque à boudin comme celui que portaient Maertens et Hinault lors du Liège Bastogne Liège de 1977. En ces années 70, le casque commençait à devenir un accessoire utilisé, surtout dans les classiques belges.
Les trois Flahutes Verbeeck, Leman et Dierrickx en portaient un à l'arrivée du Tour des Flandres 1972.
Pourtant jusque-là, le casque n'avait pas  été beaucoup utilisé par les cyclistes.
Avant-guerre (celle de 39-45), si certains rugbymen se protégeaient les oreilles, il n'y avait guère que les...



... stayers à se protéger la tête.
On peut reconnaître ici Victor Linart, le "démolisseur" de record qui est en 1924 le roi du demi-fond !








Les vitesses atteintes par ces champions les obligeaient en effet à se "carrosser" le crâne ! Le pilote de la moto devait en faire de même. Il pouvait même communiquer avec le cycliste grâce au "tuyau acoustique". On n'arrête pas le progrès !
Le dimanche 1er novembre 1925, Georges Brunier parcourait ainsi 120km 958m en 1 heure sur l'autodrome de Montlhéry ! Son casque l'eut-il vraiment protéger en cas de chute à pareil vitesse ?
Mais même les sprinters, les rois du Vél-d'hiv' ou de Buffalo, ne semblaient pas apprécier le casque !
Sur la route non plus, point de protection sur la tête ! A l'entraînement le béret fait très bien l'affaire comme ici, en 1930, quand Aerts, Fontan et les frères Magne  (de gauche à droite) escaladaient le Tourmalet en prélude du Tour de France.
En course, la casquette est de mise ainsi que les lunettes de protection. André Leducq les porte à merveille lors de sa première victoire dans le Tour de France.
A moins que l'on ne préfère le bonnet à pompon comme l'Australien Opperman lors de son Paris Brest Paris victorieux en 1931.
Après-guerre toujours celle de 39-45...), seul Jean Robic fut un adepte convaincu du port du casque ! 
En plus du surnom affectueux de Biquet, il hérita également sous la plume de certains de journalistes sportifs de celui de "Tête de cuir". Ce qui pouvait avoir deux sens différents étant donné son caractère... entier.
Dans ce numéro du Miroir du cyclisme, Pellos rend ainsi hommage à mon compatriote morbihanais en intitulant son dessin "Et pourtant il en reste encore..."
Ceci explique pourquoi le gars Jean appréciait son casque, non ?
Jusqu'aux années 80, je n'ai pas souvenir que l'on vit beaucoup de coureurs casqués à la une de Miroir du cyclisme. Sauf bien sûr celle-ci, de novembre 1972, qui relate l'heure mexicaine de M. Merckx !
Les années1980 marquèrent un tournant. En effet, si Roger De Vlaeminck portait encore le classique casque à boudins...
...et si Moser battit le record de l'heure à Mexico avec casque "riquiqui"...
...on vit apparaître de nouveaux casques, plus aérodynamiques, testés en soufflerie, surtout destinés à faire gagner du temps dans les épreuves solitaires. 

C'est aussi l'époque des vélos qui ressemblent de moins en moins à des... vélos.
Pourtant je pense que c'est le VTT qui permit de faire entrer dans les moeurs cyclistes le port du casque au quotidien. Grâce notamment à la mise au point de matériels fiables et pas désagréables à porter.
 Et si le casque porté par Sean Kelly lors d'un Milan - San Remo n'est pas des plus seyants...
..sans doute apportait-il plus de sécurité que celui de Fignon ! 
 Mais depuis, l'esthétique des casques s'est amélioré...
Aujourd'hui, le casque est obligatoire dans toutes les compétitions cyclistes. Il est recommandé (et largement porté) dans les organisations de la FFCT.
Depuis l'accident de Patrick l'an passé, je le porte à chaque sortie. 
L'autre jour, en Suisse, il m'a juste manqué un airbag autour de la taille...
Thomas Pips avait trouvé la solution pour continuer à rouler !

mercredi 16 mai 2012

Miroir des sports du 24 avril 1924

Créé en 1920, le journal "Le Miroir des sports" va accompagner la démocratisation  du sport dans l'Entre-deux guerres. En effet, jusque-là réservé à une certaine élite, le sport devient un loisir où le peuple devient acteur et spectateur. 
Le cyclisme fut l'un des sports qui servit de moteur à ce phénomène, grâce en particulier au Tour de France qui fit le succès du journal qui l'organisait, "L'Auto" d'Henri Desgranges. De plus le vélo est photogénique et le récit des courses peut devenir, grâce à des plumes lyriques et à des circonstances dramatiques, un drame épique que le lecteur découvre avec passion. Toutes les courses du calendrier furent ainsi prétexte à des compte-rendus enflammés (j'avais d'abord écrit "conte-rendus"...).
Mais les autres sports aussi  font entrer leurs champions dans la lumière grâce à cette presse qui cherche sans doute aussi à faire oublier les durs temps de la Grande guerre au cours de ces Années folles un peu futiles : PANEM, CIRCENSES...
Après mon message à propos du Brevet cyclotouriste du T.C.F ( http://montour1959lasuite.blogspot.fr/2012/04/le-brevet-de-cyclotouriste-organise-par.html ), j'ai feuilleté (et un peu plus même) le numéro 199 du 24 avril 1924 du Miroir des sports et voici ce que j'ai découvert du sport en cette année 1924 où les Jeux olympiques se déroulèrent à Paris...










Après un article sur les à-côtés de l'organisation des clubs de rugby, le journal rend compte de la 36ème rencontre d'aviron entre les rameurs de la Marne et le Rowing-club "sur le parcours habituel du match qui va de Billancourt au pont de Suresnes".
















Une petite place est également faite à cet évènement, tant sportif que mondain, qu'étaient les régates de Cannes. Aujourd'hui, nous appellerions ces belles goélettes des vieux gréements.
Les sports de combats ont également leur rubrique : 
Boxe en Afrique du Nord...
....Lutte en métropole.
Le tournoi pascal du tennis club de Paris occupe une page entière.
Et les dames sont particulièrement à l'honneur parmi "les 250 engagés dans toutes les catégories pour ce beau tournoi qui dura toute la semaine".
Les épreuves à venir sont également présentées...
A quelle vitesse pouvaient bien rouler ces bolides ?












Il est également question de rugby avec ce compte-rendu du match France - Angleterre militaire qui se déroula à Colombes.
Le tournoi de football de Paris est également évoqué.



















Une page pratique est consacrée aux courses de relais...
Hélas le collaborateur du journal n'est pas nommé et ne signe pas son article !
Et c'est vrai que l'on peut remarquer la foule qui assiste à ces réunions d'athlétisme.
Mais pendant ce temps-là...
...les athlètes français préparent les futurs J.O de l'été 1924, tout comme les cyclistes routiers.
Le grand journaliste sportif Gaston Bénac rend ici compte de la préparation des cyclistes routiers pour l'épreuve olympique. 
Et il commence par rendre hommage à Paul Ruinart, l'entraîneur de l'équipe de France.
"...Partout, la confiance règne, et elle règne non pas en souvenir du glorieux précédent de 1920, la victoire à Anvers grâce au quatuor Canteloube, Detreille, Souehard, Gobillot, mais parce qu'on travaille depuis des mois et que l'entraînement a été conduit de façon rationnelle par ce maître qu'est Paul Ruinart. Vous ne connaissez pas Paul Ruinart. Permettez-moi de vous le présenter en quelques mots : une silhouette jeune, très jeune, mais un crâne très dégarni, de la svel­tesse, du chic, de la correction. Dans son complet sport, sur sa voiture sport, Ruinart est très sport. Paul Ruinart est du bâtiment : il courut pendant quinze ans sur route et sur piste, sur piste surtout, parce que c'était plus propre, et derrière motos pour avoir le temps de se reconnaître. Il fut un bon coureur, jamais un champion ; il avait la tête, mais ses moyens physiques n'étaient pas exceptionnels. Comme entraîneur, Ruinart n'a pas son égal, il connaît à fond tous les trucs du métier, aussi bien la mécanique du vélo que la mécanique humaine. Il a énormément d'autorité sur ses poulains, qui apprécient ses connaissances, son bon sens, son dévouement..."
Il fut, selon mes souvenirs, un grand dirigeant d'un des plus grands clubs français, le VCL (Vélo-club de Levallois). Bénac continue par une présentation du "camp d'entraînement des Français.

"...Maintenant que vous connaissez Ruinart, allons lui rendre visite à son centre olympique de Nanterre. Un petit pavillon ; en bas, un atelier et une salle de massage, des casiers pour les machines de chacun des olympiens probables ; au premier, un bureau coquet, bien en ordre, donnant sur un petit jardin fleuri, où les coureurs vont se reposer après leur entraînement. Ruinart m'explique posément où en est la préparation olympique cycliste.
Tout d'abord, l’U. V. F. choisit un manager pour diriger l'entraînement des coureurs, et son choix tombe sur Ruinart au premier plan, Bonneau au second. Et, dès 1923. Ruinart faisait disputer des épreuves, en juin, juillet, août et septembre, de façon à constituer son équipe première et son équipe seconde..."
Ruinart a choisi des civils (Parmi lesquels André Leducq, champion de France junior en 1922 et futur vainqueur de la Grande Boucle) et des militaires du Bataillon de Joinville. Puis suit une petite interview de Ruinart :
   "... - Leur entraînement, en semaine, consiste en culture physique légère tous les jours et sortie de 100 kilomètres tous les deux jours sur la route olympique. Ceci dit entre parenthèses, je vais aller bientôt m'installer à Gournay au milieu de la route olympique, pour mieux diriger leur entraînement.
- Quelles courses disputent-ils?
- Tous les dimanches, une épreuve avec départ individuel contre la montre. Nous avons commencé par du 50 kilomètres ; dimanche, ce fut du 100 kilomètres ; ce sera ensuite du 150 kilomètres, mais nous n'irons pas plus loin.
-    N'allons-nous pas retomber dans l'erreur de l'an dernier |à  Zurich, les petits dévelop­pements ?
-    Non,   certes.   D'ailleurs,   l'an   dernier, l'épreuve se disputait en ligne ; cet été, on courra contre la montre, on ne craindra plus les démarrages. Aussi mes coureurs s'entraî­nent et courront avec de grands développe­ments.
Qui reconnaîtra le futur vainqueur du Tour ?
Pendant notre conversation, Leducq, Wambst et quelques autres sont venus prendre les instructions. Je les examine attentivement. De magnifiques athlètes, sou­riants, pleins de confiance, heureux de faire des efforts en vue de donner des victoires et des points à la France. Ces grands gaillards, solides et sveltes à la fois, ont pris l'engagement de ne pas devenir professionnels avant un an et de disputer toutes les épreuves olym­piques. Tâche ingrate pourtant que celle qui consiste à courir toujours contre la montre et à négliger les grandes épreuves... mais ils savent qu'il le faut : ils ne rechignent pas, ils travaillent en silence. Puis ils sont heureux d'être ensemble et d'être dirigés par Ruinart. Une grande camaraderie les unit tous, ils vivent comme de véritables frères. Équipe homogène s'il en fut !
La préparation olympique a reçu un gros appui de la Fédération, qui n'a rien négligé pour aider ses représentants. Enfin, les jeunes olympiens ont reçu l'appui de la marque des cycles olympiques pneus Pouchois, qui ont fourni tout le matériel sans autre but que celui d'être utiles aux représentants français, puisqu'ils ne peuvent nulle publicité sur des athlètes qui ne disputent pas de courses."
Enfin le journaliste présente la course, j'avoue que je ne comprends pas bien l'organisation de celle-ci...
"...Sur les 188 kilomètres de la course olym­pique, avec départ et arrivée à Colombes, en passant par Argenteuil, Pierrelaye. Pontoise, Gisors, Gournay, Lyons-la-Forêt, Écouis et retour par la même route, nos coureurs ne renouvelleront pas les erreurs de Zurich et, admirablement préparés, ils se présenteront au départ en grands favoris. Cette épreuve se dispute selon un règlement qui ressemble à celui du Championnat de France des 100 kilomètres sur route : c'est la formule, excellente d'ailleurs, de la course sans entraîneurs, contre la montre. Mais, au lieu de faire partir chaque concurrent de cinq en cinq minutes, ce sont les coureurs d'une même nation qui parti­ront ensemble, de quinze en quinze minutes. L'épreuve se disputant sur 188 kilomètres, le classement sera déterminé par l'addition des temps des trois premiers coureurs de chaque pays. Et chaque pays peut engager six concurrents, dont quatre participants. Tout aura été fait pour que l’épreuve se termine par une victoire française.'' Gaston Bénac
Je vais rechercher dans mes archives trace de cette épreuve olympique, ce sera sans doute l'occasion d'un prochain message.
Ce numéro de Miroir des sports rend également compte des courses cyclistes de ces Pâques 1924.
Les épreuves sur piste étaient à l'époque fort populaires et en particulier ces courses de demi-fond qui voyaient des acrobates rouler à des vitesses vertigineuses derrière des motos pilotées par des virtuoses.
Les courses sur route aussi comme ce Grand Prix de la boucherie.
De nombreux "ville à ville" apportaient un peu d'animation dans les provinces endormies du dimanche , comme ce Paris Bourganeuf ( ) qui donne lieu à un beau reportage photographique.
 




























Il est également question du Tour de Belgique qui réuni 61 concurrents au départ de Bruxelles qui vit les coureurs belges en découdre au sprint !


Enfin, il faut terminer par une note humoristique...
VIVE LE SPORT DE GRAND-PAPA (et GRAND-MAMAN) !